Télécommunications par satellite : une grosse bagarre en vue sur le marché des particuliers

Les trois arrivants, Inwi, Maroc Telecom et SADV, filiale de l’OCP, ont obtenu leur licence Vsat depuis juillet 2015. Les premiers opérateurs sont divisés sur l’opportunité ou non d’ouvrir davantage le marché. L’augmentation de la demande devrait entraîner la réduction du coût des équipements et de l’installation.

La connexion par VSAT «Very small aperture terminal», ou «terminal à très petite ouverture» amorce une nouvelle ère à partir de septembre prochain. Ce marché portant sur les solutions de communication par satellite (bidirectionnelle qui utilise des antennes paraboliques), et où s’activent depuis les années 2000 Nortis, Spacecom et Gulfsat Maghreb, accueillera trois nouveaux opérateurs, en l’occurrence Wana Corporate (Inwi), Itissalat-Al-Maghrib et la Société de d’aménagement et de développement vert (SADV), filiale du groupe OCP. Ces trois opérateurs qui ont acquis la licence d’exploitation de la VSAT en juillet 2015, suite à un appel d’offres lancé par l’Agence nationale de réglementation de la communication (ANRT) moyennant un investissement de 20 millions de DH chacun, devront démarrer l’exploitation en septembre. L’arrivée de ces nouveaux acteurs, principalement Inwi et Maroc Telecom – le groupe OCP investit en principe pour ses propres besoins-, représente au regard de certains anciens exploitants une opportunité pour le développement de ce segment peu connu des clients particuliers. «Ces opérateurs de télécommunications ont une assise financière confortable et des moyens importants pour communiquer autour de la connexion via satellite auprès du grand public», explique Anas Zemmouri, directeur général du groupe Cimecom Nortis, filiale de l’opérateur espagnol Quantis. Et d’ajouter: «Aujourd’hui, ce sont principalement les administrations publiques et les entreprises qui demandent à installer ce service. Les clients particuliers ne le connaissent pas encore très bien et/ou trouvent le coût d’installation très élevé». Les frais d’équipement et d’installation constituent effectivement le principal frein au développement de la VSAT pour particulier au Maroc. En fonction des opérateurs, la facture va de 2 500 DH à 5 000 DH pour les équipements et de 1500 DH à 3000 DH pour l’installation.

La concurrence se fera principalement sur les prix

Selon le DG de Nortis, entreprise qui dessert près de 1000 particuliers, l’augmentation de la demande de cette clientèle pour ce service haut débit «permettra de créer un effet d’échelle qui contribuera à la baisse des prix des équipements et des coûts d’installation».

A ce propos, il est important de souligner que les prix des abonnements quant à eux sont plutôt abordables. Chez Nortis, ils sont fixés à 199 DH pour un volume mensuel de 2Go et une vitesse de 10 MB/s. Pour un abonnement de 400 DH, le client dispose de 10 Go de volume et 22Mb/s de vitesse, en plus d’un volume illimité la nuit (de minuit à 8 heures du matin).

D’autres opérateurs, parmi les premiers à obtenir la licence Vsat, voient l’ouverture du marché sous un autre angle. C’est le cas de Mohammed Aourid, PDG de Spacecom, qui n’approuve pas la décision de l’ANRT d’octroyer les trois nouvelles licences.

«Cela fait plus d’une vingtaine d’années que nous investissons dans ce marché. Au moment où le segment commence à se développer et que nous commençons à rentabiliser nos investissements, le régulateur ouvre le marché à de grandes entreprises», se plaint-il. Et de poursuivre que «les nouveaux opérateurs visent principalement le segment des particuliers et ils ont les moyens humains et financiers de réduire le coût de l’installation et proposer des formules leasing pour le matériel. Dès lors, leur arrivée constitue une réelle menace pour nous qui sommes entrés les premiers sur ce marché».

Le secteur a réalisé 100 MDH en 2015

Quelle que soit la position des uns et des autres sur l’organisation du marché, la technologie VSAT pourrait s’imposer comme une solution alternative viable pour démocratiser internet. Elle a pour objectif de désenclaver les zones où la couverture du réseau laisse à désirer, mais aussi d’offrir un débit de réception élevé notamment pour les entreprises. Car en plus de la connexion par satellite, la Vsat offre une connexion sécurisée pour des entités dont les contenus du système doivent être protégés, tel que la direction des douanes et les services du ministère de l’intérieur. Elle peut être utile pour relier un petit site aux réseaux de communication et offrir une interconnexion entre les différents sites d’une entreprise. D’ailleurs, les banques, les assurances, les restaurateurs et les distributeurs de carburant sont les principaux clients de ce secteur. «Les entreprises opérant dans le secteur agricole travaillent également avec la VSAT puisqu’elles sont souvent installées dans des emplacements qui ne sont pas couverts par la connexion classique, mais également parce que cette solution leur permet de gérer le système d’irrigation à distance», explique un professionnel. Grâce à ces secteurs et bien d’autres, les opérateurs de la VSAT ont réalisé un chiffre d’affaires de 100 MDH en 2015, dont les 80% sont revendiqués par Nortis.