Taux directeur : Vers une politique monétaire régulatrice

Le schéma de Kaldor est qualifié de «magique», car dans la réalité il est impossible d’atteindre simultanément les objectifs des grandes variables de la politique économique conjoncturelle, notamment la croissance, l’emploi, l’équilibre extérieur et la stabilité des prix. Cette dernière variable est fortement affectée par les caractéristiques de la conjoncture économique actuelle. En effet, cette inflation n’a jamais enregistré un tel niveau depuis des décennies. Selon le dernier rapport de Bank Al-Maghrib relatif à la politique monétaire, l’inflation est ressortie au mois d’août 2022 à 9,1% dans la zone euro et à 8,3% aux Etats-Unis, alors qu’au niveau des principaux pays émergents, elle s’est établie à 15,1% en Russie, 8,7% au Brésil et 7% en Inde, tandis qu’au Maroc l’inflation a embrassé le taux de 7,7%. A l’instar des autres banques centrales, Bank Al-Maghrib appuie aujourd’hui sa politique monétaire sur l’instrument des taux d’intérêt. Via la révision régulière de son taux directeur, BAM vise à piloter l’offre de crédit, contrôler la quantité de monnaie en circulation et par conséquent réguler l’activité économique du pays. Ce choix de mode opératoire s’inscrit dans la logique de la politique monétaire libérale pratiquée au Maroc depuis les années 1990, période durant laquelle la sphère financière a connu les balbutiements de sa réforme. Or, face au contexte actuel de «tensions politiques internationales, régression économique mondiale, inflation extérieure, séquelles des crises pandémiques…», il s’avère très difficile pour le Maroc d’évaluer avec précision l’ajustement des taux d’intérêt sur l’économie réelle. A travers ses outils d’orientation, BAM intervient à chaque fois que la conjoncture économique nécessite des politiques de régulation. Rappelons que le rôle principal de BAM est d’orienter le comportement des établissements bancaires à travers le réajustement du taux directeur. Cependant, cet instrument pourrait être une arme à double tranchant. La révision périodique de cet instrument par l’institution centrale fait en sorte que la masse monétaire soit en harmonie avec les besoins réels de l’économie.

Variations de taux d’intérêt : trois canaux de transmission

Dans le rapport qui s’intitule «Bilan d’un impératif de libéralisation porté par l’instrument incitatif du taux directeur», les analystes de BAM expliquent que le taux administré par la banque centrale peut augmenter parfois moins vite que l’inflation. Dans ce cas, le taux d’intérêt réel diminue. Les banques vont alors augmenter leurs taux débiteurs, car cette baisse du taux d’intérêt réel constitue une détérioration des profits bancaires et alimente la demande de crédit par ailleurs. Il est donc possible que la vitesse d’ajustement et la qualité de transmission soient améliorées en présence d’inflation. L’inflation permettrait alors un meilleur ajustement à la hausse des taux d’intérêt et, par conséquent, dans certains cas, une meilleure régulation de la demande de crédits, souligne BAM dans son rapport. Dans plusieurs analyses théoriques, l’effet du taux d’intérêt réel sur la croissance, la consommation, l’épargne et l’investissement n’est pas dépourvu d’ambiguïté. Dans son rapport, BAM a distingué trois principaux canaux par lesquels les variations de taux d’intérêt se transmettent à l’économie dans son ensemble : 1- effet de substitution, se mesurant en termes de coût l’opportunité du transfert de la consommation d’aujourd’hui vers le futur ; 2- l’effet de revenu, dû au transfert d’intérêt entre agents créanciers et débiteurs ; 3- l’effet de richesse induit par la modification de la valeur actuelle des créances et des dettes. Concrètement, pour les entreprises, le taux d’intérêt réel est tout d’abord un coût, celui du capital, et il entre à ce titre dans la détermination des profits de ces dernières. Ainsi, le taux d’intérêt réel affecte l’actualisation des valeurs futures espérées des profits de l’entreprise. En ce qui concerne les ménages, le taux d’intérêt détermine le revenu que ces derniers tirent de la possession de titres ou au contraire le poids de leur dette. Par ce canal, il affecte la consommation. L’effet d’une augmentation du taux d’intérêt sur la consommation sera positif s’il se traduit par un accroissement de la richesse nette des ménages et négatif dans le cas contraire, poursuit le rapport de BAM. À travers la logique scientifique, BAM essaie d’interpréter, via des illustrations empiriques, le résultat des effets de l’augmentation du taux d’intérêt sur la sphère économique. Cependant, les spécificités de la conjoncture actuelle pourraient répondre à cette logique de l’institution centrale, sachant que l’avenir économique du pays se trouve dans un climat d’incertitude.