Taux d’inflation pour 2011 au Maroc : 1,4% seulement au lieu des 2% prévus en début d’année

La Banque centrale a dévoilé de nouvelles prévisions lors de son Conseil d’administration du 14 juin. La baisse des prix des produits alimentaires et la politique de subvention contiennent l’évolution globale des prix.

Même si beaucoup de consommateurs ne le sentent pas et affirment constamment que le coût de la vie s’est renchéri, l’inflation reste à des niveaux très faibles et ne risque pas d’augmenter cette année plus que de normale. Et pour cause, à des hausses mineures succèdent parfois même des baisses. Ainsi, par exemple, selon les calculs du Haut commissariat au plan (HCP), organisme officiel habilité à produire ce type de statistiques, les prix à la consommation pour le mois d’avril 2011 ont baissé de 1,1% par rapport à ceux pratiqués un mois auparavant. Il n’ont d’ailleurs augmenté que de 0,3% par rapport à ceux d’avril 2010 (en glissement annuel).
Sur les quatre premiers mois de l’année, l’inflation a augmenté de 1,1% par rapport aux quatre premiers mois de 2010. L’inflation sous-jacente, qui reflète la tendance fondamentale des prix puisqu’elle ne prend pas en compte les prix des produits volatiles et les tarifs publics, est, elle, plus élevée : + 1,8% au mois d’avril 2011 en glissement annuel, et + 1,7% sur les quatre premiers mois de cette année, également en glissement annuel.
Malgré tout, cette évolution des prix reste relativement modérée, surtout lorsqu’on sait qu’elle aurait pu être beaucoup plus élevée n’était l’intervention de l’Etat, à travers la Caisse de compensation, pour amortir les hausses vertigineuses des cours des matières premières sur le marché international (voir page 14). D’ailleurs, les prix à la production industrielle reflètent bien cette tension sur les matières premières : + 15,2% au mois d’avril en glissement annuel.
Pour l’ensemble de l’année 2011, Bank Al-Maghrib (BAM), à l’occasion de la tenue de son Conseil d’administration, mardi 14 juin, a d’ailleurs révisé à la baisse la prévision de l’inflation : 1,4% au lieu de 2% dans la Loi de finances et 2% pour l’inflation sous-jacente. Tout en s’en tenant à cette prévision centrale, notamment pour décider du maintien du taux directeur à 3,25%, BAM n’exclut pas toutefois une orientation à la hausse de cette prévision, notamment en raison des tensions sur les matières premières qui persistent encore.

L’alimentaire encore pesant dans le panier de la ménagère

Mais qu’est-ce qui explique cette modération dans l’évolution des prix au Maroc ? Essentiellement la baisse de l’indice des produits alimentaires : – 2,3% à fin avril 2011 par rapport à mars 2011 et
– 0,3% par rapport à avril 2010. Les légumes, en particulier, ont beaucoup baissé : – 16,5% entre mars et avril 2011 et – 1,3% par rapport à avril 2010. Le prix des services de télécommunications a également baissé : – 1,5% en glissement mensuel.
En fait, les seules «vraies» augmentations concernent l’enseignement (+ 4,6% sur les quatre premiers mois de 2011 en glissement annuel, et + 4,6% a fin avril en glissement mensuel) et, à un degré moindre, les restaurants et les hôtels (+ 1,1% en glissement mensuel et 1,6% sur les quatre premiers mois de 2011 en glissement annuel).
C’est donc globalement la modération, voire parfois la baisse de l’indice des produits alimentaires, qui tire l’inflation vers le bas. Et cela se comprend aisément : le poids de l’alimentaire dans le panier servant au calcul de l’indice des prix à la consommation (IPC), malgré sa baisse liée à l’évolution des habitudes de consommation des Marocains, représente encore 41,2%. C’est une proportion très élevée quand on sait qu’ailleurs, en France par exemple, l’alimentaire, hors alcool, ne dépasse pas 15% du budget de la ménagère moyenne (ou du panier servant à calculer l’IPC).
En observant l’évolution des prix au Maroc sur une longue période (voir graphe), on s’aperçoit que ceux-ci sont nettement maîtrisés : 1,9% en moyenne sur la période 2003/2010, contre 1,7% entre 1998 et 2002 et…9,3% entre 1990 et 1997. Il est loisible de parler, au vu de ces données, de désinflation, si l’on se réfère à la décennie 90. Et là encore, c’est le fort ralentissement de l’indice des prix des produits alimentaires qui en est responsable : de 5,6% en moyenne sur la période 1990/1997, l’IPC alimentaire est tombé à 2,6% entre 2003 et 2010. On peut encore se demander quelle est la raison de cette maîtrise des prix des produits alimentaires! La réponse semble couler de source : d’une part, une politique active de subvention, et, d’autre part, une offre abondante qui peut parfois avoir du mal à trouver une demande conséquente.