Tapis artisanal : les exportations ont été divisées par trois en 10 ans

L’activité reste soutenue grà¢ce à  la progression de la demande locale. Les prix ont légèrement augmenté dans le sillage des cours des matières premières. Le secteur pà¢tit également d’un manque de main-d’oeuvre.

Le temps de l’euphorie pour le tapis artisanal marocain serait-il révolu ? A l’image de ce qui se passe à l’échelle internationale pour les tapis indiens et népalais, le succès des années 80 est en tout cas bien loin. Voilà en effet plusieurs années que les chiffres, en particulier à l’export, font pâle figure. «Aucun pays ne concurrence en particulier le Maroc. Ce sont plutôt les changements d’habitudes qui sont à l’origine de ces baisses», explique Azzedine Krafssi, président de la Fédération des entreprises de l’artisanat (FEA). Les exportations qui totalisaient 185 MDH en 2001 ont été divisées par trois en dix ans. Une légère reprise s’est toutefois faite ressentir en 2012 clôturée avec un chiffre d’affaires de 57,5 MDH, en hausse de 7% par rapport à 2011, d’après les chiffres fournis par le ministère de l’artisanat. Le marché local est pour beaucoup dans l’amortissement de la chute.

De 500 à 2 500 DH le m2 pour le tapis noué main

A fin 2011 (le ministère est en train de collecter les informations pour l’année 2012), le chiffre d’affaires sectoriel s’est établi à 838,2 MDH, en progression de 15,6% par rapport à l’année précédente. «Le secteur n’est plus comme avant. Si entre 2011 et 2012 la baisse des exportations était bien marquée, le marché local s’est quant à lui bien porté par rapport aux autres années», confirme M. Krafssi. «Le tapis fait main au Maroc emballe tout le monde. Il est très à la mode chez les jeunes ménages par exemple. Les nouvelles générations sont ainsi restées très attachées aux tapis artisanaux. De ce fait, le marché intérieur connaît une demande plus forte qu’avant», ajoute pour sa part Mehdi Tazi, DG de Mocary qui produit tous types de tapis artisanaux et qui a été sélectionné comme acteur de référence cité par le ministère pour sa vision 2015. Cette entreprise structurée était jusqu’à il y a peu toujours orientée vers l’export. Depuis presque 5 ans, elle s’est ouverte sur le marché local afin de s’assurer une meilleure assise. Pour s’adapter aux nouvelles tendances, Mocary met à la disposition de ses clients diverses options telles que le traitement anti-tâches ou anti-acariens. «Chez nous, ce qui marche le plus c’est le tapis kelim, aussi bien à l’exportation que sur le marché local», confie M. Tazi. Pour un tel tapis, il faut compter entre 400 et 1 200 DH le m2. Pour un tapis noué à la main, il faut en revanche compter entre 500 et 2 500 DH le m2. «Le prix a bien entendu suivi l’évolution des matières premières. Il a donc été revu légèrement à la hausse ces dernières années», explique M. Tazi.

Les tisseuses préfèrent le textile

L’activité, qui concentre environ 10% du chiffre d’affaires des PME du secteur de l’artisanat et 15% des emplois, souffre également d’un manque de main-d’œuvre. «On n’en trouve plus. Même si on avait des commandes, on ne pourrait pas les assurer», se lamente M. Krafssi. Les tisseuses préfèrent en effet exercer dans le textile qui paie le double, ce que le tapis artisanal ne peut garantir, surtout s’il s’agit de mono-artisans. Pour donner aux tapis artisanaux un regain de succès, le ministère de l’artisanat a inclus l’activité dans sa vision 2015. Elle profite ainsi de la stratégie nationale de labellisation des activités artisanales. «L’artisanat évolue souvent de manière incognito, avec des mono-artisans qui ne peuvent pas toujours se permettre de développer une marque collective», explique Khalid Rahel, chef de la division de la qualité, de la recherche et du développement. Pour le tapis, deux marques collectives ont été d’ores et déjà réalisées : le tapis «Rbati» et le tapis de «Boujaad». La marque «Waozguiti» est quant à elle en cours de finalisation. D’autres, telles que le tapis «Mediouna» et le tapis «El Haouz» sont quant à elles en cours de réalisation. Enfin, les marques «Ait Seghrouchen» (Boulemane), «Aït Youssi» (Sefrou), «Zayan» (Khénifra), «Bni Mguild» (Azrou), «Bni Mtir» (El Hajeb-Ifrane) et «Mermoucha» (Immouzer Marmoucha) sont prévues dans le plan d’action 2013 du ministère. Ces marques assurent au consommateur final une qualité certifiée, contrôlée de façon continue en laboratoire. A Rabat, une dizaine d’artisans détiennent le label du tapis «Rbati».