Taoufiq Ibrahimi : Tanger Med fait désormais partie des ports de renommée mondiale

Le trafic s’intensifie : 30 à  40 navires et 35 000 conteneurs traités chaque semaine.
42 lignes maritimes régulières relient Tanger Med à  110 pays dans le monde.
Le terminal vrac et marchandises opérationnel avant fin 2010.
Un million de passagers et 300 000 véhicules ont transité par le port depuis l’été.

Le port de Tanger Med qui est en train de transformer la région nord du Maroc prend son rythme de croisière. Nommé, il y a trois mois président du directoire, Taoufiq Ibrahimi dresse le bilan de trois ans d’activité, fait le point sur les grands chantiers en cours ou programmés et sur les terminaux qui entreront bientôt en service et ceux à concéder.

La Vie éco : Trois mois se sont écoulés depuis votre nomination à la tête de TMSA. Quelles sont vos premières impressions sur le projet Tanger Med ?
Taoufiq Ibrahimi : Je connaissais déjà bien Tanger Med avant d’en prendre la direction, en tant qu’armateur. Aujourd’hui, j’en mesure toute l’étendue, la profondeur et la complexité. Je mesure aussi l’extraordinaire mobilisation humaine qu’il a fallu pour atteindre un tel résultat en si peu de temps. C’est un projet passionnant, de très grande envergure internationale avec nombre de défis à relever et beaucoup d’opportunités qui restent à concrétiser.

Peut-on s’attendre à des changements organisationnels ou à une réorientation des investissements ou des projets ?
On n’imprime pas, en l’espace de trois mois, des changements de ce type à une entreprise comme TMSA, qui travaille sur le long terme, avec des processus de planification stratégique très élaborés. Les changements nécessaires à la vie et à l’évolution du projet viendront en temps utile.

Comment s’est développé le trafic de Tanger Med depuis 2007 ?
N’oubliez pas que Tanger Med est un port très jeune, qui a démarré, il y a à peine trois ans, et qui est toujours dans une phase de montée en puissance. Lorsqu’on analyse l’évolution de l’activité depuis 2007, on relève avec satisfaction que cette montée en régime de l’infrastructure portuaire s’est poursuivie à un rythme soutenu et que la dynamique de croissance du port, même si elle a été un peu ralentie, a affiché une bonne résistance durant les pires moments de la crise de l’année dernière. 2009 a été une année noire pour le trafic maritime mondial avec des baisses dramatiques d’activité dans les plus grands ports mondiaux. Aujourd’hui, après trois ans d’activité, Tanger Med est relié à plus de 110 pays dans le monde et ce sont 42 lignes maritimes régulières qui desservent le port. Depuis le début de l’année, les signes d’une reprise de l’activité mondiale sont là : nous traitons en moyenne 30 à 40 navires et environ 35 000 conteneurs chaque semaine. Si ce rythme se maintient, nos objectifs de croissance pour 2010 seront largement atteints.

Si l’on compare Tanger Med à d’autres ports concurrents, est-il plus ou moins cher ? La manutention est-elle plus efficace, plus rapide ? En d’autres termes, qu’est-ce qui inciterait une compagnie maritime à choisir?Tanger?Med?plutôt qu’un autre port ?
Il est très difficile de comparer le prix des prestations d’un port avec celui d’un autre car le coût final pour l’armateur intègre une série de facteurs. Les droits perçus par le port ne sont qu’un élément auquel s’ajoutent des facteurs aussi importants que la productivité du terminal portuaire, l’efficacité des services ou la qualité des infrastructures. Tanger Med a réussi, dès sa mise en exploitation, à se hisser au niveau de productivité des grandes plateformes de transbordement mondiales. À titre d’exemple, notre premier terminal à conteneurs a été classé, un an après sa mise en service, parmi les trois meilleurs terminaux à conteneurs du groupe APM Terminals et par deux fois des records de productivité y ont même été battus !
Pour résumer, on peut dire que nos dispositions tarifaires simplifiées, ajoutées à l’efficacité des terminaux, à une qualité de service irréprochable dispensée par des opérateurs mondiaux de premier rang et à la positon stratégique du complexe -qui permet d’éviter aux navires toute déviation sur les grandes routes maritimes- font de Tanger Med un port très compétitif.

Il y a quelques mois, les travaux de Tanger Med 2 démarraient. A quelle échéance ce port sera-t-il opérationnel ?
Les travaux de Tanger Med 2 ont effectivement démarré en mai 2010, et ce, conformément au contrat de construction qui a été signé en juin 2009. Le délai de réalisation  du port est de 4 ans environ et son entrée en service est prévue pour le second trimestre 2014.

Ne faut-il pas craindre une surcapacité au vu du ralentissement de l’économie mondiale qui perdure ? Auquel cas le calendrier de réalisation de Tanger Med 2 pourrait être décalé…
Le calendrier de réalisation de Tanger Med 2 a déjà été revu, justement pour tenir compte de l’évolution du marché. Par rapport à l’agenda initial, connu en avril 2007 lors de l’annonce du projet d’extension, l’entrée en service du port a été décalée de 15 mois. Le montage final a consisté à planifier le projet pour la réalisation d’un premier terminal, le second terminal sera ainsi réalisé en fonction de l’évolution du marché et de la demande en infrastructures portuaires dans la région.
Aujourd’hui, l’Etat marocain se trouve conforté dans sa décision courageuse de maintenir la réalisation de Tanger Med 2 car, après la forte crise observée en 2009, les signes d’une reprise de l’activité économique et du trafic maritime sont là : les taux de fret et les volumes transportés par les armateurs sont en nette progression, spécialement dans l’ouest de la Méditerranée.

Tanger Med ce n’est pas seulement un port de transport de marchandises et de passagers,?c’est?aussi?des zones d’activité logistiques et tertiaires. Où en est-on dans ces projets ?
Effectivement, dans ce projet existe une composante importante de zones d’activité. Le 7 janvier 2009, la convention relative à la grande plateforme industrielle Tanger Med a été signée devant le Souverain. Cette plateforme comprend 5 000 ha de zones industrielles et de services.
Le développement de cette plateforme industrielle est déterminant à terme pour consolider l’activité de la plateforme portuaire et transformer le port de transbordement en un grand port marchand d’import-export. Le déploiement des zones d’activité se fera de manière progressive sur un horizon de 20 ans, comme cela a été annoncé.
D’ici 2012, nous prévoyons le lancement de quatre nouvelles zones d’activité. Tétouan shore sera dédiée aux activités tertiaires. La zone de Chrafate, à proximité de l’usine de Renault à Melloussa, se spécialisera dans les métiers de l’automobile. En 2011, nous avons programmé le lancement de deux zones d’activité à Tétouan et Fès, et de nouvelles extensions pour Tanger Free Zone. Et en 2012, sera programmée la zone commerciale de Fnideq.
Par ailleurs, dans le prolongement du lancement de l’usine de Renault, nous avons accueilli cette année au sein de TFZ les premiers équipementiers qui accompagneront le constructeur français. Ceci est un tournant majeur dans le développement et la consolidation d’un tissu industriel automobile marocain. Et à cet effet, TMSA a mis en place une structure dédiée à l’automobile, Tanger Med Automotive, qui permet d’accompagner le développement de l’ensemble des acteurs du secteur automobile, notamment en matière de formation professionnelle et de développement de services dédiés à la filière automobile.

Tanger Med comporte aussi une composante logistique importante. Est-elle opérationnelle aujourd’hui ?
L’activité logistique est en connexion directe avec l’activité portuaire puisque la zone franche logistique est située dans l’enceinte portuaire, elle inscrit donc son développement dans le prolongement de l’activité de transbordement en permettant le déploiement d’une plateforme logistique monde-monde.  La première tranche d’une superficie d’environ 45 ha est en cours de commercialisation, et a déjà accueilli de grands opérateurs mondiaux comme Geodis et Makita.

Quels sont les prochains terminaux qui seront concédés et à quelle échéance ?
Pour Tanger Med 1, les  deux terminaux à conteneurs ont, comme vous le savez, été concédés à de grands opérateurs mondiaux, et une partie du terminal automobile a été concédée à Renault pour l’exportation de la production de son usine de Melloussa. Enfin, le terminal hydrocarbures, d’une capacité de 500 000 mètres cubes, a été concédé à un consortium composé de Horizon Terminal, IPM et Akwa. Pour ce qui est du terminal vrac et marchandises diverses, qui entrera en exploitation à la fin de l’année, et du terminal ferroviaire, opérationnel depuis juin 2009, ils sont confiés à des opérateurs sous un régime de sous-traitance. En fonction de la montée en puissance de leur activité, nous jugerons du moment opportun pour leur mise en concession. Pour Tanger Med 2, le premier terminal à conteneurs a été concédé à Marsa Maroc. La concession du second terminal sera lancée en fonction de l’évolution du marché.