Tabac : des opérateurs réclament la refonte du régime fiscal

Deux des concurrents de PMI réclament l’uniformisation de la TIC sur les tabacs blond et brun. La Société marocaine des tabacs, qui domine ce segment, risquerait d’être désavantagée

Le secteur des tabacs manufacturés est en ébullition. A l’origine de cette situation, l’introduction par Philip Morris de la marque de cigarettes Next sur le marché. En effet, depuis son lancement en mai dernier, les concurrents (Société marocaine des tabacs, Japan Tobacco international, British American Tobacco) présument que le produit est fabriqué avec du tabac blond (soumis à une fiscalité de 11,34 DH/paquet), alors qu’il avait été homologué en tant que marque de cigarette de tabac brun (soumis à une fiscalité de 8,04 DH/paquet).

Pour confirmer leurs soupçons, ces trois opérateurs ont procédé à des analyses en laboratoire pour déterminer la composition de Next. Résultat, «le taux d’ammoniaque et le pourcentage de sucre et de cote de tabac (caractéristiques qui différencient le tabac blond du tabac brun) obtenus correspondent à un produit contenant plus de tabac blond que de tabac brun», annonce un opérateur du secteur. Cependant, le ministère des affaires générales et de la gouvernance n’a pas encore tranché dans cette affaire.

Pour PMI, Next permet de lutter contre l’informel

La cause de ce blocage, l’absence de normes pour la composition des cigarettes. Par conséquent, le fabricant peut proposer des mix de tabac blond et brun et se positionner sur le segment qui l’arrange. C’est d’ailleurs le cas de la marque Gauloises composée également d’un mix de tabac blond et brun et commercialisée comme tabac blond. La deuxième raison qui justifie le blocage au niveau du département de tutelle est la contradiction des résultats des analyses obtenus par les trois opérateurs. En effet, «les rapports présentés contiennent des résultats différents et par ricochet le ministère ne peut se baser sur eux pour prononcer son jugement», développe une source proche du dossier.

En tout cas, au moment où les trois concurrents se crêpent le chignon au sujet de Next, Philip Morris, elle, poursuit son petit bonhomme de chemin. Les ventes de Next augmentent à une grande vitesse. D’après les statistiques livrées par un opérateur, «la marque enregistre une croissance mensuelle de 1,08%», sur un marché en stagnation, voire en baisse. Résultat, «lancée fin mai 2015, Next détient à fin août 2,8% de part de marché». Certains débitants confirment même que cette marque fait aujourd’hui le bonheur des détaillants et de leurs clients. En effet, le paquet est acheté à 15 DH et la tige est revendue sur le marché du détail à 1 DH, soit un gain de 25% par paquet. Un débitant explique que Next au détail est plus rentable que Marquise qui, elle, «se vend à 20,50 DH le paquet et 1,20 DH la tige».

Au regard du management de Philip Morris, Next vise à réduire les parts du secteur informel. «Grâce à son prix très compétitif et sa qualité irréprochable, la marque représente actuellement une véritable alternative pour les produits de contrebande et nous permet ainsi de récupérer petit à petit les clients de ce secteur», est-il expliqué. Un argument qui n’est pas du goût de certains opérateurs qui à leur tour assurent que seuls 25% des consommateurs de la marque sont des anciens clients du secteur informel. Pour eux, cette marque gagne des parts de marché au détriment des leurs. «75% des consommateurs de Next sont des anciens fumeurs des marques du segment de valeur qui représente 40% de la consommation nationale en cigarettes et dont le prix varie de 16 DH à 21 DH. Il s’agit en l’occurrence de Marquise, MQS, Brillant, Marvel, Rothmans et Monte Carlo», avance un opérateur.

Face à la position adoptée par le ministère des affaires générales et de la gouvernance au sujet de Next, certains opérateurs ont engagé des actions de lobbying pour réclamer une refonte de la fiscalité de manière à soumettre tous les produits du tabac à un même régime fiscal. Ils avancent même que le Maroc est le seul pays à appliquer une fiscalité réduite pour le tabac noir. Une politique fiscale qui coûterait, selon ces opérateurs, pas moins de 450 MDH de manque à gagner par an au Trésor.

SMT a décidé de lancer une nouvelle marque de tabac brun

Toutefois, cette pression risque d’être vaine puisque l’unification de la taxe n’arrangera pas les intérêts de PMI, mais surtout ceux de la SMT, opérateur historique qui contrôle plus de 80% de parts de marché. Contacté à ce sujet, le management de cette entreprise n’a pas souhaité donné suite à notre demande. Néanmoins, on sait que l’unification de la taxe engendrera une augmentation du prix de ses produits fabriqués à base de tabac brun : Casa Sport et Olympique. Ces marques, commercialisées respectivement à 10 DH et 11 DH le paquet, devront être vendues au minimum à 19 DH (prix minimum incluant l’ensemble des droits et taxes rattachés et de la marge débitant) dans le cas d’un régime fiscal unifié. Un coup dur que l’opérateur historique ne pourrait pas supporter, notamment après avoir perdu la carte de distribution des marques de son partenaire Philip Morris suite au renouvellement du contrat qui ne porte plus que sur la fabrication. Mais surtout parce que la SMT envisage d’investir davantage ce segment en lançant une nouvelle marque de tabac brun, «de qualité irréprochable et à un prix défiant toute concurrence, même celle de Next», promet-on.