Surestaries : de grands changements dès septembre !

Plafonnement du délai de séjour au port à  45 jours, retour de la marchandise à  l’expéditeur, refonte du mode de traitement des marchandises périssables délaissées… Les surestaries navires dépassent de loin ceux des conteneurs. La diversification des entrées portuaires pour les céréales et le pétrole sera décisive pour alléger la pression sur les ports.

Dès la rentrée, le département du transport et de l’équipement se saisira du dossier chaud des surestaries, après avoir pris acte des conclusions de l’étude de l’Agence nationale des ports (ANP). A en croire les premiers éléments recueillis par La Vie éco, l’étude a confirmé l’ampleur des frais d’immobilisation des conteneurs (le Maroc étant le plus cher dans la région), identifié les lacunes de la chaîne logistique portuaire à l’origine de ces frais, et pointé les carences juridiques qui persistent dans la relation entre armateurs étrangers et opérateurs du commerce extérieur.

D’après des sources faisant partie des groupes de travail, le point fort de ce diagnostic est qu’il a été réalisé par des experts internes au secteur maritime et a repris les préoccupations et recommandations des professionnels et de toutes les parties prenantes. De plus, pour la première fois, les professionnels ont senti une vraie implication des instances publiques (à travers le conseiller du ministre chargé des affaires portuaires et maritimes), qui ont très bien assimilé la problématique et ses retombées et se disent prêtes à rectifier le tir.

Selon les mêmes sources, l’on se dirige vers l’adoption imminente de trois mesures majeures. A commencer par le plafonnement du délai de séjour au port à 45 jours. Il s’agira de mettre en pratique une disposition qui figure déjà dans le code des douanes. En effet, selon le texte en vigueur, toute marchandise qui n’est pas prélevée dans un délai de 45 jours devient propriété de la Douane. Par conséquent, le compteur des surestaries s’arrête systématiquement une fois la marchandise tombée dans le giron de l’Administration. Plusieurs pays du benchmark régional ont déjà adopté cette pratique.  

En deuxième lieu, la tutelle pourra habiliter les autorités portuaires à retourner les marchandises en souffrance à l’expéditeur, parfois sans l’autorisation du propriétaire. Ceci écourtera considérablement la durée d’immobilisation des conteneurs, dont une grande partie est constituée justement de marchandises laissées en déshérence par leurs propriétaires.

Nombre de conteneurs en hausse et taille des navires plus importante

Pas des moindres, le troisième changement consistera en la refonte du mode opératoire retenu pour le traitement des marchandises périssables délaissées dans les enceintes portuaires. Aujourd’hui, le circuit et la charge sont très lourds pour détruire ces lots : pas moins de 8 départements ministériels doivent se réunir selon des périodes parfois très éloignées. Les réunions de cette commission seront plus fréquentes -tous les mois- pour identifier rapidement les conteneurs en souffrance et statuer sur leur sort le plutôt possible.

«Cette réforme du dossier des surestaries s’impose vu que le nombre de conteneurs manipulés dans nos ports est en hausse soutenue et la taille des navires est de plus en plus importante», commente un commissionnaire. Notre source rapporte que le diagnostic a été plus alarmant quant aux surestaries navires. Leur montant, acquitté en devises, dépasse de loin celui des conteneurs. A titre indicatif, un navire de 25 000 tonnes, resté en rade pendant 45 jours, se verra appliquer des frais de 5,4 MDH. Les surestaries quotidiens vont jusqu’à 12 000 dollars. Leur poids est très important, notamment dans les importations de céréales et de pétrole. Pour surmonter ce problème, la tutelle et les autorités portuaires sont invitées à procéder à des arbitrages afin d’éviter le paiement de ces frais. Pour les céréales, à défaut de pouvoir réaliser des investissements en infrastructures portuaires pour diluer la pression sur une période de 2 à 3 mois de campagne, des mesures ponctuelles s’imposent. D’ailleurs, le ministère de l’agriculture est allé dans ce sens en signant récemment un accord avec les importateurs de céréales pour étaler la période d’importation, et ce, afin d’éviter la pression sur les ports et le paiement des surestaries navires.

Pour les importations de produits pétroliers, le port de Mohammédia se trouve également saturé par les importations de la Samir, notamment en période de constitution de stocks et de baisse du prix du baril. Le statut de mono-port n’arrange pas la performance de la chaîne logistique. Il faudra enclencher les démarches pour diversifier les ports et avoir plusieurs entrées pour des produits de choix dans les importations du pays tels que les céréales et le pétrole, recommandent les experts.