Stress-test : le secteur bancaire résilient, mais très peu filtre sur les cas individuels

Les bons fondamentaux du secteur bancaire ont été de nouveau confirmés par les résultats des exercices de stress-test simulant des chocs issus des conditions macroéconomiques, de leurs expositions intra-financières et de celles émanant des filiales étrangères sur l’année en cours et celles à venir. Pris séparément, il y a des établissements qui recèlent des fragilités. Si le scénario catastrophe vient à se concrétiser, le taux de sinistralité se dégraderait significativement pour atteindre 8,7 % en 2019 et 13,4% en 2020.

Le secteur est résilient dans son ensemble face aux chocs, mais les banques recèlent des fragilités, chacune prise séparément. C’est la principale conclusion à tirer des stress tests menés par Bank Al-Maghrib en juillet 2018. Ces tests, faut-il le rappeler, sont devenus une habitude pour le secteur depuis 2010, année où la banque centrale a publié la directive n°2/G/10 relative à ces scénarios de crise qui renseignent sur la capacité des établissements de crédit à résister aux situations extrêmes. Selon le comité de coordination et de surveillance des risques systémiques, les bons fondamentaux du secteur bancaire ont été de nouveau confirmés par les résultats des exercices de stress-test simulant des chocs issus des conditions macroéconomiques, de leurs expositions intra-financières et de celles émanant des filiales étrangères sur les années 2018, 2019 et 2020.

Le total bilan dépasse 121% du PIB

Une source à Bank Al-Maghrib, prenant part aux réunions du comité, explique que le scénario de base retenu pour le test implique une diminution du PIB, le recul des IDE et des transferts des MRE, et une récession dans la zone euro. Tandis que le scénario extrême, lui, implique une contraction du PIB, une récession dans les pays partenaires, un effondrement de la demande à l’échelle mondiale entraînant une chute des cours du pétrole, un ralentissement de la croissance dans les pays subsahariens, région dans laquelle les banques marocaines sont très présentes.

En gros, dans une conjoncture porteuse de risque, le système financier est parvenu à consolider sa situation financière et a fait preuve de résilience, compte tenu des indicateurs financiers et des projections du comité des risques. En effet, le taux moyen de créances en souffrance est contenu à 7,4% en 2019 et 7,5% en 2020. Le ratio moyen des fonds propres de catégorie 1 (composés du capital social, des réserves, des résultats bénéficiaires, des dettes subordonnées) se stabiliserait à 10,3% sur les deux prochaines années et à 14,2% pour le ratio de solvabilité global.Les minimas réglementaires sont fixés à 9% et 12%. Rappelons que le total bilan des banques dépasse 121% du PIB.

Si le scénario catastrophe vient à se concrétiser, le taux de sinistralité se dégraderait significativement pour atteindre 8,7 % en 2019 et 13,4 % en 2020. «Les coussins de conservation constitués par les banques leur permettraient d’absorber sans grandes difficultés l’impact de ces chocs», affirment les spécialistes de BAM. Après ce scénario catastrophe, le ratio moyen de fonds propres globaux tomberait en dessous des minimas requis en 2020.

Diversification sectorielle des crédits

Au registre de la diversification des portefeuilles, la répartition sectorielle des crédits demeure diversifiée, avec une part importante pour les ménages qui constituent les premiers bénéficiaires avec 32% du total des crédits, suivis par les «activités financières» avec une part de 12%. Les secteurs des «bâtiments et travaux publics» ainsi que des «industries manufacturières» représentent chacun respectivement 11% et 10% du total des crédits, puis les secteurs du commerce (6%) et celui de l’énergie et eau (5%). L’indice de concentration s’est établi à 0,134 en 2018. Cependant, la qualité des portefeuilles des crédits du secteur bancaire a été impactée par le contexte économique peu favorable, le volume des créances en souffrance a augmenté de 3,7% en 2018 contre 2,3% une année auparavant, pour atteindre 65,3 milliards de dirhams. Ces créances sont, toutefois, couvertes par des provisions spécifiques à hauteur de 69%.
Si la situation du secteur dans sa globalité est connue, l’on sait très peu sur les expositions individuelles des établissements. «Il est vrai que les banques procèdent à ces tests suivant une fréquence variable, selon la nature du risque. Ainsi, ces tests sont effectués semestriellement pour les risques de crédit, concentration et marché, trimestriellement pour le risque de taux d’intérêt et mensuellement pour le risque de liquidité. Mais les résultats ne sont pas partagés», explique le DGA en charge du marché de l’entreprise d’une banque. La notion de confidentialité, notion délicate dans le secteur bancaire, entre en jeu. Les banques ne veulent pas exposer leurs éventuelles fragilités à la communautés des partenaires. Pour BAM, la décision est aujourd’hui laissée à la discrétion des banques pour communiquer ou pas les résultats de leurs propres stress-tests au marché pour lui permettre de mieux comprendre leur profil de risque.

A en croire la banque centrale, les stress-tests se révèlent être d’une grande utilité puisqu’ils sont de nature à révéler de manière précoce des vulnérabilités et inciter les banques à entreprendre des actions pour les atténuer. Si des vulnérabilités sont révélées, elles font l’objet d’un plan d’action mis en place par la banque, sous la supervision de la banque centrale, soit pour réduire son exposition aux risques concernés, soit pour accroître les matelas de fonds propres ou de liquidité pour les couvrir. Renforcer, tester et corriger est le triptyque de la supervision bancaire.
Avec l’appui technique du Fonds monétaire international (FMI), BAM s’attelle au chantier de renforcement des exercices de stress-test macro du secteur bancaire. Ce projet consiste, en particulier, à améliorer le cadre de modélisation pour la conception de scénarios extrêmes simulant une détérioration des conditions macroéconomiques et pour le développement de modèles satellites liant les facteurs de risques bancaires aux variables macroéconomiques. La banque a aussi revu, avec l’assistance technique du FMI, le processus d’élaboration des indicateurs de solidité financière servant aux analyses macroprudentielles et ce, conformément aux standards internationaux. Elle s’est attelée, par ailleurs, aux côtés des autres régulateurs à l’élaboration d’un premier projet de circulaire conjointe relative à la surveillance des conglomérats financiers et des risques qui leur sont associés.