Sommet de Copenhague : la grande désillusion

Il s’est clôturé le samedi 19 décembre par la conclusion d’un accord a minima.
Colère du côté des associations écologiques et des pays du Tiers-monde.
Le système des Nations Unies mis en cause.

C’est finalement dans la nuit du vendredi 18 au samedi 19 décembre, à 3 h du matin, et après d’âpres discussions, qu’a été conclu l’Accord de Copenhague. Un accord ? Le mot est trop faible. Il s’agit d’un accord…pour se rencontrer en vue d’un accord.
Deux semaines de débats, de négociations, de rebondissements pour en arriver à entériner la recommandation faite, il y a près de trois ans, par le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) de limiter à 2° C le réchauffement climatique, mais aucun objectif chiffré pour y parvenir, notamment en matière de réduction des gaz à effet de serre. Avant même le début du sommet, les craintes d’un échec se multipliaient. L’annonce de la venue de Barack Obama n’avait rassuré que les plus optimistes, Etats-Unis et Chine se renvoyant, entre autres, la balle des engagements mutuels à prendre.
Aujourd’hui, les défenseurs de l’environnement ont la gueule de bois. Autant dans la communauté scientifique que dans la société civile, la désillusion est immense. L’accord, long de deux pages et demie, a été négocié par une petite trentaine de pays alors que 192 assistaient à la conférence sur le réchauffement climatique. Pour annoncer la couleur, l’article 1 nous apprend que «le changement climatique est l’un des plus grands défis de notre temps». Un peu plus loin, on peut lire : «Nous convenons que des réductions importantes des émissions mondiales sont requises en accord avec la science». L’article 4 stipule également que «les parties (…) s’engagent à mettre en œuvre individuellement ou conjointement les objectifs quantifiés d’émissions pour l’ensemble de l’économie pour 2020».
Aucun engagement pris lors de précédentes rencontres internationales, et notamment celui de réduire de 50% les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2050 pris lors du G8 à l’Aquila, en Italie, en juillet dernier, n’est stipulé dans cet accord. L’accord de Copenhague ne fait mention d’aucune mesure contraignante permettant de lutter efficacement contre le réchauffement climatique. Les deux pages et demie sont parfois ponctuées de blancs qui remplacent des pourcentages, des références de décisions à venir.
Notons que cet accord a été discuté par une vingtaine de chefs d’Etat, tous représentant de grandes économies de la planète qui en ont pris acte sans le signer. Pire, il a été entériné sans l’aval des pays du G77 -soit 130 pays en développement- présidé à Copenhague par le Soudan.
Seul point positif, l’accord prévoit «des ressources nouvelles et supplémentaires (…), approchant 30 milliards de dollars pour la période 2010-2012, avec une répartition équilibrée entre l’adaptation et l’atténuation» des changements climatiques. L’article poursuit : «Le financement de l’adaptation sera prioritaire pour les pays en développement les plus vulnérables, tels que les pays les moins avancés, les petits Etats insulaires et l’Afrique».
Les pays développés s’engagent également à mobiliser 100 milliards de dollars d’ici 2020.
Un fonds climatique vert de Copenhague sera chargé «du mécanisme financier de la convention en vue d’appuyer les projets, programmes, politiques et autres activités dans les pays en développement».
Maintenant que le Bella Center de Copenhague s’est vidé de ses occupants, tout reste donc à faire. Les pays industrialisés ont jusqu’au 31 janvier pour transmettre leurs objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre pour 2020.
Quant aux pays en développement, ils devront communiquer les informations sur leurs politiques nationales. Le risque est maintenant de voir retomber l’effervescence médiatique et la mobilisation, tant civile que politique du côté des pays du Sud.
A la sortie de cette 15e conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, beaucoup de travail attend les concernés pour le prochain rendez-vous fixé à Mexico à la fin 2010. L’enjeu est de taille puisqu’il s’agit de mettre au point le texte qui succédera au protocole de Kyoto qui court jusqu’en 2012 (voir encadré).