Somapa : chronologie d’une disparition annoncée

L’entreprise est à l’arrêt depuis trois ans, suite à
un conflit social.
Le tribunal de commerce vient d’accepter en appel le plan de continuation
proposé par la direction générale.

Somapa (Société marocaine de transformation de papier), une des entreprises de premier rang en matière de fabrication de cahiers et fournitures scolaires, serait-elle en train de vivre ses derniers jours ? En tout cas, placée sous contrôle judiciaire suite à un conflit social, elle est à l’arrêt depuis près de trois ans, et son personnel (plus de 150 personnes) qui avait saisi le tribunal de commerce de Casablanca, de guerre lasse, ne donne plus signe de vie après une occupation des lieux qui a duré plusieurs mois.
Dans un premier temps, le tribunal de commerce avait prononcé la liquidation de la société, mais les responsables de cette dernière, qui ont fait appel du jugement, ont finalement eu gain de cause devant la Cour d’appel de commerce de Casablanca. Cette juridiction a jugé que le plan de redressement présenté par les dirigeants de l’entreprise est recevable. Par conséquent, celle-ci peut continuer son activité sous le contrôle du syndic.
Pour sa part, ce dernier affirme qu’à l’heure actuelle, le jugement en appel ne lui a pas encore été notifié. Il déplore néanmoins qu’une entreprise de cette importance puisse sombrer de la sorte. A moins , dit-il, que la Somapa ne soit reprise par un investisseur qui a une capacité financière solide, on ne voit pas comment elle peut être sauvée. Mais avant de se prononcer sur le plan de continuation, le syndic préfère prendre connaissance des éléments qui ont motivé l’énoncé du jugement en appel.

L’entreprise détenait 50 % des parts de marché
Le PDG de Somapa, Malik Boutaleb, que nous avons rencontré, tout en affirmant ne pas vouloir s’exprimer sur cette affaire dans la presse, n’en dénonce pas moins une multitude d’intervenants qui seraient à l’origine des déboires de son entreprise. Il accuse son personnel d’avoir déclenché une grève sans raison valable, sa banque de ne pas l’avoir soutenu dans les moments difficiles et, pire que cela, de lui avoir pris une partie des 7 millions de dollars (70 MDH) générés par une grosse commande de la Libye. Ajoutez à cela une conjoncture économique des plus difficiles, en particulier dans le marché du papier qui, selon M. Boutaleb, «est livré à la contrebande et à la surfacturation», le redressement de l’entreprise paraît improbable, d’autant qu’elle ne peut plus, dans la pratique, soumissionner aux marchés publics et que le fisc s’en mêle. Dans ces conditions, il devient très difficile de trouver un repreneur.
Du côté du syndicat CDT, on balaye tous ces arguments d’un revers de la main. A en croire des employés, c’est leur patron lui-même qui aurait organisé le coulage de son entreprise. «Voilà une entreprise qui contrôlait plus de 50 % du marché local du cahier et des fournitures, sans compter le fait qu’elle exportait vers certains pays arabes et même vers l’Espagne et l’Italie, et qui se retrouve du jour au lendemain en arrêt», font-ils remarquer. Une accusation classique dans ce genre de situation et qui n’a aucune valeur tant qu’elle n’est pas étayée par des preuves.
D’après leur version, tout a commencé par des retards de paiement des salaires, avant que la direction de l’entreprise ne demande aux ouvriers de travailler seulement 2 heures par jour. De réunion en négociation, le syndicat et la direction sont tombés d’accord pour réduire le temps de travail à 4 heures par jour, ce qui représente une réduction de moitié de leur salaire. Malgré cette concession, le salaire du premier mois travaillé dans ces conditions ne leur a pas été versé. De fil en aiguille, le personnel s’est rendu compte que les cotisations sociales, les prélèvements CIMR ainsi que ceux relatifs à l’assurance maladie, n’étaient plus versés aux organismes concernés. Les sommes défalquées sur les salaires pour le remboursement des crédits à la consommation contractés par une partie du personnel ont également subi le même sort. Pour couronner le tout, le transport du personnel n’était plus pris en charge par l’entreprise. La grève et les sit-in étaient devenus inévitables, avec le résultat que l’on connaît, accusent-ils.
Aujourd’hui, tout le monde attend de savoir, sans trop d’espoir, comment va être mis en œuvre ce plan de continuation