SNEP : les dessous d’une vente judiciaire controversée

Le montant de la mise à  prix sera fixé au dernier cours de cotation, soit 213,10 DH l’action. Fives CB a demandé la saisie de la participation de Ynna Holding dans la SNEP en raison de la célérité de la vente.
Le montant de la vente doit rapporter au moins 400 MDH pour couvrir la créance de Fives CB.

C’est l’une des affaires les plus commentées sur le marché en ce début d’année et c’est aussi une première ! Les actions de la société de pétrochimie SNEP feront l’objet d’une vente judiciaire le 25 février suite à une décision de la Cour d’appel de commerce de Casablanca d’exécuter la saisie des actions détenues par la maison mère Ynna Holding dans le capital de ladite société. Il s’agit d’un peu plus de 1,5 million d’actions, représentant 63% du capital.
Petit rappel des faits. En 2008, Ynna Asment aurait rompu abusivement le contrat portant sur la construction et la mise en service d’une cimenterie à Guisser, dans la région de Chaouia-Ouardigha la liant à FCB. Le spécialiste de l’ingénierie industrielle français a donc demandé la condamnation solidaire et conjointe de Ynna Asment et de sa maison mère devant un tribunal arbitral de Genève pour un montant de 400 MDH. «La société de ciment créée par le holding n’est qu’une coquille vide», commente une source proche du dossier. Et puisque le requérant a le choix de demander la saisie sur n’importe quel bien du défendeur, il a opté pour les actions SNEP. «C’est plus rapide, plus liquide et donc facile à vendre», nous confirme notre source. N’acceptant pas ce jugement, Ynna holding a déposé un pourvoi en cassation. Selon le top management, le holding n’a à aucun moment été partie prenante dans la transaction liant Ynna Asment et Fives FCB à travers sa filiale marocaine. Il n’y a donc pas lieu de faire intervenir tout le groupe dans une affaire concernant l’une de ses filiales.

Le titre suscite actuellement peu d’intérêt sur le marché

Qu’en serait-il du pourvoi en cassation du holding marocain? «Il faut savoir que la Cour de cassation ne suspend jamais une décision du tribunal», précise notre source, à moins qu’il y ait vice de forme. Autrement dit, elle n’intervient pas dans le fond, mais s’assure seulement du respect de la procédure depuis son commencement. «Et si jamais cette Cour repère une faille dans la procédure, l’affaire revient à la Cour d’appel. Dans ce cas, son jugement est définitif et exécuté sans délai», nous explique un avocat au barreau de Casablanca.
Cela étant, en cas de maintien de la vente judiciaire, ce qui est fort probable, n’importe quelle personne pourrait y participer, y compris les actionnaires eux-mêmes. Dans ces conditions, Ynna Holding  interviendrait-il pour sauver la SNEP ?
En tout cas, le montant de la mise à prix, ou le prix initial pour le lancement de la vente, sera fixé au dernier cours de cotation de la société avant sa suspension, qui est de 213,10 DH. A titre indicatif, si toutes les actions sont vendues à ce prix minimal, la vente rapporterait 348,8 MDH, soit 50 MDH de moins que le montant dû à Fives CB. Dans ce cas, ou si la vente n’est réalisée que sur une partie des actions, d’autres biens pourraient être saisis jusqu’à recouvrement de l’intégralité des sommes réclamées.

Notons que si la vente judiciaire aboutit à l’acquisition par une seule personne d’un bloc de 51% du capital de la Snep, elle sera obligée de procéder à une offre publique d’achat portant sur les autres actions non détenues par elle-même, et ce, selon la réglementation du marché.
Qu’adviendra-t-il de la société et des petits porteurs après l’exécution de la vente aux enchères ? Les analystes contactés ne semblent pas inquiets puisqu’ils ne voient pas comment la vente aux enchères de la participation de Ynna holding dans la SNEP pourrait aggraver une situation déjà délicate. La société a même disparu des radars des analystes, des traders et des gérants de portefeuille en raison de ses fondamentaux fragiles et de sa très faible liquidité sur le marché. En effet, la société traverse une période difficile depuis des années. Elle ne cesse d’accumuler les déficits, n’a pas rémunéré ses actionnaires depuis 2010 et demeure fortement endettée. D’ailleurs, un analyste ne prévoit aucun engouement particulier pour les titres de la société vu la complexité du secteur, à moins qu’il y ait une multinationale qui souhaiterait avoir une porte d’entrée dans le pays à travers cette société. Même les actionnaires personnes physiques n’ont plus grand-chose à perdre, puisque sur les 8 années d’existence en bourse de la société, son cours a perdu 83%, sachant qu’elle s’est introduite en bourse à 1 250 DH.