Situation économique en 2017 : les fragilités persistent malgré une trajectoire vertueuse

Le taux de croissance du PIB devrait s’établir à 4,6% dans le sillage de la hausse de la valeur ajoutée agricole de 15,4%. Le secteur non agricole reste sur une croissance faible. Le déficit du compte courant est atténué grâce aux transferts.

C’est confirmé. Par rapport à 2016, l’économie marocaine s’est nettement redressée en 2017. Sur la base des indicateurs de conjoncture à fin novembre, le taux de croissance du PIB devrait s’élever à 4,6% au lieu de 1,2%. Mohamed Boussaid, ministre de l’économie et des finances qui présentait, vendredi 26 janvier à Rabat, les résultats économiques de l’exercice précédent, n’a pas dissimulé sa satisfaction, quand bien même la santé de l’économie reste tributaire des conditions climatiques.

Cette bonne trajectoire tient notamment à l’évolution de la valeur ajoutée agricole, qui s’est accrue de 15,4% (contre -12,7% en 2016), tandis que la valeur ajoutée non agricole n’a progressé que de 2,6% (contre 2,1% en 2016). Le ministre entretient néanmoins l’espoir que la part de cette valeur ajoutée non agricole dans la croissance du PIB s’appréciera dans les années à avenir du fait de la diversification de l’économie et de la poursuite de la mise en œuvre de la stratégie d’accélération industrielle.

M. Boussaid est non moins satisfait de la situation des finances publiques. Conformément aux prévisions, il anticipe un déficit budgétaire hors privatisations de 3,5% du PIB, contre 4,1% en 2016, grâce à une maîtrise des dépenses courantes et une meilleure mobilisation des recettes. A l’en croire, cette baisse du déficit devrait avoir un impact positif sur la maîtrise de l’évolution de la dette du Trésor et de ses charges, ainsi que l’amélioration de sa structure. Ce résultat découle d’une progression des recettes ordinaires de 5,2%, à 229,9 milliards de DH, exclusivement du fait des recettes fiscales en hausse de 6,1%, à 200,5 milliards, et ce, face à une dépréciation des recettes non fiscales de 0,3%, à 25,8 milliards. Dans le même temps, les dépenses ordinaires ont crû de 1,4%, passant de 203 à 205 milliards de DH. Hausse attribuée aux charges de compensation montées à 15,3 milliards de DH (+8,7%). Même en se bonifiant de 5,1%, à 66,9 milliards de DH, et avec un taux de réalisation de 120,3%, l’investissement public n’a pas été de taille à creuser le déficit.

Le boulet du chômage

Toutes ces évolutions ont eu lieu dans un contexte d’inflation faible (0,7% contre 1,6% une année plus tôt). A ce propos, plusieurs économistes se montrent dubitatifs sur la circonspection des autorités. Ils attirent l’attention sur le fait que trop d’inflation met en danger une économie et que l’on aboutit à la même sanction quand elle est trop faible. C’est cette situation que vit le Maroc depuis ces dernières années. Le problème est cependant de déterminer le niveau optimal à cibler pour garantir une croissance saine, régulière et créatrice d’emplois.

Sur ce front de l’emploi, le Maroc n’est pas trop bien loti. Les pouvoirs publics et le privé -il ne faut pas l’absoudre- ont bien du mal à trouver des solutions crédibles. Les emplois nets créés sont de l’ordre de 89 000 au lieu de 73 000 une année plus tôt. Néanmoins, le taux de chômage s’est dégradé, se situant à 10,6% au troisième trimestre 2017. Compte tenu des plus de 200 000 personnes qui rentrent sur le marché de l’emploi tous les ans, il ne faudra pas s’attendre à des miracles à court terme, mais il est impératif de concocter des recettes viables au plus vite pour réduire les tensions sociales, notamment en s’appuyant un peu plus sur l’emploi non salarié, le temps que la nouvelle stratégie industrielle puisse élargir les opportunités.

A ce propos, on relève que le secteur automobile est réellement sur la bonne voie. Sa part dans les exportations marocaines a doublé, passant de 12% à 24%. De manière générale, les exportations des métiers mondiaux ont progressé de 8%. Il reste qu’on espère plus pour tirer les performances à l’étranger vers le haut. En attendant, les exportations sont davantage portées par les phosphates et dérivés (+11,1%), alors que le total s’est apprécié de 9,3%. Cette évolution favorable a permis d’améliorer le taux de couverture de 1,6 point, à 56,3%, en dépit d’une aggravation du déficit commercial de 2,6%. Le déficit du compte courant a également été ramené de 4,4% à 4% suite à une amélioration des recettes de voyages (+8,4%), des transferts des MRE (+4,5%) et des investissements directs étrangers de 12%.

Reste à maintenir cette embellie pour 2018 qui risque fort d’être négativement impactée par le difficile démarrage de la campagne agricole.

Le taux d’endettement du Trésor a reculé de 64,7% à 64,5% du PIB, entre 2016 et 2017, pour la première fois depuis 2008. Du point de vue de sa structure, la dette du Trésor est à 78% intérieure et à 87,6% à moyen et long terme. Sa maturité moyenne est de 6 ans et 10 mois; ce qui favorise sa gestion et réduit les risques inhérents aux bouleversements des marchés.

Le volume des réserves de change s’est maintenu à un niveau équivalent à plus de six mois d’importations, soit 241 milliards de DH. Au sujet d’éventuelles spéculations sur le Dirham, le ministre des finances a estimé que «ces demandes de devises sont légales, car elles sont destinées à la couverture contre le risque de change» et que leur accroissement est dû à «l’absence de vision claire du marché». Une position qui contraste avec celle du wali de Bank Al-Maghrib qui, tout en refusant de se prononcer sur l’existence de spéculations, avait déclaré qu’il s’en remettrait aux conclusions de l’enquête menée par l’Office des changes.