Sidérurgie : les fabricants de produits « longs » toujours menacés !

Ils attendent depuis trois mois la suite que réservera le ministère du commerce à  leur requête de mesures de sauvegarde. Le rond à  béton et le fil machine sont les plus impactés par les importations massives.

Les sidérurgistes sont pris comme dans un étau. Nombre d’entre eux affirment qu’ils s’en sortent à peine, alors que d’autres sont catégoriques. Ils confient que leur activité est menacée, et qu’il y va carrément de leur survie.«Plusieurs sociétés du secteur ont cessé définitivement de produire, et d’autres ont arrêté la production sur des sites précis», déclare une source bien renseignée au niveau du secteur.

A date d’aujourd’hui, les sidérurgistes attendent depuis plus de trois mois la suite que réservera le ministère de l’industrie, du commerce et des nouvelles technologies à leur requête d’adoption de mesures de sauvegarde concernant les produits dits “longs”, notamment le rond à béton d’un diamètre variant de 5,5 à 40 mm et le fil machine d’un diamètre de moins de 14 mm.

En effet, le ministère a ouvert l’enquête de sauvegarde en date du 25 septembre 2012 pour examiner le bien-fondé de la demande formulée par les opérateurs du secteur sous la houlette de l’Association des sidérurgistes du Maroc (ASM). Aucun élément nouveau n’est apparu entretemps. «Nous reprendrons les pourparlers le 30 janvier avec la tutelle, en présence de la Fédération des industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques (FIMME) pour s’enquérir de la suite donnée à notre requête», affirmait notre source à l’heure où nous mettions sous presse.

Toutefois, le ministère vient de conditionner l’importation des tôles d’acier laminées à chaud à la production d’une déclaration préalable d’importation, et ce, à partir du 16 janvier pour une durée de neuf mois. Cette mesure, bien qu’elle touche les sidérurgistes, n’arrange en fin de compte que Maghreb Steel qui produit exclusivement au Maroc des produits «plats» de sidérurgie, la tôle d’acier en l’occurrence. Le management de la société s’est battu pour l’adoption de cette disposition, même si les produits plats sont nettement moins influencés par les importations que les produits longs.

En Europe, la surcapacité de production atteint 60%

Il faut rappeler que le secteur de la sidérurgie a été sérieusement mis à mal par la montée en flèche des volumes des produits longs importés de l’Europe. «Le premier semestre 2012 a été perturbé à partir du mois d’avril, où l’on a commencé à ressentir très fortement les retombées de la crise économique mondiale avec une forte montée des importations de produits sidérurgiques en provenance de l’Europe du Sud, encouragée par le démantèlement douanier. En Europe, la surcapacité dépasse largement les 60%, et elle atteint un taux sans précédent en Espagne : 500% dans les produits longs puisque la consommation est d’environ 1 million de tonnes pour une capacité de production d’environ 6 millions de tonnes», explique Ayoub Azami, DG de Sonasid et président de l’Association des sidérurgistes du Maroc.

En effet, les importations du fil machine ont triplé sur le premier semestre 2012 par rapport à la même période de 2011, pour atteindre 78 000 tonnes. Tandis que le volume du rond à béton importé s’est établi à 42 000 tonnes contre 7 500 seulement à fin juin 2011, soit une progression de 460% ! «La sidérurgie européenne se restructure par les prix, ce qui a entraîné une guerre sur notre marché national. Les sidérurgistes européens ont réalisé en 2012 qu’il ne s’agissait plus d’une crise que traversait le secteur mais d’un changement plus important, plus profond et ont donc commencé à réduire la voilure en réduisant les capacités aussi bien dans le long que dans le plat, et en exportant massivement leur surplus de production», ajoute M.Azami.

De plus, ce prolongement de la précarité des sidérurgistes de l’Europe vient aggraver la situation de leurs homologues de la rive Sud, qui font face depuis un certain temps à un réel problème de surcapacité, engendrant un décrochage entre une offre abondante et une demande qui peine à reprendre, notamment avec le ralentissement général de l’économie et, plus spécialement, les difficultés que connaît le secteur de l’immobilier et du BTP.

De l’avis de M. Azami, «la tension devrait encore se poursuivre même si l’on note depuis fin 2012 que le marché est en train de se rationaliser». Une tension qui sera davantage amortie si le ministère finit par répondre favorablement à la requête des industriels pour instaurer des mesures de sauvegarde, en mettant notamment en place une taxe à l’importation. Mesure qui sera de nature à arrêter l’hémorragie et permettra parallèlement aux professionnels d’accélérer la mise à niveau du secteur, notamment la modernisation de l’outil industriel, l’intégration en amont de la filière de la ferraille, la rationalisation des coûts énergétiques et la diversification des débouchés.

A cet égard, le marché finira par se corriger s’il est perméable à ces ajustements, selon M.Azami qui reste, tout de même, confiant quant aux perspectives de sortie de crise. «La compétition est rude mais nous avons des atouts, la sidérurgie nationale a des marges de progrès épuisées en Europe, notamment au niveau de la ferraille qui est un levier sur lequel nous travaillons et où nous pouvons nous améliorer», conclut-il.