SIAM 2018 : Entretien avec Jawad Chami, Commissaire du Salon

Jawad Chami, Commissaire du SIAM 2018 : «Le succès du SIAM est un bon thermomètre de la réussite agricole du pays»

Meknès est prête pour accueillir la 13e édition du SIAM. Le thème de cette année a conduit naturellement à choisir les Pays-Bas comme pays invité d’honneur. Selon Jawad Chami, le commissaire du salon, le Maroc pourrait s’inspirer de l’expérience de celui-ci en matière de logistique. M. Chami explique le choix du thème de cette édition et fait le point sur les différents volets de la manifestation.

Depuis son lancement, le SIAM a traité plusieurs thématiques liées à la chaîne de valeur agricole. Si l’on devait faire un bilan des 12 précédentes éditions du salon, quelles conclusions peut-on en tirer ?
Les thématiques du SIAM ont toujours été en corrélation avec l’actualité agricole du Maroc. Le SIAM se veut une vitrine de la stratégie du PMV et des politiques agricoles entreprises par le Royaume. Son rôle est d’accompagner le déploiement du PMV en mettant en lumière les principaux enjeux du secteur agricole, afin d’en faire ressortir les principales problématiques, et d’inviter les opérateurs et acteurs à offrir des pistes de réflexion.
Les thématiques n’ont jamais été choisies au hasard, elles sont en filigrane de l’évolution de l’agriculture marocaine, et s’appuient soit sur le volet social du PMV, soit sur son volet compétitif et économique.
Mettre en lumière les produits du terroir en tant que marché permettant le développement des zones rurales et des coopératives. Puis évoquer les chaînes de valeur agricoles durables, dans le but de s’interroger sur le circuit du produit et la manière de le rendre bénéfique et durable pour tous les acteurs de l’amont à l’aval. Et, enfin, poser la question de la logistique et des marchés agricoles en tant qu’aspect essentiel pour l’optimisation de la chaîne de valeur et l’exportation des produits agricoles. Nous pouvons donc déceler dans le choix des thématiques une continuité qui accompagne l’évolution et l’actualité du secteur agricole.
Cette année la thématique «Logistique et marchés agricoles» soulève les défis et les problématiques d’une agriculture marocaine plus forte et compétitive, qui est entrée dans une nouvelle ère : celle du commerce et des échanges internationaux.
Si l’on devait en tirer une conclusion, c’est que le secteur agricole et agroalimentaire marocain, et le SIAM en parallèle, ont connu une croissance sans précédent depuis la mise en place de la stratégie du PMV. Le succès du SIAM est donc un bon thermomètre de la réussite agricole du pays.

Cette année marque un tournant puisqu’elle souligne la fin du délai fixé du Plan Maroc Vert (certains contrats programmes sont toujours en cours). Y aurait-il des conférences et séminaires dédiés à l’après- PMV ?
Le programme des conférences n’est pas encore définitif. Si cette année marque la fin du délai du PMV, il va falloir en revanche travailler constamment à sa consolidation, son ajustement et son amélioration, et les séminaires et les conférences du SIAM vont dans ce sens. La continuité des améliorations et des modernisations engendrées par le PMV est le principal objectif soulevé pendant les conférences.

Les Pays-bas, à l’honneur dans cette édition, disposent d’un réseau logistique des plus développés. De quelle manière le Maroc pourrait-il s’inspirer de l’expérience de ce pays ?
La Hollande est un poids lourd de l’agriculture européenne, et un grand commerçant. Le Royaume des Pays-Bas est le second exportateur de produits agricoles au monde derrière les Etats-Unis.
En termes de logistique, le Maroc pourrait énormément s’inspirer de la Hollande. En effet, ce pays possède une agro-logistique de pointe qui lui permet de relier les différents lieux de production, de transformation et de distribution pour les produits alimentaires, ce que le Maroc essaye de développer par les Zones Logistiques Multi Flux et les agropoles. La Hollande et le Maroc possèdent tous les deux un emplacement géographique singulier, qui leur confère le rôle de «Porte» de leur continent respectif.
Cet emplacement, les deux Royaumes en tirent profit par des infrastructures aéroportuaires, Rotterdam pour les Pays-Bas qui est le plus grand port d’Europe, et Tanger Med pour le Maroc qui ambitionne d’en faire le premier port méditerranéen. Ces deux ports sont à la pointe de la technologie et de l’automatisation, ils sont le fer de lance de leur pays dans le commerce international. D’ailleurs, Tanger Med 2 a été en partie inspiré de Maasvlakte 2, l’extension du port de Rotterdam, considéré comme l’un des plus avancés technologiquement.
En plus de la question de connectivité au sein du territoire, l’expertise néerlandaise sur les techniques de conservation et de réfrigération peut apporter beaucoup au Maroc. On le sait, les consommateurs exigent de plus en plus de produits de qualité, et un transport performant peu gourmand en énergie et en argent ainsi qu’une bonne conservation permettant d’acheminer plus rapidement un produit qui sera de qualité et à un coût plus faible, et donc plus compétitif. Et, enfin, les Pays-Bas ont réussi à développer sur un territoire réduit une puissante agriculture durable, très peu gourmande en eau et en ressources. Le savoir-faire néerlandais peut donc apporter une forte plus-value pour le Maroc et l’Afrique en général qui doivent faire face aux risques et aux défis engendrés par le réchauffement climatique dont l’avancée des terres arides et la diminution des ressources hydriques.

A chaque édition, le salon traite une thématique différente et met à l’honneur un pays différent. Pensez-vous que les opérateurs agricoles tirent réellement profit des best-practices de la valeur ajoutée que leur offre le SIAM ?
S’il y a une si forte participation de la part des professionnels, c’est avant tout parce que les thématiques sont pertinentes et soulèvent des problématiques qui touchent une grande partie des agriculteurs et des professionnels. Les conférences liées aux thématiques et aux pays à l’honneur sont le socle du SIAM. Elles participent à informer les professionnels sur les enjeux et les défis du secteur agricole. C’est le moment idéal pour communiquer les problématiques liées aux ressources hydriques, au développement durable, ou encore au commerce international, mais aussi pour parler des nouvelles techniques de production et des dernières innovations.
La thématique du SIAM permet de focaliser les réflexions sur un maillon clé du monde agricole, en invitant tous les acteurs nationaux et internationaux à donner leurs avis.
En conviant aussi des pays qui sont des experts dans leurs domaines, comme l’Italie pour l’agriculture biologique, ou cette année la Hollande pour la logistique et l’agro-industrie, le SIAM offre la meilleure vitrine de ce qui se fait dans le monde en matière d’agriculture et d’agroalimentaire, idéale pour inspirer les professionnels du secteur marocain.
Lors de ces conférences, il y a aussi beaucoup de conventions et de partenariats qui sont signés par des entreprises et des acteurs de pays étrangers et des sociétés nationales.
Et puis on peut dire que les chiffres parlent d’eux-mêmes, avec un taux de fidélité de 87 % de la part des exposants, il paraît évident que les opérateurs agricoles tirent profit de leur participation au SIAM.

Quels sont les objectifs fixés pour cette édition, aussi bien au niveau du nombre d’exposants et de visiteurs, qu’au niveau des relations qui seraient nouées entre différentes parties concernées ?
Cette année, nous espérons avoir 850000 visiteurs et 1350 exposants venus de 67 pays différents. Nous visons plus de 300 mises en relation, ainsi que plusieurs signatures de conventions et de partenariats, dont certaines avec les Pays-Bas. Le SIAM est aussi un outil au service de l’Afrique. Nous espérons donc qu’il sera le lieu d’échanges constructifs et de conclusions de partenariats et d’affaires qui stimuleront l’agriculture et le marché agricole du continent. Ainsi, plusieurs demandes d’expertises et de partenariats seront formulées.
Nous attendons aussi plus de 30 conférences thématiques. L’espace conférence attire chaque année de grands noms de la recherche ou du monde agricole et agroalimentaire, faisant du SIAM une véritable université sur la question agricole.