Shopping : la détaxe n’attire pas grand monde

Le seuil d’éligibilité à la détaxe fixé à 2 000 DH est jugé élevé. Global Blue, un des deux acteurs du marché, a traité 12 000 transactions en 2015. Le Maroc peut difficilement rivaliser avec l’Espagne, le Portugal et la Turquie où les conditions sont plus intéressantes.

Les pouvoirs publics en avaient fait un argument solide pour inciter les touristes étrangers à faire du shopping  au Maroc. Mais près de 10 ans après son instauration, le système de détaxe tourne toujours au ralenti. Faute de clients ? Certainement pas !

«En 2015, Global Blue a traité pour le compte de ses 1450 magasins affiliés près de 12 000 transactions au moment où le Maroc a accueilli plus de 10 millions de visiteurs. Il s’agit là d’un ratio (transactions détaxées/nombre de visiteurs) particulièrement bas comparé aux autres pays dans lesquels opère Global Blue», déclare M’hammed Kabbaj, directeur général de la filiale marocaine. Malgré une part de marché de 70% – c’est ce qu’elle revendique – et un taux de croissance annuel d’environ 8%, la multinationale suisse estime que le potentiel du marché est encore sous-exploité. «L’absence d’une communication plus globale, le maintien d’un montant minimum d’achat particulièrement haut et des procédures parfois lourdes sont autant d’éléments qui limitent l’évolution du tourisme de shopping au Maroc», étaye-t-il. Premier Tax Free, l’autre acteur du marché, n’avait toujours pas répondu à nos questions au moment où nous mettions sous presse.

Pour remédier au problème, Global Blue suggère de ramener le seuil minimum d’achats pour accéder à la détaxe à 500 DH. «A travers «Currency Choice», une offre qui permet aux détenteurs de cartes étrangères de payer leurs dépenses dans la devise de leur pays d’origine, nous savons que le panier moyen des détenteurs de cartes étrangères qui font leur shopping au Maroc est situé entre 500 et 600 DH. Sachant que le montant minimal permettant d’accéder à la détaxe est de 2 000 DH, de nombreux voyageurs étrangers renoncent à l’achat. En baissant le minimum d’achat à 500 DH, le nombre de transactions détaxées serait multiplié par 5 et la consommation augmenterait de 20%», explique M’hammed Kabbaj. Et les opérateurs ne s’en porteraient que mieux car ils auront à encaisser la différence entre la TVA octroyée par l’Etat (20%) et la taxe remboursée au client (située en moyenne entre 12,5 et 15%). Pour l’instant, Global Blue atteste que le panier moyen de la détaxe – pour les bordereaux effectivement présentés- au Maroc est de 20000 DH. Ce qui illustre que le secteur du luxe demeure le plus grand générateur de transactions. Les produits d’artisanat et les biens culturels, dont les touristes sont le plus friands, sont exclus du bénéfice de la détaxe.

Le ministère du tourisme reste favorable à la baisse du seuil d’éligibilité à la détaxe

Il y a donc des efforts à faire pour entrer dans la cour des grands. «L’Espagne, qui accueille 60 millions de touristes/an, offre la détaxe à partir de 90 euros d’achat. Du coup, Global Blue émet 1,5 million de bordereaux par an dans ce pays. Avec ses 8 millions de touristes, le Portugal permet de détaxer les produits à partir de 61 euros d’achats et cumule 450 000 bordereaux/an. La Turquie offre la détaxe à partir de 35 euros et en génère 800 000, tandis qu’au Liban qui en est à 1,5 million de touristes/an, l’offre commence à partir de 88 euros d’achat. Global Blue y réalise 200 000 bordereaux détaxés», étaye M. Kabbaj. Le ministère du tourisme reste favorable à la baisse du seuil d’éligibilité à la détaxe. Mais le dossier est dans les tiroirs du ministère des finances. Pour l’instant, ce sont les MRE qui constituent le plus gros ratio de bénéficiaires de la détaxe au Maroc. «Les MRE constituent en effet 50% du nombre total de voyageurs qui utilisent notre service. Les Français restent la première nationalité en termes d’achats détaxés suivis des Espagnols et enfin des Anglais. Cette répartition correspond plus au moins à la structure même du tourisme au Maroc», détaille le DG de Global Blue Maroc. Il n’y a pas que ceux-là, une autre clientèle, notamment émiratie et africaine, émerge.

La détaxe est un remboursement d’une partie de la TVA octroyée aux touristes étrangers et non-résidents sur leurs achats effectués hors du pays de résidence. Elle est donc étroitement liée au développement du tourisme et permet également l’essor du shopping dans le pays. Au Maroc, l’Etat a fixé le seuil du montant minimum d’éligibilité à la détaxe à 2 000 DH. Le touriste se voit rembourser entre 12,5 et 15% du montant de l’achat voire plus si celui-ci dépasse 100 000 DH. Pour ce faire, deux opérateurs se partagent le marché marocain; Global Blue et Premier Tax Free. Ces derniers mettent à disposition des magasins partenaires et des clients les infrastructures nécessaires (bureaux de détaxe à l’aéroport, bordereaux, partenariats avec des magasins). Dès que l’achat est effectué et le bordereau de détaxe rempli et présenté aux bureaux dédiés au service à l’aéroport, le remboursement se fait par cash au point de sortie du territoire, par paiement sur carte de crédit étrangère ou sur compte bancaire marocain.