Seulement 30% des 500 000 tonnes de papier consommées par an, au Maroc, sont recyclées

Entre 3 000 et 5 000 récupérateurs exercent dans tout le Maroc dont la moitié à  Casablanca.
Grossistes, compacteurs puis industriels prennent le relais.
Papier et carton pour emballage, carton pour Å“ufs, papier hygiénique… , les réutilisations sont diverses.

Contrairement aux idées reçues, le recyclage du papier n’en est pas à ses débuts au Maroc. Le pays a même été précurseur en la matière. Pour preuve, la Compagnie marocaine des cartons et des papiers (CMCP), l’un des plus gros opérateurs marocains dans la fabrication d’emballages carton et papier, qui existe depuis près de 60 ans, assure aujourd’hui 90% de sa production de 120 000 tonnes de carton et papier par an par la récupération de vieux papiers et cartons, de chutes des imprimeries. Le reste provient de fibre naturelle, c’est-à-dire le bois, indispensable à la production de papier même dans le cadre du recyclage. D’après Philippe D’Adhemar, dg de la papeterie du groupe CMCP, le Maroc produit une très bonne qualité de papier, conforme aux normes internationales. Néanmoins, la quantité est loin de satisfaire les besoins. M. D’Adhemar avoue ainsi avoir recourt à l’import, à hauteur de 10 000 tonnes dans l’année, en moyenne. Si l’on élimine le coût du transport, le papier récupéré venu d’Europe, et particulièrement d’Espagne, revient moins cher que le papier collecté au Maroc. Bien sûr, le coût actuel du transport permet de limiter cet import. Pourtant, l’import n’est pas la meilleure des solutions. Et il est évident qu’un pays peu forestier comme le Maroc, ne peut se permettre de ne collecter que 30% maximum du papier qu’il utilise, alors même que le recyclage représente un avantage économique évident.
La collecte de papier au Maroc s’organise au plus bas niveau. Youssef est récupérateur ambulant de vieux papiers à Casablanca depuis 1978. Il intervient dans les administrations, les sociétés et chez les vendeurs de pièces détachées, gros consommateurs de papier. A Casablanca, ils seraient entre 1 500 et 2 000 comme lui ; et entre 3 000 et 5 000 dans tout le Maroc. De 6h30 à 20h, Youssef récupère tout. Sauf le plastique. A la fin de chaque journée, il achemine entre 100 et 150 kg chez son intermédiaire habituel, installé dans un quartier populaire. Ce premier niveau d’intermédiaire est estimé à une centaine d’opérateurs.

Une dizaine d’intermédiaires assurent le compactage

Une fois que la matière a été triée, deux choix se présentent à l’intermédiaire de niveau un. S’il dispose des infrastructures nécessaires, il compacte la matière sous forme de balles d’environ une tonne et l’achemine directement aux industriels de la papeterie. Il peut également transférer la matière chez un intermédiaire de second niveau -il en existe une dizaine seulement- qui se charge alors de compacter les vieux cartons et papiers avant de les transmettre aux industriels, CMCP en tête. Sorepac fait partie de ces intermédiaires spécialistes du compactage. Selon son dg, Saïd El Anba, la société assure près de 60% de la collecte des cartons et papiers usagés. Telle qu’elle est présentée, la chaîne du recyclage fait l’objet d’une hiérarchisation des gains : ceux placés  en bas de la filière sont aussi ceux qui gagnent le moins. Les récupérateurs ambulants gagnent moins de 2 000 DH par mois. Et leurs conditions de travail sont très difficiles. Les récupérateurs font l’objet de discrédit voire d’agressivité de la part des autorités et de la population. La wilaya de Casablanca avait ainsi interdit aux récupérateurs ambulants d’exercer. L’absence de tri au niveau des poubelles entraîne également une insalubrité risquée pour la santé des récupérateurs ambulants.

Un système d’encouragement à la collecte fait défaut

Vingt camions sont déchargés chaque jour chez CMCP à Kénitra. Et entre 300 et 350 tonnes de bobines de papier prêt à être transformé (carton ondulé) quittent le site. Cette cargaison est ensuite transformée dans les usines du groupe à Casablanca et Agadir en emballages prêts à l’emploi pour le conditionnement des produits de grande consommation (lessive, yaourts…). Quant au carton 7 couches, il est revendu tel quel pour être transformé par le client lui-même. Pratiquement toute la collecte trouve ainsi un débouché. Les invendus de la presse sont ainsi transformés en pâte à papier réutilisée pour la fabrication de plateaux pour les œufs ou de papier hygiénique. Néanmoins, selon M. D’Adhemar, «l’activité du recyclage du papier au Maroc ne se développe pas assez rapidement, essentiellement à cause de l’informel. La demande est réelle au Maroc. Pourtant, il y a des gisements d’excellente qualité qui ne sont pas valorisés du fait même de l’absence de structure au niveau de la collecte». Résultat : sur les 500 000 tonnes de papier consommées dans le pays, seulement entre 25 et 30% sont récupérés. D’après un récupérateur industriel de papier opérant sur le marché, le principal obstacle reste les prix. Le récupérateur ambulant revend sa marchandise environ 0,25 DH le kilo ; les intermédiaires entre 0,60 et 0,85 DH le kilo. Quant au prix de revente aux industriels, il reste secret. Et si les prix augmentent, ceux-ci se rabattront sur l’import.
De même, contrairement à l’Europe, le Maroc ne dispose pas encore d’un système de contribution de la part des grandes entreprises. La mise en place d’une telle taxe permettrait l’essor d’une collecte et d’un recyclage organisés. Tous les professionnels s’accordent sur la nécessité de valoriser la récupération et de structurer la collecte. Il reste à espérer que la future Charte nationale de l’environnement et du développement durable inclura le recyclage comme principe.