Sécurité et surveillance électronique : l’activité croît dans l’anarchie

Le secteur a enregistré une croissance soutenue durant les dix dernières années. Une solution intégrée peut être facturée entre 1 et 7 MDH. L’Association interprofessionnelle de la sécurité privée (AISP) souhaite une réglementation plus stricte.

Le marché de la sécurité et de la surveillance électronique a beaucoup bougé au Maroc. En effet, après les évènements terroristes qu’avait connus le pays en 2003 puis en 2007, mais aussi les mesures de sécurité convenues entre le ministère de l’intérieur et le Groupement professionnel des banques marocaines (GPBM) en 2009, plusieurs administrations et agences bancaires, en plus des hôtels et de la plupart des commerces modernes, se sont équipés en matériel de surveillance (caméra, système d’alarme, portique de sécurité, code d’accès…). Les banques représentent d’ailleurs avec les administrations et les offices le gros de la clientèle. Le tertiaire et l’industrie viennent en deuxième position. La part du domestique reste faible malgré la multiplication des projets immobiliers haut standing.

Les professionnels du secteur ne se prononcent pas sur le chiffre d’affaires du marché. Mais de l’avis de tous, il est en continuelle croissance, «depuis dix ans», précise Ali Kettani, directeur général de ES-Data, l’un des premiers opérateurs à avoir investi dans le domaine de la fourniture et de l’installation de matériels de sécurité électronique. Les prestations facturées peuvent parfois atteindre plusieurs millions de dirhams. Par exemple, une solution intégrée pour un bâtiment de grande dimension comme le siège d’une banque ou d’une grande administration peut coûter entre 1 et 7 MDH. Flairant la bonne affaire, plusieurs entreprises ont donc investi ce secteur dominé notamment par ES Data, Securitas, Groupe 4 et Securimag. Difficile d’avoir le chiffre précis des opérateurs parce que de nos jours, ils ont tendance à proposer leurs services dans tous les domaines de la sécurité électronique. D’après les estimations des professionnels, elles seraient plus de 600 entreprises à opérer dans le secteur, toutes activités confondues (sécurité physique et électronique). Cette profusion de sociétés est nuisible au métier. «La profession ne va pas bien !», confie en effet Mohamed Gmih, directeur général de Securimag, filiale du groupe Cofimag et spécialiste de la distribution et de l’installation de matériel de surveillance et de sécurité. La qualité des prestations fait défaut. «Aujourd’hui, n’importe quelle société peut ouvrir et déclarer faire de la sécurité, alors que c’est un métier qui exige des normes et des qualifications précises», souligne Ali Kettani.

Seulement une dizaine de sociétés est en mesure d’offrir des solutions intégrées

Sur les centaines de sociétés sur le marché, elles ne sont qu’une dizaine à offrir des solutions intégrées et un service après-vente digne de ce nom. Les autres se contentent de la distribution ou de l’intermédiation pour des fabricants étrangers, quand ils ne sont pas de simples importateurs informels de produits asiatiques -souvent de qualité discutable- qui profitent de la bonne orientation de la demande pour faire des affaires à court terme. Impossible de parler dans ces cas de société de sécurité.

Cette situation nuit aux sociétés plus organisées qui se retrouvent souvent, lors d’intervention de maintenance, face à des installations qui ne répondent pas aux exigences requises. Et le problème va plus loin. «On a déjà vu une société voir le jour dans un petit local, soumissionner pour un appel d’offres et remporter le marché pour disparaître le lendemain en laissant derrière elle le travail inachevé, et réapparaître plus tard avec une autre dénomination sociale pour répéter la même opération», dénonce un acteur de la place. Des pratiques imputables, selon le DG de Securimag, au manque d’organisation du secteur. Toutefois, les professionnels restent confiants et les discussions sont engagées notamment au sein de l’Association interprofessionnelle de la sécurité privée (AISP) pour trouver une solution. Cette dernière devra nécessairement passer par une réglementation plus stricte et un contrôle plus sévère du secteur pour pouvoir aboutir in fine à l’établissement d’une norme marocaine en la matière.