Savola réoriente sa stratégie au Maroc

Fini les guerres d’antan, le groupe se dit prêt à  constituer des partenariats avec Lesieur, Cosumar et d’autres opérateurs.
Son objectif : mutualiser les approvisionnements en matières premières.

Les responsables de Savola tournent la page. Après une guerre ouverte avec ses concurrents sur le marché de l’huile de table au Maroc, notamment Lesieur, filiale d’Ona, le fabricant saoudien revient au devant de la scène après un silence qui dure depuis fin 2006. A cette époque, en effet, la guerre avec Lesieur, qui avait commencé en 2004, avait atteint son paroxysme à la suite d’un rapport d’enquête de la direction de la concurrence concluant à l’existence de pratiques anti-concurrentielles dans le secteur. Mais, aujourd’hui, c’est le patron de Savola Foods Co, le Marocain Zouhair Eloudghiri, qui mène lui-même les opérations. La ligne de conduite, dit M. Eloudghiri, «c’est changer l’image que reflétait Savola, à savoir celle d’un prédateur qui arrive sur un marché avec pour seul objectif de rafler des parts de marché aux concurrents». Aujourd’hui, comme l’explique le patron de Savola, le groupe a pris la décision de changer d’approche. Certes, l’objectif est toujours de faire du business, mais autrement.
D’abord sur le plan purement commercial, M. Eloudghiri tient d’entrée de jeu à rectifier : «Les produits Savola sont toujours présents, notre unité de Berrechid tourne à 80% de sa capacité. Nous vendons 80 000 tonnes par an et nous réalisons des bénéfices sur le marché marocain». Au-delà, et c’est la nouveauté dans l’approche désormais adoptée par le groupe, les ambitions vont plus loin que le simple objectif commercial. Pour le patron de Savola, le groupe est aujourd’hui en mesure de faire bénéficier le Maroc et le consommateur marocain de son effet de taille.

Savola propose à Cosumar un projet commun à réaliser au Soudan
Deuxième grande nouveauté : le groupe tend la main aux concurrents, y compris Lesieur. Aujourd’hui, Savola foods produit et commercialise des produits comme l’huile de table, le sucre, le riz et les pâtes alimentaires dans 30 pays : du Kazakhstan jusqu’au Maroc en passant par l’Iran, la Turquie, l’Egypte ou encore l’Algérie.
Pour alimenter ses usines d’huile, de sucre ou encore ses moulins et usines de pâtes en matières premières, Savola foods doit, chaque année, acheter en quantités importantes : 1,6 million de tonnes d’huile à raffiner, 3,5 millions de tonnes de sucre brut et 2,5 millions de tonnes de blé.
Or, aujourd’hui, explique M. Eloudghiri, «les fournisseurs de matières premières, dans l’huile par exemple, sont une poignée dans le monde et ont donc tendance à appliquer leurs lois».
Face à des géants, comme Cargill, il vaut mieux, en effet, être suffisamment gros pour pouvoir bien négocier. Et c’est ce que propose justement Savola à des entreprises marocaines comme Lesieur et Cosumar. Pour cette dernière, par exemple, le fabricant saoudien a franchi le pas en proposant de mener un projet commun au Soudan. «Cosumar réfléchissait déjà à un projet au Soudan où nous sommes bien implantés, alors pourquoi ne pas travailler ensemble en bénéficiant de la grande expertise de Cosumar et la présence de Savola au Soudan pour avoir du sucre au meilleur prix pour le marché marocain et saoudien», propose M. Eloudghiri. Aujourd’hui, en effet, le Maroc importe, bon an mal an et tous producteurs confondus, 450 000 tonnes de sucre brut et 370 000 t d’huile à raffiner, des quantités négligeables face à des fournisseurs mondiaux presque constitués en cartel.
Les responsables de Savola reviennent donc aujourd’hui pour tendre la main aux autres opérateurs, y compris des concurrents, en leur proposant de travailler ensemble dans l’intérêt du consommateur. Pourquoi un tel revirement, serait-on tenter de penser ? «Il y a eu beaucoup d’incompréhension dans le passé et le jeu de la concurrence avait mené les opérateurs plus à détruire de la valeur qu’à en créer», explique le patron de Savola qui assure qu’aujourd’hui «cet épisode est résolument oublié». Le tout maintenant est de savoir comment les concurrents, notamment Lesieur, vont accueillir les propositions de Savola.