Salons professionnels : un grand coup de balai est en préparation

Un appel d’offres pour la conception de la stratégie du secteur est lancé. Réglementation de l’activité, positionnement du Maroc au niveau international, accompagnement des stratégies sectorielles seront les grands axes de cette stratégie. L’Etat signera un contrat programme avec l’OFEC.

Cette fois-ci, ce sera la bonne. Le ministère du commerce et de l’industrie vient de déterrer le projet de réorganisation du secteur des salons professionnels internationaux. Un appel d’offres vient d’être lancé dans ce sens en vue de l’accompagnement de la mise en place de la stratégie du secteur. Il devrait également donner lieu à la signature d’un contrat programme par l’Etat, l’Office des foires et expositions de Casablanca (OFEC) et, éventuellement, des opérateurs privés qui seraient intéressés. Officiellement, l’objectif est de préparer une stratégie propre à cette activité afin qu’elle puisse accompagner l’essor des autres secteurs économiques, notamment ceux bénéficiant du pacte Emergence. Mais il s’agit également de mettre de l’ordre dans un secteur industriel à part entière, comme c’est le cas dans d’autres pays. Faut-il rappeler que les polémiques s’enchaînent depuis quelques années. Le dernier exemple en date est cette guéguerre que se livrent les organisateurs du salon Bâtimat et les professionnels du BTP.

Donc bientôt, de nouvelles règles du jeu seront mises en place. «Le benchmark que nous avons réalisé dans le cadre de l’étude préalable a démontré que pour développer cette activité et en faire un outil de promotion pour l’économie marocaine, il faudrait commencer par la considérer comme un secteur en bonne et due forme», explique Aziz Alami Gouraftei, directeur général de l’OFEC. En fait, les grands axes de la stratégie à mettre en place ont déjà été définis à travers une étude réalisée en 2012. Cette dernière a relevé plusieurs zones d’ombre, parmi lesquelles l’absence d’une réglementation. A ce jour, aucun texte ne fixe les droits et obligations des parties prenantes. L’appellation «salon international» a d’ailleurs perdu de son importance, tant elle est utilisée à tort et à travers. C’est du moins ce que déplorent plusieurs opérateurs dans ce secteur. «Le cadre réglementaire doit être adapté aux normes et pratiques internationales pour favoriser la mise à niveau du secteur et permettre au savoir-faire national de rayonner à l’échelle continentale», souligne le ministère de tutelle.

L’enjeu n’est pas seulement de produire des textes à respecter, mais également d’instaurer une logique d’encadrement des salons, soit directement par le ministère, soit à travers un organisme public tel que l’OFEC. Cette initiative aura ainsi pour objectif d’éviter que certains salons, initiés par des organismes privés, soient gérés selon une approche purement commerciale où la rentabilité est le maître-mot. Dans la même lignée, «la normalisation des relations entre les acteurs est le point de départ de la professionnalisation du secteur», affirme-t-on auprès du ministère.

L’objectif est de multiplier le chiffre d’affaires par quatre d’ici 2020

Au-delà du volet réglementaire, l’action du ministère de tutelle consiste également à définir le positionnement du Maroc dans ce secteur. Aujourd’hui, il est admis auprès des opérateurs que le pays ne peut prétendre devenir une plate-forme de contact comme Dubaï ou une capitale des salons d’envergure comme l’Allemagne. Cependant, il dispose d’atouts pour se positionner sur le segment des grands congrès itinérants, à condition de doter la ville de Marrakech, par exemple, d’une salle dédiée de plus de 5 000 places. L’idée de faire de Casablanca un hub régional et de Tanger une plate-forme complémentaire semble également séduire. D’ailleurs, les pouvoirs publics reconnaissent déjà que la plate-forme de Casablanca est prioritaire dans la mise en œuvre de cette vision stratégique, tant la capitale économique dispose d’une avance dans ce domaine. Dans ce cas de figure, certaines régions comme Meknès (Salon de l’agriculture), El Jadida (Salon du cheval) continueraient à organiser des salons à caractère communicationnel et non commercial.

Pour atteindre cet objectif, la mobilisation du foncier est un défi majeur. Actuellement, Casablanca, seule ville à disposer d’espaces d’expositions, totalise 25 000 m2 dédiés aux salons. Or, l’étude réalisée par le ministère a fait ressortir un besoin de 60 000 à 85 000 m2 de foncier pour permettre au secteur de générer les 8 milliards de DH de chiffre d’affaires à l’horizon 2020, contre à peine 2 milliards actuellement, selon le ministère du commerce et de l’industrie. Des pistes sont explorées dans ce sens, notamment avec le déploiement du concept multi-site permettant d’assurer une proximité des salons et des zones d’activité. Le développement de nouvelles zones à l’instar de Casablanca Finances City et la zone logistique de Zenata -où le potentiel est avéré mais où la cherté du foncier pose problème- nourrit cette ambition. C’est dire que c’est une petite révolution qui se prépare dans le segment des salons internationaux et 2014 pourrait bien voir se concrétiser une stratégie longtemps espérée.