Salon international de l’agriculture au Maroc : l’expo et les bonnes affaires

Entreprises agroalimentaires et chimiques, exploitations agricoles, coopératives, élevageÂ…, 700 exposants y ont participé.
Les distributeurs de machines ont vendu d’importantes quantités de matériel agricole.
L’effet Plan Maroc Vert perceptible à  travers les conventions signées et l’engouement des professionnels.

Attendue par les professionnels de l’agriculture, nationaux et étrangers, comme vitrine du  Plan Maroc Vert, la IVe  édition du Salon international de l’agriculture au Maroc (Siam), organisé du 22 au 27 avril à Meknès, n’aura pas déçu. L’événement a mûri et gagné en notoriété. Au décompte final, au moins 650 000 visiteurs ont arpenté les allées de ce rendez-vous de la filière agricole et agro-industrielle qui a attiré 700 exposants venus de divers pays (France, Angleterre, Espagne, Chine, Etats-Unis, Allemagne, Italie…). Selon Tarik Sijilmassi, président de l’Association Siam, «cette grande manifestation est devenue une vitrine somptueuse de l’agriculture nationale en cours de modernisation». Ce sentiment  de satisfaction est aussi partagé  par nombre  d’exposants qui reconnaissent que le salon ne cesse de se professionnaliser.
D’abord les infrastructures et l’organisation sont à la hauteur d’une rencontre du genre. La séparation des entrées (exposants, visiteurs) a été mieux respectée, le stationnement amélioré, les procédures d’accès facilitées, des navettes gratuites et une bonne signalisation permettent aux visiteurs de se rendre plus facilement à Sahrij Souani, lieu de l’exposition. De même, une bonne partie du salon
(100 000 m2 répartis en 9 pôles) a été pavée, la restauration améliorée (restaurants de tous niveaux), les sanitaires mieux entretenus.

Forte prise de conscience pour la mécanisation
Un environnement pareil favorise naturellement les affaires. Et elles n’ont pas manqué, si l’on en croit les opérateurs et exposants rencontrés tout au long des 6 jours qu’a duré la manifestation. Des pépinières aux produits agricoles en passant par l’équipement, les services, les fournisseurs d’intrants et les organismes financiers, toutes les branches étaient représentées. Ne restait plus aux opérateurs (producteurs, acheteurs, fournisseurs de matériel, intrants ou services) qu’à  accrocher le partenaire idoine. On a remarqué que les machinistes n’ont pas du tout chômé. La palme est, à notre regard, revenue à des exposants de marques chinoises dont les stands n’ont pas désempli. Mocam représentant Dong Feng, un des premiers constructeurs en Chine, annonce avoir liquidé la totalité de son stock les trois premiers jours, soit plus de 60 tracteurs et motoculteurs répondant aux normes européennes et anglo-saxonnes, et a enregistré une importante commande sénégalaise. Fort de ce succès, Mounir Badri, son DG, envisage d’investir dans unité de montage à Casablanca ou Tanger pour le Maroc et l’Afrique, avec une participation marocaine dans le capital, supérieure à 40% (nécessaire pour le certificat d’origine).
Même niveau de satisfaction chez Précise trade, représentant de Foton, autre marque chinoise présente au Maroc depuis 2004, qui propose du matériel d’accompagnement et des tracteurs de 18 à 125 cv. Le DG Najib Cherkaoui se fixe comme objectif 300 à 500 tracteurs par an. Il avait déjà écoulé 350 unités, principalement des 45 CV, à la veille du salon qui fut une occasion pour pousser ses ventes. L’indien Mahindra était également de la partie avec ses camionnettes et des tracteurs. Sa politique commerciale soutenue, entre autres, par l’offre gratuite d’un cover crop (machine agricole utilisée pour la préparation des cultures) ou d’une charrue pour un tracteur 4 roues motrices vendu 15% moins cher que la concurrence a fait mouche.
Quoi qu’il en soit, l’intérêt des agriculteurs pour les machines s’explique par le fait qu’ils ont compris que la bataille de la productivité se gagne grâce à la mécanisation. Sur ce volet, le secteur est encore très en retard. Ali Fassi Fihri, DGA de Comicom, un des principaux fournisseurs de matériel de la place qui a obtenu le prix de la meilleure participation, rappelle cette situation qui, pour beaucoup d’autres observateurs, est anachronique pour un pays qui veut faire jouer à l’agriculture un rôle moteur. Le DGA de Comicom espère que le Plan Maroc Vert, qui donne une meilleure visibilité aux opérateurs, permettra de résorber une partie du retard. Il insiste toutefois sur la nécessité d’un meilleur ciblage des subventions notamment. Ce distributeur ne manquerait pour rien ce salon où il réalise, depuis la première édition, le quart de son chiffre d’affaires annuel. Pour cette année, il a introduit, en plus de son matériel bien connu (Agco LTD et Massey Fergusson), Comicom a introduit pour la première fois une gamme de matériel de travail du sol pour grandes exploitations et une citerne pour distribution d’aliment liquide de bétail.

Emergence d’un «label Siam»
Pour l’élevage, le Siam a été encore une fois l’occasion d’étaler les progrès réalisés. Dans le pôle regroupant un échantillon représentatif des élevages existants au Maroc (bovins, ovins et caprins, camelins, chevaux, apiculture…), l’Association nationale des producteurs de viande rouge (ANPVR) a montré tout son savoir-faire. Selon Housni Chafai, directeur de l’association, cette année se caractérise par des produits de meilleure qualité et une diversité génétique des animaux exposés. Certains spécimens ont même été vus pour la première fois par le grand public (des bêtes de 1 235 kg) et des animaux issus de croisement industriel par insémination artificielle de vaches locales par un taureau de la race bleu blanc beige (BBB) d’importation.
M. Chafai ajoute que, même si le Maroc affiche une satisfaction de 100 % de ses besoins en viandes, le niveau de consommation reste faible et qu’il faut  par conséquent se préparer à faire face à une éventuelle hausse de la demande. D’où les efforts en matière de productivité. Ce dynamisme est d’ailleurs stimulé, entre autres, par des primes de participation indexées sur le poids des animaux (1DH/kg) distribuées par l’association, sans compter les concours destinés à récompenser les meilleurs élevages.
La deuxième partie du pôle élevage a été consacrée aux fabricants et fournisseurs d’aliments pour le bétail, produits vétérinaires ainsi que toute sorte de matériel utilisable par l’éleveur, en plus des nombreuses associations œuvrant dans le milieu rural.
L’aviculture et l’industrie charcutière étaient aussi bien représentées avec dégustation de produits avicoles (omelettes, saucisses et brochettes de dinde) ayant drainé un large public. Les opérateurs se sont donné rendez-vous en 2010. L’engouement est motivé à ce que l’on peut désormais appeler le «label Siam». Les différents trophées et attestations distribués à l’issue de la manifestation aux vainqueurs des différents concours ou pour récompenser la qualité d’une participation constituent en effet des signes de reconnaissance qui peuvent permettre de se démarquer de la concurrence.