Salon Halieutis : Questions à  Kobenan Kouassi Adjoumani, Ministre ivoirien des ressources animales et halieutiques

«Nous avons été impressionnés par les villages de pêcheurs»

La Vie éco : Comment appréciez-vous les relations entre le Maroc et la Côte d’Ivoire dans le domaine de la pêche ?

En tant qu’invités d’honneur, nous sommes aujourd’hui heureux de participer à cet événement. Le Maroc est un grand pays de pêche, alors qu’en matière de consommation locale, la Côte d’ivoire est encore dépendante de l’extérieur.
Pour le consommateur ivoirien, le poisson est la première source de protéines animales en raison de son prix relativement abordable comparé à celui de la viande. La consommation des ménages est couverte à 67% par les importations. En vue de réduire cette dépendance et compte tenu des ressources maritimes nationales limitées, nous orientons notre action vers le développement de la pêche artisanale et en particulier vers l’aquaculture. Le Maroc est un partenaire de choix, car nous avons été impressionnés par les villages de pêcheurs. Nous avons ainsi eu la promesse de M. Akhannouch pour l’aide à la mise en place d’une structure similaire en Côte d’Ivoire. Nos pays sont liés par plusieurs accords de partenariat. Le premier accord halieutique signé par le Maroc et la Côte d’Ivoire remonte à 1999, il a ensuite été remplacé par un nouvel accord de coopération en matière de pêche et d’aquaculture le 19 mars 2013, renforcé en février 2014 lors de la visite royale en Côte d’Ivoire par la signature d’un protocole additionnel portant création du Comité mixte pour sa mise en œuvre. Lors de cette même visite, ont été conclus une convention pour la réalisation d’un point de débarquement aménagé, ainsi qu’un accord de jumelage entre le port de pêche de Dakhla et le port de pêche du port autonome d’Abidjan.

Avec 550 km de côtes et un vaste réseau hydrographique, votre pays dispose de ressources potentielles significatives. Quelles sont les difficultés qui entravent l’essor du secteur ?

La pêche maritime représente plus de 3% du PIB agricole et près de 1% du PIB total mais aussi un solde commercial excédentaire de 30 milliards de francs CFA résultant de la filière d’exportation de produit à forte valeur ajoutée, notamment des conserves. Les produits halieutiques ivoiriens sont très présents en Europe puisque la Côte d’Ivoire est le deuxième fournisseur de l’UE en produits de la mer. La pêche industrielle côtière comprend principalement la pêche au chalut, la pêche sardinière, thonière et crevettière. Mais elle rencontre certaines difficultés. En premier lieu, la petite taille des mailles des culs de chaluts utilisés en Côte d’Ivoire qui ne laissent pas échapper les plus petits poissons. Ceux-ci, en raison de leur forte capacité de croissance, auraient pu être capturés plus tard à un poids plus élevé. Encouragés par la faiblesse du plateau continental qui abrite l’essentiel des ressources, mais aussi par la faible performance de leurs embarcations qui n’osent affronter les isobathes les plus profonds, les chalutiers effectuent souvent quelques incursions dans les zones habituellement réservées à la pêche artisanale. Par ailleurs, la conservation des ressources est un véritable problème, car 30% des captures sont rejetés faute de conservation.
 
Le partenariat avec le Maroc pourrait-il vous aider à assurer votre autosuffisance ?

Assurément. Mais le Maroc n’est pas le seul pays à nous aider. Il y a également le Brésil, le Japon ou encore l’Union européenne. Pour y parvenir, nous avons mis un point d’honneur sur le transfert de technologie de la pêche et de l’aquaculture. Les autorités ont également amorcé un programme d’assistance technique, administrative et fiscale aux opérateurs nationaux pour la création d’opérations de pêche dans les eaux des pays voisins avec lesquels la Côte d’Ivoire négociera des accords de pêche. Il s’agit encore d’améliorer le contrôle des importations du poisson congelé par la recherche de l’adéquation avec la satisfaction de la demande du marché intérieur.