Royal Air Maroc résiste à  la forte montée de la concurrence

Son résultat d’exploitation a atteint un niveau historique en 2013. Les offres low cost sur certaines destinations clés de la compagnie ont augmenté de plus de 25%. Le management déplore la mauvaise gestion des bagages.

On le sait déjà depuis quelques mois : la restructuration de Royal Air Maroc porte petit à petit ses fruits, notamment au niveau des indicateurs financiers. Néanmoins, la situation est loin d’être reluisante sur tous les niveaux. L’exercice 2013 a démontré que la RAM aura beau se concentrer sur la mise en œuvre des actions prévues dans son contrat programme, elle continuera à faire face à des aléas conjoncturels menaçant son redressement. Parmi ces aléas, la situation concurrentielle dans ses propres marchés.

En effet, la compagnie nationale a connu en 2013 le plus fort niveau de concurrence de son histoire. Cette recrudescence s’illustre dans l’augmentation considérable du nombre de sièges offerts sur le marché et qui ont atteint 11 millions, soit 22% de plus qu’en 2012. Pour la RAM, il ne faut pas chercher bien loin pour comprendre les raisons de cette évolution : les offres des compagnies low cost ont augmenté de 25%, tandis que celles des compagnies régulières ne l’ont été que de 17%. «Il faut savoir que plusieurs compagnies low cost bénéficient de subventions sur des destinations que nous desservons aussi. Ces subventions peuvent atteindre 50 millions d’euros par an», déplore Driss Benhima, PDG de la RAM, pour qui le fait que sa compagnie ne bénéficie d’aucune subvention est particulièrement pénalisant.

Mais en dépit de ce contexte, le top management de la compagnie nationale n’en demeure pas moins confiant quant à l’avenir. En effet, la RAM a pu, en l’espace de deux exercices seulement, rééquilibrer sa situation financière, et présente aujourd’hui des performances record. C’est le cas par exemple du résultat d’exploitation qui s’est établi à fin octobre 2013 (la fin de l’exercice fiscal pour les compagnies aériennes) à 789 MDH, son plus haut niveau historique. Cette performance a notamment été possible grâce aux efforts de maintien des prix sur le marché intérieur et à la progression du trafic de correspondance sur l’Amérique du Nord. La recette moyenne par passager n’a dans ce contexte diminué que de 0,8%, permettant ainsi à la compagnie de dégager un chiffre d’affaires de 11,6 milliards de DH, en baisse seulement de 2,91%.

Selon les données de la compagnie, les meilleures performances ont été enregistrées sur les marchés du Maghreb et d’Amérique du Nord, en plus, bien entendu, des vols intérieurs. A l’inverse, c’est au Moyen-Orient où la RAM a le plus accusé le coup avec une baisse de 12% de son chiffre d’affaires. Le marché français est également en repli (-9%).

L’année en cours s’annonce prometteuse

En fait, sur le marché Europe-province, sa part de marché a diminué de plus de 5 points en raison notamment de deux actions menées dans le cadre du plan de restructuration : l’abandon des lignes déficitaires et le recentrage autour du hub de Casablanca. La baisse du chiffre d’affaires à ce niveau est donc volontaire puisqu’elle contribue au redressement des indicateurs d’exploitation.

Si ces performances restent globalement satisfaisantes, il faut tout de même souligner qu’elles ont été réalisées durant un exercice où la tendance mondiale renvoyait vers une baisse du trafic aérien. Les statistiques ont en effet démontré que le trafic passager était globalement en recul depuis deux ans, et c’est principalement de là que découle l’optimisme du management de la RAM pour 2014. Depuis le début de l’année, le trafic s’inscrit en hausse, et la compagnie nationale en profite particulièrement. Ainsi, sur les cinq premiers mois de 2014, son trafic passager a progressé de 6%, ce qui lui a permis de renverser la tendance de longue date. Depuis avril dernier, la croissance du trafic de la compagnie sur le Maroc a dépassé pour la première fois celui de la concurrence. Cette situation coïncide avec la date d’entrée en vigueur de la nouvelle taxe aérienne qui a particulièrement été décriée par les opérateurs low cost. Serait-ce là la véritable explication ?

En tout cas, chez la RAM on fait plus valoir les efforts commerciaux des équipes qui ont pu la replacer parmi les compagnies les plus prisées par les voyageurs. Ces efforts ont concerné, entre autres, la qualité de service. Le taux de ponctualité des vols a par exemple atteint 81%. Il lui reste maintenant à régler quelques soucis qui persistent, notamment au niveau de la gestion des bagages dont les remontées des clients ne sont pas vraiment positives. «A ce niveau, nous sommes victimes de la mauvaise gestion des bagages dans l’aéroport», insiste Driss Benhima. En fait, selon ce dernier, la problématique des bagages relève des autorités aéroportuaires qui doivent sécuriser le dispositif de gestion et de tri, chose qui n’est pas encore optimale au niveau de l’aéroport de Casablanca. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui poussent aujourd’hui le PDG de RAM à dire que sa compagnie «est en train de dépasser les objectifs fixés dans le contrat programme alors que les engagements pris par l’Etat ne sont pas encore tous concrétisés».