Routes du maroc : La maintenance comme nouvelle priorité

Aprèsune forte dégradation de la qualité du réseau routier entre 2004 et 2012, les pouvoirs publics d’intéressent d’avantage à l’entretien et la maintenance.

C’est devenu un véritable cheval de bataille du ministère de l’équipement, du transport et de la logistique. Jamais la maintenance et la remise à niveau du réseau routier n’aura pris autant d’importance que depuis l’avènement du gouvernement actuel. Selon les données que répète souvent le ministre de tutelle lors de ses interventions au parlement, le gouvernement réserve environ 3 milliards de DH pour la maintenance du réseau.

Cet intérêt découle de la constatation d’une importante dégradation de la qualité du réseau routier national entre 2004 et 2012 qui s’explique, selon le ministère, par la conjugaison de plusieurs facteurs. Le premier est d’ordre financier. La période durant laquelle la dégradation a été constatée a été marquée par un important intérêt accordé au développement des autoroutes et des voies express. Or, la nature budgétivore de ce genre d’infrastructures a fait en sorte que le plus gros du budget réservé aux infrastructures soit consommé dans la réalisation de nouveaux axes, au détriment de la maintenance et de la sauvegarde des axes routiers existants. Le deuxième facteur renvoie pour sa part aux aléas climatiques.

Les saisons hivernales 2008/2009 et 2009/2010 ont été marquées par une importante pluviométrie qui a causé d’importants dégâts au niveau des infrastructures routières. L’ampleur des dégâts dus aux aléas climatiques s’est même aggravée en 2013 et 2014 avec de nouvelles inondations qui ont détruit plusieurs ouvrages d’art. Enfin, le troisième facteur expliquant la dégradation du réseau est celui de l’augmentation du trafic routier, en marge de l’expansion du parc de véhicules en circulation au royaume.

Dans ce contexte, et en prenant conscience que la valeur de remplacement du réseau routier pourrait dépasser les 50 milliards de DH, le ministère de tutelle priorise désormais la maintenance et la sauvegarde des infrastructures routières. «La sauvegarde de ce patrimoine pour le maintenir au moins dans son état actuel constitue la priorité de la politique routière qui lui consacre environ 50 % du budget alloué au secteur routier», précise-t-on auprès de l’exécutif. Dans ce cadre, les pouvoirs publics annoncent qu’«une stratégie de la maintenance du réseau routier a été élaborée pour la période 2016-2025». Elle se décline en quatre grands axes : la modernisation des routes nationales, la réhabilitation des routes régionales et provinciales à faible trafic, la maintenance des routes régionales et provinciales à fort trafic et la maintenance des ouvrages d’art des routes régionales et provinciales.

Pour l’heure, peu de détails filtrent sur les projets prévus. Néanmoins, ce qui est sûr, c’est que cette stratégie vient confirmer les efforts déjà déployés ces dernières années. Selon le bilan 2015 du ministère, plus de 2 100 km de routes ont bénéficié en 2015 de travaux de réaménagement, revêtement ou renforcement de la chaussée.

A ces opérations s’ajoutent celles prévues dans le cadre des mesures d’urgence prises après les inondations de 2013 et 2014. Pour rappel, les estimations du ministère font ressortir un coût global de plus de 2,6 milliards de DH. En 2015, 120 opérations ont été menées dans ce cadre pour un budget global de 180 MDH. Une convention a également été conclue avec le ministère de l’Intérieur pour mobiliser 350 MDH à partir du Fonds de lutte contre les catastrophes naturelles pour accélérer la remise à niveau des infrastructures endommagées par ces inondations.

En attendant, le programme de la tutelle pour l’année prochaine prévoit des travaux de réaménagement ou de reconstruction d’une cinquantaine d’ouvrages d’art. Plusieurs axes routiers devraient aussi subir des travaux de remise à niveau.

Le plan 2016 prévoit ainsi le réaménagement de 76 km de routes endommagées, en plus de près de 3 000 Km qui bénéficieront de travaux de renforcement ou d’élargissement de la chaussée.

Pour rappel, les pouvoirs publics mobilisent le Fonds spécial routier pour le financement des opérations de maintenance. Entre 2012 et 2014, ce fonds a contribué au financement de plusieurs opérations de revêtement et renforcement des routes.

Ces travaux ont porté sur 4 431  Km, soit une moyenne de 1 477 Km par an, ainsi que l’élargissement de 1 653 Km de routes classées comme étroites, soit environ 551 Km par an. Pour 2015 et 2016, le fonds aura mobilisé au total quelque 2,93 milliards de DH pour la maintenance du réseau.

Le Maroc dispose d’un parc important d’ouvrages d’art qui s’est développé sur plusieurs décennies. Ces ouvrages d’art assurent la liaison entre les différentes régions et provinces et accompagnent le développement économique du pays dans plusieurs domaines. Leur nombre dépasse, selon les données du ministère de l’équipement, 7 500 unités, principalement des ponts. Cependant, le problème de ces infrastructures est qu’une fois construites par le ministère, elles sont souvent confiées aux conseils régionaux et provinciaux qui doivent en assurer la pérennité. En tout, près de 60% des ouvrages ne dépendent pas du ministère de l’équipement. Ce schéma, semble-t-il, ne favorise pas la préservation de ces infrastructures, les autorités régionales n’accordant pas l’intérêt qu’il faut à ce volet. Depuis les inondations de 2014, le ministère tente de sensibiliser les autorités locales quant à la nécessité d’entretenir les ouvrages d’art.