Roaming national : de la friture sur la ligne…

Dans les zones blanches ou sous-peuplées, les opérateurs estiment que le tarif fixé par l’ANRT est en décalage avec les prix du marché. Au niveau des zones urbaines et industrielles, le projet de loi encadrant ce dossier est au Parlement depuis 2014. Les négociations entre opérateurs bloquées pour des considérations commerciales.

Dans plusieurs endroits au Maroc, téléphoner via un mobile n’est pas toujours facile. La plupart du temps, ce problème est passager. Il suffit de se déplacer de quelques mètres pour trouver un réseau suffisant. Mais dans certaines zones ou régions (autoroutes, régions excentrées ou territoires déserts ou sous-peuplés), le problème est plus compliqué. Pour y remédier, l’Agence nationale de réglementation des télécommunication (ANRT) a mis au point une solution : le roaming national qui permet au client mobile d’un opérateur d’utiliser le réseau d’un autre dans le cas où celui du premier ne couvre pas la zone dans laquelle il se trouve.

Il faut distinguer deux volets dans le roaming national: les zones blanches et les territoires urbains peuplés. Par zones blanches, on fait référence aux endroits déserts ou sous-peuplés dont le potentiel commercial n’incite par les opérateurs à investir dans les infrastructures. Pour régler ce problème, le régulateur a créé le «Service Universel», un mécanisme devant permettre, à terme, l’accès de toute la population marocaine aux services de télécommunications de base : téléphonie et internet. Ainsi, les opérateurs soumettent à l’appréciation du CGSUT leurs propositions de programmes de Service Universel, soit les zones qu’ils veulent équiper. Le financement du service universel est assuré par le fonds (FSUT) créé à cet effet par la Loi de finances 2005 et alimenté par les contributions des opérateurs de télécommunications à la hauteur de 2% de leur chiffre d’affaires. «Théoriquement, quand un opérateur équipe une zone blanche avec le concours du fonds, il doit partager cette infrastructure avec les autres opérateurs moyennant une rémunération à la minute que le client doit payer pour bénéficier du service», explique notre source. «Sur cette partie, l’ANRT a présenté une offre et fixé le prix du service, mais aucun des opérateurs n’y a adhéré», ajoute-t-elle.

Un responsable communication d’un opérateur confirme l’existence le l’offre mais précise que le catalogue de l’agence comprend des prix en décalage avec le système en vigueur sur le marché. Le prix est fixé à la minute alors que la concurrence a poussé les opérateurs télécoms depuis quelques années déjà à adopter, pour les segments prépayé ou poste payé, un système forfaitaire. «Dans la plupart des cas, le client ne peut accéder à ce service faute de solde. Et même s’il en dispose, il n’acceptera pas de payer 5DH/min pour une communication locale», soutient un autre professionnel du secteur. De l’avis des opérateurs, l’agence doit adapter l’offre du roaming national au système de prix du secteur sinon la solution restera à jamais un projet sur papier.

Il est de plus en plus difficile d’installer des antennes relais sur les toits des immeubles

Si dans les zones blanches la solution est entre les mains de l’ANRT, il n’en est pas de même pour le reste du territoire. En effet, la loi encadrant le secteur exige des opérateurs de couvrir plus de 90% de la population. Sur le papier, tous couvrent l’ensemble du territoire et presque toute la population. En fait, pas tout à fait… «Tous les opérateurs ne disposent pas du nombre d’antennes relais nécessaires pour offrir aux clients une couverture réseau suffisante», avance un expert. Selon lui, le problème se pose avec acuité dans les zones périphériques et les zones d’activités industrielles ou économiques.

En centre-ville, il existe également des zones noires. «Aujourd’hui, il est de plus en plus difficile d’installer des antennes relais sur les toits des immeubles puisque les habitants refusent. Pour remédier à ce problème, les opérateurs signent des conventions avec les communes pour installer des antennes sous forme de lampadaires dans les rues. Cette solution montre ses limites quand on est à l’intérieur des maisons», explique notre expert.

Du côté des zones industrielles, le nombre d’antennes de certains opérateurs reste insuffisant et par conséquent il est aujourd’hui difficile de capter leur réseau. Ainsi, le roaming local reste aujourd’hui la solution, mais il est difficile de s’en servir tant que le projet de loi reste bloqué au Parlement. Sur ce volet, notre expert de l’ANRT précise que les opérateurs peuvent fixer les prix entre eux puisque, sur ce volet, l’ANRT ne peut intervenir qu’en cas de conflit. Le problème est que chacun campe sur ses positions… 

Un projet de loi intégrant la notion d’accès aux réseaux des opérateurs de télécommunications et modalités techniques et tarifaires de l’interconnexion a été présenté au Parlement fin 2014. Il précise les modalités de mise en œuvre de l’itinérance dans certaines localités et zones, encadre les conditions dans lesquelles les accords d’itinérance nationale sont conclus. De son côté, l’ANRT se voit confier la mission de trancher les litiges relatifs à cette nouvelle prestation.