Retraites : l’audit des caisses a démarré mais il n’y aura pas de réforme avant 2010

Un cabinet français récemment sélectionné a entamé les travaux. Il devra, en 2009, proposer des scénarios de réforme Un budget de 8,5 MDH est consacré à  cette opération.

Contrairement à  ce que l’on pourrait croire, le dossier de la réforme des retraites n’a pas été mis en veilleuse. Il n’y a certes pas eu, et ce depuis le début de l’année, de réunion de la Commission nationale chargée du suivi de la réforme des retraites, mais les travaux au niveau technique avancent.

C’est ce qu’indiquent des sources proches du dossier. Il est ajouté que le gouvernement a même sélectionné un cabinet d’études français, suite à  un appel d’offres qui avait été lancé en décembre 2007. Le coût de cette opération qui doit être réalisée au courant de cette année s’élève à  8,5 MDH.

La mission du cabinet consiste, selon le cahier des charges rédigé en concertation avec les partenaires sociaux, à  procéder dans une première étape à  l’audit des diverses caisses de retraite existantes.

Cette première étape du travail a été entamée et le cabinet est déjà  en train de réaliser des audits au sein des caisses. «C’est un travail nécessaire qui va nous permettre d’avoir une visibilité et un regard neutre et impartial sur les données qui nous ont été communiquées jusqu’à  présent par les dirigeants des organismes de retraite», commente-t-on dans le milieu syndical. Cependant, d’autres sources syndicales tiennent à  préciser que «les audits ne sont pas diligentés dans un objectif d’inspection mais plutôt d’évaluation de la situation et de la viabilité des régimes de retraite puisque, ce n’est un secret pour personne, leurs difficultés sont importantes». C’est notamment le cas de «la Caisse marocaine des retraites qui a été mise à  mal par l’opération des départs volontaires», est-il souligné.

Outre la réalisation des audits, le cabinet français, et c’est là  la deuxième mission dont il a été investi, devra proposer un ou plusieurs scénarios de réforme des retraites au Maroc. Autrement dit, ce cabinet va refaire le travail effectué depuis 2005 par les commissions techniques.

Ces dernières ont, rappelons-le, établi trois pistes de restructuration des régimes. La première est une réforme qui, tout en gardant les structures actuelles, préconisait des modifications des paramètres du système comme le taux de cotisation, l’âge de départ à  la retraite, le salaire pris pour base ou encore le niveau des pensions. La deuxième piste s’appuie sur la refonte des régimes de retraite autour de deux pôles dont l’un serait géré par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) pour les salariés du secteur privé et l’autre par la Caisse marocaine de retraites (CMR) pour les fonctionnaires du secteur public.

Enfin, la troisième option serait de passer du système actuel à  un régime entièrement basé sur la capitalisation dans lequel les futurs retraités ne bénéficieraient que du capital (fructifié certes) qu’ils auraient amassé au cours de leur vie active, par opposition au système de répartition dans lequel les actifs d’aujourd’hui paient pour les retraités.

C’est en 2009 que le cabinet français devra rendre sa copie et soumettre ses propositions au gouvernement. Ces conclusions seront par la suite discutées avec les partenaires sociaux (patronat et syndicats). Notons qu’afin de permettre aux syndicats de mener à  bien les négociations, le gouvernement a prévu un programme de formation technique en matière de retraite qui coûtera 150 000 DH. Un budget qui sera pris en charge par le ministère des finances.

En fin de compte, au vu du calendrier actuel, le dossier de la réforme des retraites ne pourra être finalisé qu’au cours de l’année 2010, dans le meilleur des cas. Ce qui constitue, il faut le souligner, un décalage par rapport à  l’échéancier retenu en 2005 par Driss Jettou, alors Premier ministre, qui avait tablé sur la mise en Å“uvre de la réforme en 2007. Cette année avait même été décrétée «année de la retraite».

Pourtant, ce jour, on en est encore aux études. Pour les syndicats, ce décalage n’est pas gênant car «il faut prendre le temps nécessaire pour mener à  bien ce chantier qui est d’une grande importance pour les générations à  venir». En réalité, cette position est l’expression d’une certaine lucidité de part et d’autre.

En effet, il est plus simple de s’entendre à  l’avance sur un schéma clair partagé par tous, gouvernement et partenaires sociaux, pour faire l’économie d’une autre réforme de la réforme. A cela s’ajoute sans doute l’influence de la conjoncture, les syndicats qui, il y a quelques mois encore, faisaient de la réforme des retraites un de leur axes de revendication, s’étant depuis focalisés sur le coût de la vie .