Retraite : on touche 1 435 DH en moyenne à  la CNSS, 2 225 DH à  la CIMR…

Le gros des retraités, notamment dans le privé, perçoivent des pensions de misère, dépassant à  peine le Smig. Et ceci seulement après l’augmentation de la pension minimale à  1 000 DH. La CMR sert la pension moyenne la plus élevée : 5 200 DH par mois.

Si le Maroc est un lieu idéal pour les retraités venus d’ailleurs, notamment d’Europe, il l’est beaucoup moins pour les pensionnés des régimes locaux. Du moins pour une grande partie d’entre eux. C’est que les pensions servies par les quatre caisses existantes, en moyenne et toutes catégories de pensionnés confondues, sont inférieures à 2 800 DH par mois. C’est évidemment presque rien pour quelqu’un qui a travaillé toute sa vie. Mais, justement, ces pensionnés ont-ils travaillé toute leur vie ou, plus exactement, ont-ils cotisé à un même régime et pendant toute leur carrière ? Ce n’est pas toujours le cas. Certains ont eu des carrières hachées, entrecoupées de périodes creuses, et comme ce sont souvent des salariés faiblement rémunérés, ils n’ont aucun moyen de racheter les années non travaillées, lorsque cette possibilité existe. Un autre phénomène explique, dans une certaine mesure, la faiblesse des pensions servies, en particulier dans le secteur privé : la sous-déclaration, voire la non-déclaration des salariés auprès de la CNSS.

Quand, à tout cela, s’ajoute le plafonnement des cotisations à 6 000 DH, la modicité des retraites coule de source. A la CNSS, auprès de laquelle sont assurés les salariés du secteur privé, la retraite moyenne est de 1 435 DH ! Toute modeste qu’elle est, cette pension a tout de même progressé de 28,7% par rapport à son niveau de 2009. Mais cette hausse résulte surtout de la décision prise dans l’accord du dialogue social de 2011 de porter la pension minimale à 1 000 DH, au lieu de 600 DH auparavant.

A la CNSS, la plus petite retraite est inférieure à 500 DH et la plus élevée plafonne à 4 200 DH (à 4 800 pour les pensions d’invalidité qui bénéficient d’une majoration de 10%). Si les pensions de 500 DH qui existent encore à la CNSS n’ont d’autres explications que le fait que les concernés (28 252 personnes) bénéficient d’une autre pension chez un autre régime (car aujourd’hui la pension minimale ne peut pas être inférieure à 1 000 DH), le plafonnement à 4 200 DH, même si son salaire mensuelle dépasse 20 000 ou 50 000 DH, résulte de l’assiette de cotisation qui ne peut, dans tous les cas, dépasser 6 000 DH. Certes, le projet de revoir à la hausse cette assiette existe, mais il tarde à se concrétiser, sachant que ce plafond a été mis en place en…2002 !

Nécessité de revoir à la hausse l’assiette de cotisation à la CNSS

Le système actuel, indiscutablement, pénalise les salariés qui perçoivent plus que 6 000 DH, dans la mesure où il ne leur assure pas un salaire de remplacement une fois partis à la retraite, surtout s’ils ne bénéficient pas d’une retraite complémentaire. Mais ce n’est pas le seul chantier à ouvrir à la CNSS. Il y a aussi la nécessité de renforcer les équipes de contrôleurs et de durcir la législation du travail (aujourd’hui guère dissuasive) afin d’enrayer, à tout le moins de limiter les phénomènes de sous-déclaration et de non-déclaration des salariés. Sur une population active occupée de 10,5 millions de personnes, il y a 9 millions qui sont dans le privé. Si on met de côté les quelque 2 millions de personnes qui sont des aides familiales et, à ce titre, ne percevant aucune rémunération, il reste donc 7 millions d’actifs occupés opérant dans le privé. Sur cet effectif, seulement 2,54 millions sont déclarés à la CNSS, les 4,5 millions restants n’apparaissent nulle part !

A la Caisse marocaine des retraites (CMR), la pension moyenne est nettement plus élevée que partout ailleurs. Elle est aujourd’hui de 5 200 DH par mois pour le personnel civil, selon les chiffres fournis par la caisse elle-même. Par rapport à 2009, cette pension moyenne civile a augmenté de 10%. Cette hausse provient notamment des revalorisations salariales au profit des fonctionnaires décidées dans le dialogue social.
Intéressant à noter, 22% des retraités relevant de la pension civile principale touchent une retraite comprise entre 8 000 DH et 20 000 DH ; 34,3% perçoivent une pension allant de 4 000 DH à 12 000 DH par mois. A la CNSS, la population de retraités qui perçoivent entre 3 000 DH et 4 800 DH (le maximum) par mois, représente 11,1% Le reste, soit 89%, est à moins de 3 000 DH par mois.

A la Caisse interprofessionnelle marocaine des retraites (CIMR), régime complémentaire, la retraite moyenne, telle qu’elle est communiquée par ses responsables, s’élève à 2 255 DH par mois, en hausse de 1,8% par rapport à son niveau de 2009. Seulement 13% des pensionnés touchent plus de 4 000 DH, 12% perçoivent entre 2 500 DH et 4 000 DH ; le reste, soit 75%, ont une pension inférieure à 2 500 DH par mois. Mais à la différence des autres caisses, la faiblesse de la pension moyenne à la CIMR proviendrait du fait que, de par son statut de complémentaire, les entreprises ne s’y précipitent pas toutes, et celles qui finissent par y adhérer (5 120 à fin 2011) auront tout de même, pour certaines, accusé un retard de cotisation pour leurs salariés.

Si l’on a plafonné l’assiette à la CNSS, c’est probablement pour inciter les entreprises à souscrire au régime complémentaire. Pourquoi alors ne pas rendre le complémentaire obligatoire ? Sachant que le complémentaire n’est pas synonyme de facultatif.