Réserves en devises : plus que huit mois d’importations… comme en 1999

Les excédents de la balance des paiements commencent à  se rétrécir. Depuis 2007, le compte courant est déficitaire
Les réserves en devises restent stables mais les importations sont en forte hausse
Investissements étrangers et recettes du tourisme sont en baisse.

Les échanges extérieurs de biens paraissent définitivement installés dans le déficit. En tout cas, si le déficit remonte à loin, cela fait sept ans qu’il ne cesse de s’aggraver. Ce faisant, en dépit des évolutions positives de la balance des services, des transferts courants (structurellement excédentaires) et des investissements étrangers, l’impact de la détérioration de la balance des biens sur la balance des paiements commence sérieusement à apparaître. Alors que, depuis 2003, cette dernière dégageait des excédents en constante augmentation, l’année 2007 a vu ces excédents refluer en revenant à 16,9 milliards de dirhams, contre 23,6 milliards de dirhams en 2006. Pour l’année 2008, la balance des paiements au second trimestre (les chiffres du troisième trimestre ne seront publiés qu’en janvier 2009) n’a dégagé qu’un peu moins de 3 milliards de dirhams d’excédents. Quant au compte des transactions courantes (mouvements de biens, services, revenus et transferts courants), le «haut» de la balance des paiements comme on dit, il a déjà, en 2007, renoué avec les déficits d’avant 2001.

Les avoirs nets extérieurs de BAM ont stagné au cours des dix premiers mois de 2008

Au premier semestre de cette année, le déficit du compte courant est en effet de 14,9 milliards de dirhams. Normal donc que l’impact se fasse sentir au niveau de la balance des paiements et, partant, des avoirs extérieurs nets de l’institut d’émission. En effet, après une croissance à deux chiffres depuis 2002, les avoirs extérieurs de Bank Al Maghrib n’ont augmenté «que» de 7,5% en 2007, et sur les dix mois de 2008, ils ont quasiment stagné. Cela ressort nettement quand ces avoirs sont rapportés au nombre de mois d’importation qu’ils sont en mesure de couvrir : jusqu’à 12,5 mois d’importation en 2003, moins de dix mois en 2007 et seulement huit mois à octobre de cette année.
Bien sûr, dans ce calcul, on ne tient pas compte des avoirs extérieurs nets des banques de dépôt (qui ne représentent pas grand-chose du reste) ; c’est la méthode de calcul du Trésor et du FMI. Mais ceci est contrebalancé par le fait que les importations en admission temporaire sans paiement ne sont pas non plus comptabilisées.
Tout cela reflète un réel problème au niveau des échanges extérieurs. En cause, à la fois la hausse substantielle des importations, faiblement contrebalancée par une croissance insuffisante des exportations.
Les indicateurs mensuels des échanges extérieurs que vient de publier l’Office des changes montrent en effet que, si les importations de marchandises sur les dix premiers mois de 2008 ont progressé de 30,3 % (+ 64,6 milliards de DH à 278 milliards de DH), cette hausse est à attribuer pour 51,8 % aux produits énergétiques (+20,3 milliards de DH) et aux produits finis d’équipement (+ 13,2 milliards de DH).

Une bonne part de la hausse due aux importations de pétrole et de produits alimentaires
Dans les produits énergétiques, il y a les achats de gasoil et de fioul (+ 96,4 %), de pétrole brut (+34,5 %), de gaz de pétrole et autres hydrocarbures (+ 32,4%), de houille crue, agglomérés et coke (+ 50,7%). Inutile de rappeler que le Maroc, en matière d’énergie, est (quasiment) un importateur net et que ces hausses sont donc tout à fait contraintes. S’agissant des produits finis d’équipement, la croissance de leurs achats (+ 28,5%) renseigne au contraire sur le dynamisme de l’économie. Ces produits finis d’équipement occupent, selon l’Office des changes, le deuxième rang parmi les groupes de produits à l’importation, avec une part de 21,5%, contre 21,8% à fin octobre 2007.
Reste les produits alimentaires (+ 26,1%) qui, comme l’énergie, représentent des achats contraints, puisque la campagne 2007/2008 a été mauvaise et, coïncidence malheureuse, que les prix à l’international se sont envolés comme jamais.
S’agissant des exportations de marchandises, en revanche, elles ont certes augmenté de 32,8% à fin octobre 2008. Mais cette hausse résulte dans une très large mesure des exportations de phosphates et dérivés, dont la valeur a triplé entre les deux périodes considérées : 48,6 milliards de DH, contre 18,1 milliards de DH. Au même moment, le reste des exportations n’a progressé que de 3,4% (+ 2,8 milliards de DH). Sans revenir sur les causes structurelles de cette lente évolution, il faut sans doute aussi y voir l’effet de la crise internationale qui a agi négativement sur la demande adressée au Maroc. Cela apparaît d’ailleurs même au niveau des recettes de voyages qui ont accusé un léger recul, des investissements et prêts privés étrangers qui ont baissé de 16,8 % (- 5,2 milliards de DH) et des transferts des MRE qui ont stagné. Ce n’est pas bon signe…