Réserves en devises : à  partir de quel seuil faut-il s’inquiéter ?

Elles couvrent moins de 7 mois d’importations contre 9,6 en 2003.
Selon les analystes, le seuil d’alerte est de 3 mois.
Le recul des transferts des MRE et des recettes touristiques a pesé dans la balance.

Combien de mois d’importations les avoirs extérieurs nets de Bank Al Maghrib, appelés communément réserves de devises, permettent-ils de couvrir ? D’un montant de 181,5 milliards DH au terme de l’année 2008, en baisse de 3,4% par rapport à 2007, les réserves de change de l’Institut d’émission couvrent un peu plus de 6 mois d’importations à fin 2008 contre près de 8 mois en 2007. En incluant les avoirs en devises des banques de dépôts (environ une dizaine de milliards), le nombre de mois d’importation s’améliore quelque peu (une semaine) pour approcher les 7 mois. Mais cette méthode n’est pas utilisée par les institutions financières internationales, notamment le FMI dans le calcul de cet indicateur.
A fin janvier 2009, le nombre de mois d’importations couverts par les avoirs extérieurs nets de BAM est resté à peu près le même, soit entre 6 et 7 mois d’importations.
Les raisons de ce recul sont connues, ou en tout cas pas difficiles à deviner. En 2008, les importations ont augmenté de 23,9%, tirées à la fois par la hausse du volume mais aussi par le renchérissement des prix du pétrole et des matières premières agricoles, en particulier. Il se trouve qu’au même moment, les entrées de devises, via les envois des Marocains résidents à l’étrangers (MRE) et les recettes touristiques, notamment, se sont inscrits en baisse respectivement de – 2,4% et de – 3,5%. Ce n’est pas un hasard d’ailleurs si le compte courant, excédentaire depuis 2001, a enregistré en 2008 un déficit exceptionnellement élevé : – 4,8%, soit plus de 32 milliards DH, contre un déficit de 0,1% en 2007 (ou – 2,5 milliards DH).
Avec la récession qui frappe maintenant toutes les économies avancées, soit les principaux partenaires du Maroc, et la baisse des prix qui l’accompagne, la facture des importations devrait se replier substantiellement. Déjà en janvier 2009, les importations de biens et services ont baissé de 18,6% à 21,3 milliards DH, par rapport au même mois de 2008. Le problème est que, dans le même temps, les exportations ont chuté quasiment dans les mêmes proportions : – 18,3% à 15,4 milliards de dirhams, contre 18,9 milliards DH au cours de janvier 2009, selon les chiffres de l’Office des changes.
Mais le déficit de la balance commerciale n’est pas un fait nouveau, c’est un phénomène structurel. Ce qui est nouveau, c’est surtout la baisse des transferts de MRE et des investissements étrangers, à la faveur de la crise économique internationale. Ces transferts ont baissé de 14,2 % en janvier 2009 par rapport à janvier 2008 (3,8 milliards DH, contre 4,4 milliards un an auparavant), et les investissements et prêts privés étrangers de 48,3 % (1,8 milliard DH contre 3,6 milliards en janvier 2008). Certes, au même moment, les avoirs nets à la fois de BAM et des banques de dépôts ont enregistré une petite hausse de 1,1 % (+ 2,1 milliards DH), mais cela ne change pas fondamentalement les choses, en termes de couverture en mois d’importations.

Aux mois d’importations, il faut ajouter le service de la dette extérieure
En fait, la question que beaucoup se posent est la suivante : qu’est-ce que cela signifie que de disposer d’un niveau de devises couvrant 6 mois et quelques semaines d’importations ? Faut-il s’en inquiéter ? Même si certains experts, par précaution, retiennent 6 mois comme niveau minimum en deçà duquel la situation pourrait devenir problématique, de nombreux autres fixent le seuil d’alerte à 3 mois. «Un pays ne commence vraiment à s’inquiéter que quand ses avoirs en devises ne couvrent plus que trois mois d’importations de biens et services», explique un expert marocain, qui a déjà officié à la Banque mondiale.
Toutefois, le niveau d’adéquation des réserves de change, tel qu’il est universellement admis, ne se rapporte pas seulement au nombre de mois d’importations. Ces réserves doivent également couvrir la totalité des échéances (amortissements et intérêts) de la dette extérieure publique et privée de court terme. Dans la littérature économico-financière mondiale sur ce ratio de couverture, certains y ajoutent les capitaux (investissements en Bourse et/ou de portefeuille) susceptibles de quitter le pays en cas de crise.
Quelle est la situation du Maroc par rapport à cet indicateur d’adéquation des réserves de change ? D’abord, avec plus de six mois d’importations de biens et services, le Maroc est loin du seuil de 3 mois. Ensuite, par rapport à la couverture de la dette extérieure privée et publique, grâce à la gestion active de l’endettement extérieur, toute la dette extérieure publique est de maturité moyenne ou longue. Quant à la dette extérieure privée, elle se situe à un niveau assez faible : selon des indications de BAM, elle représente moins de 10 % de l’endettement extérieur total du Maroc (presque le même niveau par rapport aux réserves de change). Reste les investissements en Bourse et de portefeuille. Selon BAM, tout cela se résume en fait au flottant au niveau de la Bourse de Casablanca, lequel ne dépasse pas 2 % de la capitalisation boursière, soit quelque 10 milliards de dirhams.
Il en découle, d’une part, que les agents économiques au Maroc sont très faiblement endettés, en comparaison avec les pays de l’Europe de l’Est par exemple, et que, d’autre part, les investissements de portefeuille sont tout aussi faibles. Moyennant quoi, le niveau des réserves de devises, même en tenant compte de ces deux facteurs, reste relativement correct. Ce n’est évidemment pas une raison pour ne pas tout faire afin de l’améliorer.