Renouvellement du parc de camions : pourquoi la prime à  la casse a échoué

Les impayés s’accumulent pour une population qui n’est pas habituée au crédit bancaire.
Le bouche à  oreille a contribué à  créer un blocage au niveau des transporteurs.

L’opération de renouvellement du vieillissant parc de poids lourds, initiée et lancée par le ministère du transport et de l’équipement en juin 2008, a-t-elle finalement rencontré le succès escompté ? Loin s’en faut, estiment les professionnels, car la situation du parc est toujours la même et le marché de l’occasion continue de fleurir. En effet, depuis le début de cette opération, appelée communément «prime à la casse», l’administration  a réglé en tout et pour tout une douzaine de dossiers pour le principal concessionnaire de camions en l’occurrence RMH (Riad Motors Holding) qui commercialise la marque asiatique de poids lourds SINOTROC au prix de
708 600 DH TTC, somme à laquelle l’Etat contribue à hauteur de 110 000 DH pour les camions destinés à la casse dont l’âge est supérieur à 25 ans et 130 000 DH dont l’âge est inférieur à 25 ans.

Une mensualité de 8 028 DH sur 6 ans
Si l’on croit Abderrahim Chennaoui, secrétaire général de la Fédération générale de transport par route et au port (FGTRP), sans RMH, l’opération de renouvellement du parc n’aurait jamais pu démarrer, et si cela a été le cas, c’est parce que, avant même le lancement officiel de l’opération, RMH s’est alliée à la Fédération de transport de marchandises pour signer, en mai 2008, une convention avec la Banque Populaire pour le financement des véhicules à un taux de 7% ainsi qu’avec RMA Watanyia qui a consenti à accorder des facilités de paiement des primes d’assurances. Au final, le transporteur candidat à un camion neuf devrait payer une mensualité sur 6 ans de 8 028 DH.
S’agissant d’une population qui n’a pas l’habitude des crédits  et qui n’est pas non plus toute jeune, et sachant que la banque ne peut pas ne pas exiger les garanties habituelles, le patron de RMH n’a pas hésité à cautionner personnellement auprès de la banque les transporteurs dont les dossiers présentaient aux yeux du banquier des risques. Plus encore, rapporte Abderrahim  Chennaoui, le concessionnaire n’a pas hésité à accorder aux transporteurs un crédit fournisseur quand la banque ne suivait pas et à leur livrer le camion dès lors que leur dossier a été agréé par les services du ministère. Malgré toutes ces facilités et commodités, l’opération n’a pas rencontré une large adhésion, en raison de plusieurs facteurs. Et particulièrement, les transporteurs ont eu la surprise de recevoir de la banque des avis de paiement trimestriels d’agios et autres frais bancaires qui ont gonflé leur traite. Résultat : une perception négative et un marché de l’occasion qui a repris de plus belle.