Renault et ses sous-traitants assèchent la main-d’oeuvre à  Tanger

Renault a déjà  embauché 1 100 personnes et prévoit d’en recruter 200 par mois d’ici décembre 2011. Pressés de livrer leurs commandes au plus tôt, ses sous-traitants se fournissent chez les équipementiers déjà  installés et notamment à  TFZ.

L’approche de la mise en service de l’usine de Renault Tanger-Méditerranée à la fin de cette année et l’arrivée de nombreux équipementiers dans la région depuis un an et demi met le marché de l’emploi dans la région Nord en effervescence. Pas moins de 4 000 nouveaux emplois seront créés au cours du second semestre 2011, selon des estimations récentes de l’Association des gestionnaires et formateurs du personnel (Agef) Chamal. Parmi ces emplois 10 à 15% sont des cadres, 30% des agents de maîtrise, des chefs d’équipe et des techniciens de maintenance et plus de la moitié des opérateurs ou des ouvriers qualifiés. Si l’on en croit de nombreux recruteurs et industriels de la région, le quart de ces nouvelles embauches sera le fait de Renault à lui seul.
A ce jour, le constructeur a déjà embauché 1 100 personnes. Entre juillet et décembre de cette année, il en recrutera au rythme de 200 par mois. A la fin de 2011, Renault aura globalement intégré au moins 2 500 personnes dans tous les métiers. Beaucoup de techniciens, bien sûr, mais également des salariés pour l’administration, les achats et la logistique. Renault recherche aussi des ingénieurs spécialisés en fabrication, en qualité et en maintenance. L’effectif devrait atteindre 4 000 salariés à fin 2012 et 6 000 une année plus tard.

Renault recherche des compétences tant au Maroc qu’à l’étranger

Pour atteindre ses objectifs, le constructeur dispose d’une équipe de 12 recruteurs internes qui étudient les candidatures soit spontanées soumises à travers leur site web ou lors des forums de l’emploi, soit sélectionnées par ses partenaires que sont Manpower, Crit, Diorh et l’Agence nationale pour la promotion de l’emploi et des compétences (Anapec).
Selon des cadres du secteur, «ces agences de recrutement de même que Renault et certains équipementiers envoient des agents recruteurs dans tous les salons de l’emploi qui se tiennent au Maroc, en France et au Canada ; ces agents recruteurs n’hésitent pas non plus à débaucher chez les entreprises de la région, y compris les grandes et celles installées à TFZ». Et c’est là que le bât blesse. En effet, comme le marché n’est pas particulièrement riche en main-d’œuvre qualifiée, il faut bien aller la chercher chez la concurrence. Selon un cadre qui travaille depuis une dizaine d’années dans une entreprise située à TFZ, l’actuelle campagne de recrutement de Renault a entraîné le débauchage de quelques dizaines de personnes.
Selon les mêmes sources, Renault propose aux ingénieurs, par exemple, 15% de plus que leur salaire actuel en plus des avantages liés à l’intégration d’un groupe international. Les techniciens qui acceptent de rejoindre le groupe bénéficieraient également d’une rallonge de 15% en moyenne. En attendant la sortie des premières promotions (6 à 18 mois d’études) de son centre de formation, le constructeur procède ainsi pour parer au plus pressé. Contactés par nos soins pour exposer leur version des faits, les responsables de Renault n’ont toujours pas réagi à l’heure où nous mettions sous presse.
Toutefois, le débauchage ne surprend pas des DRH qui déplorent plutôt que les entreprises traditionnellement installées à la TFZ ou en dehors ne disposent pas de véritables politiques de RH. «Un technicien qui gagne 2 200 DH par mois, soit 200 DH à peine de plus que le salaire minimum, ne peut pas refuser une telle offre», reconnaît un DRH.

Les industriels historiques de TFZ ont peur pour leur compétitivité

Mais le plus gros des débauchages a été le fait des équipementiers, sous-traitants du constructeur, nouvellement installés. Pour les nouveaux équipementiers, «on estime à plus de 10% la proportion de leur personnel qui a été débauchée des autres usines», explique un cadre travaillant à TFZ. En fait, ces équipementiers n’ont pratiquement d’autres choix que d’aller chercher une partie de leur personnel dans les unités déjà existantes pour pouvoir livrer les commandes à temps, c’est-à-dire dès l’automne prochain.
Les anciens équipementiers, entre autres Yazaki, Sumitomo, Coficab ou Delphi, sont d’ailleurs très remontés contre les nouveaux arrivants. Ils animent depuis plusieurs années l’Association des investisseurs de la zone franche de Tanger (AITFZ) et à ce titre ils estiment avoir fait ce qu’il faut pour assurer des conditions d’investissement optimales à chacun. Parmi les actions de TFZ figure notamment la création d’un centre de formation professionnelle au sein de la zone industrielle, sans compter les aides publiques accordées pour la formation. Les dirigeants de ces groupes qui ont plus de 10 ans de présence à Tanger apprécient très peu ces campagnes de débauchage systématique menées par les nouveaux arrivants.
«Si nous devons augmenter les salaires de 15% pour retenir nos cadres, en plus de la hausse  du Smig décrétée récemment, notre rentabilité et la compétitivité du secteur équipementier de la région seront entamées», expliquent ces industriels. D’autres secteurs comme le textile ou les BTP risquent aussi d’enregistrer une migration  de leurs ressources humaines vers le secteur automobile… dans la perspective de gagner un peu plus.