Relance : Libérer le numérique !

• Dans son rapport, la Commission spéciale sur le modèle de développement recommande de placer le numérique au plus haut niveau des priorités.
• Une nouvelle gouvernance s’impose.
• Le déploiement du très haut débit est une urgence !

Grande satisfaction au sein de la communauté des défenseurs de la cause de la transformation digitale au service du développement humain! Très attendu, le rapport de la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD) place le numérique comme «un véritable levier de changement et de développement. Il convient de lui accorder un intérêt particulier au plus haut niveau de l’Etat comme catalyseur de transformations structurantes et à fort impact». Pas de quoi s’étonner, quand on sait qu’une grande partie des 35 membres de la commission, issus de différents horizons et représentant différents courants de pensées, est très sensible aux enjeux relatifs au numérique, qu’ils soient d’ordre économique, social ou culturel. Placer le numérique au plus haut niveau de l’Etat. Le ton est donc donné! Dans la troisième et dernière partie de ce rapport, réservée aux leviers du changement, la commission dirigée par Benmoussa attire l’attention sur les défis titanesques à relever pour «assurer une mobilisation pleine du potentiel des technologies numériques». Le premier porte sur la gouvernance. Les auteurs recommandent l’adoption d’une stratégie de transformation portée à haut niveau, à travers la mise en place d’une délégation interministérielle dotée d’experts. La commission ne fait pas dans la nuance : Il faut une légitimité technique et institutionnelle indispensable à la conduite de ce chantier de transformation transversale. Une recommandation de taille pour faire avancer la gouvernance du numérique. La coordination avec l’ensemble des institutions concernées serait l’une des missions principales de cette délégation interministérielle. Dans le cadre de cette configuration, l’Agence de développement du digital (ADD) devrait s’assurer de la mise en œuvre des projets, soit un simple rôle d’exécution.

Vite, vite, vite…, le très haut débit
Deuxième levier stratégique : La mise à niveau des infrastructures. Un prérequis nécessaire pour faire un grand saut numérique en avant. La CSMD lance un appel d’urgence pour l’extension du haut et très haut débit fixe et mobile à l’ensemble du territoire (voir encadré). Objectif : Réduire la fracture numérique révélée par la crise sanitaire. «La connexion de l’ensemble des équipements publics sur tout le territoire, tels que les hôpitaux et les écoles, doit être assurée et fonctionnelle, y compris en milieu rural», fait valoir la commission. Comment accélérer leur déploiement? La CSMD plaide pour la mutualisation et le partage des infrastructures entre opérateurs, y compris les réseaux de fibre optique des entreprises publiques. Il est question aussi de renforcer le niveau de concurrence sur le marché du haut débit fixe et mobile sous le contrôle effectif de l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT), potentiellement via l’entrée de nouveaux acteurs opérateurs d’infrastructures ou fournisseurs d’accès à internet. La CSMD évoque un énorme rattrapage au niveau des infrastructures qui devrait être soutenu par le Fonds de développement du service universel des télécommunications. A noter que la question du renforcement des infrastructures et du déploiement du très haut débit est au cœur des recommandations de la Note d’orientations générales des télécoms à l’horizon 2023 (Voir La Vie éco du 12 mars, édition 5801). Au vu de la gravité de la situation actuelle, à côté du régulateur qui doit jouer pleinement son rôle, il faut un sacré volontarisme politique pour lever ce blocage que le Maroc est en train de payer cher en termes de pénétration du numérique et du développement de ses usages.
L’accélération de la digitalisation de l’administration est un troisième levier à actionner, selon la CSMD. Parmi ses recommandations, «la mise en œuvre immédiate des lois sur l’administration numérique, sur la simplification administrative et sur la cybersécurité, sans oublier la numérisation de l’administration de la justice et de ses services au citoyen». En matière d’encadrement, la commission estime que «la formation massive de jeunes en compétences numériques permettrait également de favoriser leur inclusion et leur accès à l’emploi dans le contexte économique post-Covid». Il reste un dernier chantier immense, celui du parachèvement du cadre législatif, dont la finalité est d’ancrer la confiance numérique des utilisateurs et la souveraineté numérique du Royaume. Des textes de loi et des décrets d’application attendent toujours… Dans une conjoncture post-Covid, le numérique est plus que jamais perçu comme un instrument pour rétablir la confiance entre les citoyens et l’Etat. Un levier de transformation rapide pour nourrir l’ambition commune du nouveau modèle de développement proposé par la CSMD : un Maroc prospère, un Maroc des compétences, un Maroc inclusif et solidaire, un Maroc durable et un Maroc de l’audace.


En attendant le déploiement de la 5G…

Au moment où la 4G sature et la consommation de la data est en forte hausse, le déploiement de la 5G, le très haut réseau mobile, est attendu au Maroc en 2023. Du moins, si l’on en juge par les prévisions de la Note d’orientations de l’ANRT. Pourquoi pas avant ?, s’interrogent des experts. Les opérateurs télécoms et leurs écosystèmes étant prêts. Là encore, il faut du volontarisme politique pour faire avancer cette question dans les meilleurs délais. Tout va se jouer bien évidemment au niveau de la mutualisation et de l’optimisation des infrastructures. Véritable révolution, la 5G présente pour le Maroc d’énormes d’opportunités en matière de création de valeur, notamment dans l’industrie, l’agriculture, les services… et de conception de solutions dans les domaines de la santé et l’éducation. Le potentiel est de taille. Avec le déploiement de la 5G, c’est tout un écosystème fédérateur qui est appelé à voir le jour avec comme pour ambition de développer des solutions innovantes locales aussi bien au service des citoyens que des entreprises. Le Maroc a tout intérêt à ne pas rater ce virage technologique. Pendant ce temps, dans le monde, 163 opérateurs ont déjà déployé leur offre 5G commerciale dans une soixantaine de pays, selon le dernier rapport de Global mobile suppliers, association qui regroupe les grands équipementiers mondiaux (année 2020). On apprend que 133 pays développent des réseaux de cinquième génération tout en se projetant déjà sur la 6G. Dans ce registre, la Chine a une grande longueur d’avance en matière de dépôt de brevets.