Région de Casablanca : 850 millions de DH d’excédent à  fin 2012

Les recettes de fonctionnement ont atteint 190 millions de DH en 2012 pour des dépenses de 26 millions à  peine. La région consacre 10% seulement de ses ressources à  l’investissement dont 40% pour les infrastructures.

Les finances de la région de Casablanca gardent la forme, bien que la décélération de la croissance des recettes soit de mise. A en croire les derniers chiffres arrêtés à fin 2012, dont La Vie éco a eu l’exclusivité, les recettes de fonctionnement se sont appréciées de 5% pour atteindre 190 MDH contre 181 MDH en 2011. Avec une progression de 19%, la part de la région dans les ressources transférées par l’Etat (TVA, IS, IR), dont le montant est passé de 54 MDH en 2011 à 64 MDH à fin 2012, contribue le plus à cette hausse. Tandis que les autres rubriques, notamment la taxe professionnelle, la taxe urbaine, les revenus des biens et l’impôt des patentes, ont affiché des tendances mitigées ou alors ont tout simplement stagné.

S’agissant des dépenses, elles se sont établies à 26 MDH, soit 14% à peine des recettes. Leur montant a augmenté de 8% par rapport à 2011. L’administration générale et les subventions sociales en concentrent 70%. Il s’agit des dépenses de l’assemblée de la région, du personnel, d’autres charges de fonctionnement, ainsi que les aides octroyées aux différentes associations culturelles et sportives de la région du grand Casablanca.

Ainsi, l’excédent de fonctionnement au titre de 2012 s’est établi à 163 millions de DH, et est venu s’ajouter aux disponibilités antérieures d’un montant de 792 millions de DH, soit une enveloppe disponible globale de 950 millions de DH.
Toutefois, l’effort d’investissement concédé est resté en deçà des montants disponibles. En effet, la région a équipé et financé des projets pour un coût ne dépassant pas 120 MDH, soit environ 10% seulement de l’argent mis à sa disposition. Le chantier des infrastructures et de la lutte contre l’habitat insalubre s’est taillé la part du lion avec 50 MDH, soit 40% de l’ensemble des investissements, destinés à la réhabilitation des zones M’kansa, Bouskoura et Dar Bouazza, l’assainissement liquide de l’arrondissement Chellalate (cascades), l’éclairage public de Nouaceur, et les travaux de la route de Médiouna. Aussi, les investissements dans le domaine de la santé ont totalisé 21 MDH consistant en la mise en place d’un service d’urgences à l’hôpital Ibn Rochd et l’achat d’une flotte de 11 ambulances.

Par ailleurs, les investissements sur le plan social ont bénéficié d’une enveloppe de 23 MDH, soit 20% du total, sous forme d’équipements pour les différentes collectivités de la région. La région a aussi investi dans la construction et l’équipement de la salle omnisports de Ouled Saleh qui a nécessité une enveloppe de 18 MDH.

Les spécialistes proposent des taxes spécifiques à chaque région

In fine, plus de 850 MDH dorment dans les caisses de la région alors que les rapports de cette administration font état de pas moins de 670 MDH de dotations d’investissement programmées mais toujours reportées d’un exercice à l’autre.
Ceci étant, la décélération observée dans le rythme de progression des recettes de la région, conjuguée à l’augmentation soutenue des dépenses de fonctionnement et à la pression des investissements attendus pour la région de Casablanca qui témoignent de besoins de plus en plus importants, posent avec acuité la problématique de l’optimisation des ressources financières. «Face à un déficit de moyens humains et logistiques, qui empêchent de penser à créer de nouveaux impôts, une des alternatives qui s’offrent devant les régions et les collectivités locales consiste à revoir à la hausse leur part dans les droits existants, notamment les ressources transférées. Par exemple, instaurer une part de 35% sur la TVA au lieu de 30% en vigueur aujourd’hui, et 2% sur l’IS au lieu de 1% en vigueur», explique Mohamed Chakiri, professeur universitaire, spécialiste des finances des collectivités locales. De l’avis d’autres experts dans la gestion de la chose locale, il est grand temps pour la migration vers un régime avancé de fiscalité spécialisée qui veut que chaque région dispose de ses propres taxes et impôts selon sa vocation économique. Ainsi, les régions de Marrakech et Agadir, par exemple, auront une taxe touristique, les régions du Sud une taxe minière et éolienne, la région de Casablanca aura pour sa part une taxe industrielle et de services. Dans le même registre, M. Chakiri estime que l’optimisation viendra de l’unification des droits et taxes. «Au lieu de plusieurs impôts dont le recouvrement mobilise de plus en plus de ressources humaines et logistiques, les collectivités gagneront à avoir une ou deux taxes majeures, à l’instar de ce qui se fait en Grande-Bretagne avec la poll tax ou la property tax aux Etats-Unis, qui sont des impôts sur les propriétés immobilières. Encore faut-il disposer d’un fichier de valeurs immobilières vénales et locatives pour qu’il serve de base aux droits à acquitter par les contribuables», conclut-il.