Redynamiser les activités non agricoles, le prochain défi du gouvernement

Le PIB devrait croître de 1,3% en 2016 après 4,4% en 2015. Le secteur primaire, en raison du déficit pluviométrique, enregistrerait une valeur ajoutée en baisse de 10%. La demande intérieure continue de soutenir la croissance mais de manière moins forte que par le passé.

Dans son Budget économique prévisionnel 2016, le HCP vient de confirmer son estimation de juin dernier concernant la progression du PIB en 2015 et de revoir fortement à la baisse sa prévision pour 2016 : 4,4% dans le premier cas et 1,3% dans le second, au lieu respectivement de 4,3% et 2,6% annoncés il y a six mois. Ce n’est pas très réconfortant dans un cas comme dans l’autre, alors que par ailleurs les finances interne et externe se redressent de façon spectaculaire.

Cette évolution presque asymétrique des sphères de la production et des finances amène d’ailleurs le Haut commissaire au plan, Ahmed Lahlimi, à se demander si le nouveau contexte, marqué par le rétablissement des équilibres macroéconomiques, n’était pas propice à la mise en place de politiques budgétaire et monétaire plus favorables à la croissance. Car, à vrai dire, au-delà des bonnes performances du secteur primaire, en général, et agricole, en particulier, mais où l’aléa pluviométrique reste malgré tout présent, l’évolution des activités non agricoles suscitent de plus en plus d’inquiétude. De 4,7% par an en moyenne entre 2000 et 2012, la croissance de celles-ci est retombée à une moyenne de 1,9% par an entre 2013 et 2016, selon les chiffres publiés dans le Budget économique prévisionnel du HCP. Au cours de l’exercice qui vient de s’écouler, la croissance de la valeur ajoutée non agricole a été de 1,7% et en 2016 elle progresserait légèrement à 2,2%. Sous cette configuration, il suffit que la pluviométrie ne soit pas au rendez-vous (même si le Plan Maroc Vert en atténue désormais les effets négatifs, selon le HCP) pour que la croissance globale revienne à des niveaux extrêmement bas, comme cela est prévu pour 2016, avec une hausse du PIB ne dépassant pas 1,3%. C’est que le secteur tertiaire, qui pèse le plus dans le PIB, évolue dans une tendance baissière, selon le HCP, affichant une croissance de 1,9% en 2015 au lieu de 2,2% en 2014. Plus encore, précise-t-il, ce sont les services marchands (+1,8% contre +2,1% en 2014), notamment les services aux entreprises et ceux du tourisme qui sont le plus affectés par le ralentissement. Pour la première fois, notent les analystes du HCP, la valeur ajoutée des activités touristiques a été négative (-1,9% en 2015), alors que sur la période 2007-2014, par exemple, elle a enregistré une croissance relativement forte (+5% par an en moyenne).

Le secteur secondaire n’est pas à l’abri des difficultés

Le secteur secondaire, pour sa part, n’est pas à l’abri de difficultés, il a réalisé une croissance de 1,4% en 2015 au lieu de 1,7% en 2014. Ce ralentissement est surtout le fait des activités extractives (donc les mines) et de l’industrie du textile, alors que la chimie parachimie et l’agroalimentaire ont évolué plutôt favorablement, portant la croissance des industries de transformation à 1,5% en 2015 au lieu de 1% en 2014. Dans ce secteur, le BTP commence à se relever progressivement (+1,3%) mais peine à retrouver son dynamisme d’avant la crise. Du coup, l’essentiel de la croissance en 2015 est venu du secteur primaire qui a réalisé une valeur ajoutée en hausse de 14,1%, au lieu d’une baisse de 2,6% un an auparavant. Ce ne sera sans doute pas le cas en 2016, compte tenu du déficit pluviométrique enregistré jusqu’ici. Le HCP prévoit ainsi une récolte céréalière autour de 40 millions de quintaux et, plus globalement, une baisse de la valeur ajoutée du secteur primaire de 10,2%. Dans ces conditions, ce sont les activités non agricoles, avec une hausse de leur valeur ajoutée de 2,2% (au lieu de 1,7% en 2015) qui soutiendraient la croissance globale, prévue à 1,3%, comme déjà indiqué. On voit bien que le dynamisme de ces activités-là est très insuffisant pour compenser la contre-performance du secteur primaire, et c’est tout le problème de l’économie marocaine désormais. Maintenant que les équilibres macroéconomiques sont rétablis, et à une vitesse plus rapide qu’il n’était permis de l’espérer, c’est un chantier nouveau, pour ainsi dire, qui s’ouvre pour le pays.

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La demande intérieure a progressé de 2,2% en 2015 au lieu de 1% en 2014, portée par une consommation des ménages en croissance de 3,3% (même niveau que l’exercice précédent) et un investissement brut en hausse de 1,8% contre une baisse de 3,3% en 2014. La consommation des administrations publiques, en revanche, a affiché une croissance négative (-0,1%) en lien avec la baisse des charges de fonctionnement et de compensation. La demande extérieure, pour sa part, a contribué positivement à la croissance en 2015. Pour l’année 2016, le HCP prévoit un ralentissement de la demande intérieure, avec une croissance de 1,7% au lieu de 2,2% en 2015. Ce recul est attribuable à la hausse modérée de l’investissement (0,5% au lieu de 1% en 2015) et de la consommation des ménages (2,9% au lieu de 3,3% en 2015). La demande extérieure, elle, dégagerait une contribution négative à la croissance en raison du ralentissement prévisible des exportations et de la hausse des importations.