Redistribution des cartes dans le secteur bancaire

La Banque Populaire remporte la bataille des parts de marché sur les dépôts et se renforce d’un demi-point, à 27,3%. BMCE Bank of Africa, particulièrement agressive sur le crédit, affiche une croissance de son encours 5 fois plus importante que celle du secteur.

Sur un marché national qui a connu une croissance historiquement faible en 2015, la bataille a été rude entre les établissements bancaires de la place. En théorie, ce n’est qu’en mars prochain, à l’occasion des publications des résultats annuels, que l’on pourra savoir comment chaque banque s’en est tirée. Cependant, La Vie éco a pu consulter les chiffres des réalisations commerciales des neuf grandes banques commerciales (y compris Al Barid Bank), diffusées de manière restreinte par le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM).

Sur les dépôts, en hausse de 5,6%, quasiment toutes les banques ont tiré leur épingle du jeu. Seule BMCI fait exception à la règle avec une contraction de près de 3%. A l’autre extrême on trouve CIH Bank qui affiche la plus belle croissance du secteur, soit 12,6%. Attijariwafa bank, Banque Populaire et BMCE s’alignent sur le marché ou le dépassent avec des hausses respectives de 5,3%, 7,2% et 8%. Mais au final, c’est la Banque Populaire qui remporte la bataille des parts de marché sur les dépôts et se renforce d’un demi-point, à 27,3%. BMCE Bank s’en sort également bien, en parvenant à dépasser le cap des 14% de parts de marché. Les deux établissements font de l’ombre à quasiment toutes les autres banques qui ont vu leur poids reculer. «Cela conforte bien l’idée que la recette la plus payante pour la captation de dépôts reste la régularité de l’effort d’extension du réseau et l’industrialisation du modèle de banque de détail, BMCE Bank et la Banque Populaire s’étant montrées les plus constantes dans ces efforts», analyse-t-on au sein de la profession. Notons par ailleurs que les banques, notamment celles à capitaux français, ont profité de la réduction des besoins de liquidités pour compresser la part des ressources rémunérées. Celles-ci ont baissé d’un point pour tout le secteur, à 43,2%. Seule la Banque Populaire est à contre-courant de cette tendance, sachant que l’établissement maintient toujours ses ressources rémunérées à une part relativement basse de 37%. Mais à la limite, la captation des dépôts ne représente pas vraiment le plus grand enjeu actuellement. «Les établissements n’ont pas à forcer le trait en la matière. L’atonie de l’investissement et le manque de placements attrayants drainent naturellement les disponibilités des particuliers et des entreprises vers les banques», explique un directeur d’établissement.

La collecte des dépôts facilitée par l’atonie de l’investissem ent et le manque d’opportunités de placement

La vraie bataille se joue plutôt du côté de l’emploi de ces ressources et donc des crédits. Et disons-le d’emblée, sur ce plan, BMCE Bank Of Africa s’est montrée la plus agressive. Elle réussit une progression de ses crédits de plus de 10%, à 125,3 milliards de DH, contre une hausse de seulement 2,2% pour tout le marché. Cela propulse sa part de marché de 1,3 point, à 16%. La banque carbure notamment sur le crédit conso avec une progression de 9,4%, au moment où le marché se contente d’une hausse de moins de 2%. Elle gagne ainsi presque deux points de part de marché sur le segment et dépasse désormais d’une courte tête Attijariwafa bank. «Cette performance pourrait néanmoins résulter d’un transfert d’encours provenant de Salafin, la filiale du groupe dans le crédit conso», relativise la concurrence. On ne trouve en revanche rien à redire sur la hausse du crédit immobilier acquéreur affichée par la banque bleue de 8,5%, soit deux fois plus que le rythme de progression du secteur. Ce qui retient davantage l’attention, c’est sa performance sur le crédit entreprise. Elle signe une progression de plus de 11% de ses concours, à 80,8 milliards de DH, au moment où le marché a fait du surplace. La filiale de FinanceCom accroît ainsi substantiellement sa part sur ces crédits de presque 2 points. «BMCE poursuit en 2015 une politique agressive de gain de part de marché mise en œuvre depuis 2 ans. Celle-ci se décline par une souplesse sur les conditions de taux et les garanties exigées avec une célérité de traitement autant sur le financement des entreprises que des particuliers. Cela permet au groupe de gagner de nouvelles relations en concédant toutefois une plus importante exposition au risque», résume un professionnel.

La bataille est engagée sur le segment des TPME

Attijariwafa bank signe en revanche une petite année sur le crédit. La banque termine 2015 sur une régression de 4% de ses financements, ce qui lui fait céder près de 1,6 point de part de marché sur le segment, à 24,2%. Ses crédits aux particuliers augmentent de manière relativement contenue de 2,6%, à 37,8 milliards de DH. «Il est vrai que l’on a tardé à réagir face à l’agressivité de la concurrence sur le crédit conso et le prêt acquéreur», concède-t-on en interne. Ce n’est que ces derniers mois que la banque a riposté en revoyant sa politique sur le crédit aux particuliers, ce qui a déjà porté ses fruits en novembre et décembre, apprend-on auprès du management.

C’est sur le crédit aux entreprises que la filiale de SNI a le plus levé le pied avec une régression de 8% de son encours, à 126,3 milliards de DH. Cela ampute sa part de marché de 2,2 points, ce qui ne l’empêche toutefois pas de rester leader du financement aux entreprises avec un poids de 25,5%. «La régression est liée en très grande partie à une réduction de l’exposition sur les grands comptes», explique-t-on.

Légère baisse du coefficient d’emploi

Cependant, la banque a compensé cela par un renforcement sur les crédits aux TPME, prenant au passage quelques parts de marché à la Banque Populaire pour laquelle ces entreprises constituent une clientèle de prédilection. Cet établissement reste malgré tout dans la moyenne du marché avec une progression de 2,3% de ses financements, à 192,8 milliards de DH. Cela maintient sa part de marché quasi-inchangée à 24,6%, ce qui le fait accéder au statut de leader sur le crédit. Notons toutefois que près de 40% de l’additionnel de crédits engrangé par Banque Populaire est constitué de créances sur les sociétés de financement. Et c’est un gain de part de marché de 3 points sur ces créances qui a permis de maintenir son poids, étant entendu qu’elle a connu une légère régression de ses parts sur les crédits aux particuliers et aux entreprises.

Pour leur part, les autres banques ont veillé à développer leurs parts de marché sur des segments où elles ont une marge de croissance, quitte à aller à contre-courant du marché. Par exemple, au moment où tous les établissements réduisent leur exposition à la promotion immobilière, avec une baisse moyenne de l’encours de 5 milliards de DH sur les trois dernières années, Crédit du Maroc se renforce sur le segment. La banque fait croître son encours de 14%. Cette progression est toutefois à relativiser du fait de sa base très modeste. CDM ne détient actuellement que 2,3 milliards de crédits à la promotion, soit juste 3,7% de part de marché.

CIH Bank lève légèrement le pied sur son métier historique de financement du secteur immobilier (-0,5% pour l’encours de crédits aux acquéreurs et -1,7% pour les crédits des promoteurs), mais met le paquet sur le financement de l’entreprise, là où la plupart des banques ont plutôt cherché à réduire leur voilure. Ses crédits de trésorerie progressent de 32% et son financement à l’investissement monte de 18%. Là encore, la base reste réduite. La banque ne détient que 1,2 milliard de crédits d’investissement (0,74% de part de marché) et 2,5 milliards de crédits de trésorerie (1,49%).

Quant à Société Générale et Crédit Agricole du Maroc, elles font des efforts marqués sur le financement immobilier aux acquéreurs, tandis que BMCI qui stagne ou régresse sur toutes les catégories a veillé à assurer une progression de 5% de son encours de crédits à l’investissement.

Au final, l’évolution contrastée des dépôts et des crédits a au moins l’intérêt de détendre le coefficient d’emploi du secteur. Il baisse en effet de plus d’un point, à 90%. Pour autant les banques sont loin de s’en réjouir…

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Les trois banques de tête ont consolidé leur mainmise sur le marché. Cela est surtout valable pour les dépôts. Attijariwafa bank, la Banque Populaire et BMCE Bank of Africa ont raflé à elles seules près de 80% de l’additionnel de ressources engrangé par tout le secteur en 2015, qui se monte à près de 46 milliards de DH. Elles ont aussi octroyé plus de la moitié des 17,7 milliards de DH de nouveaux crédits. Cela consolide les parts de marché de ce trio de tête qui détient actuellement les deux tiers des dépôts et des crédits, totalisant respectivement 818 et 784 milliards de DH. Quand on sait que les trois champions nationaux détiennent aussi les deux tiers du parc d’agences, cette domination n’étonne guère.