Recrutement des diplômés chômeurs : la masse salariale n’augmentera pas plus que prévu par la Loi de finances

Les ministères sont invités à  leur réserver une partie des 18 000 postes budgétaires prévus dans le public pour l’année 2011. Les 4 300 diplômés chômeurs concernés sont des titulaires d’un master et plus.

L’année 2011 est à marquer d’une pierre blanche pour les 4 300 diplômés chômeurs d’un diplôme équivalent à bac + 5 et au-delà. Sous la pression de la conjoncture politique, le gouvernement a décidé de les intégrer dans la fonction publique. Pour ce faire, le Premier ministre a dû faire une entorse à la loi qui prévoyait le recrutement sur concours dans la fonction publique, à partir de cette année 2011. Un décret adopté en conseil de gouvernement autorise, en effet, à titre transitoire et de façon exceptionnelle, les administrations publiques à recruter, sans concours, les diplômés chômeurs titulaires d’un master et plus. Autrement dit, le recrutement ne concerne pas tous les chômeurs diplômés de l’enseignement supérieur. L’on assure toutefois que l’opération ne se renouvellera plus !
Selon des informations recueillies auprès du ministère de la modernisation des secteurs publics (MMSP), toutes les administrations publiques sont concernées, y compris les établissements publics à caractère administratif.

L’économie ne crée pas suffisamment d’emplois qualifiés

Maintenant, la question est de savoir qui prendra combien ! Et là, rien n’est encore arrêté ; ce qui est normal, puisque la décision est récente et, surtout, elle intervient bien après le vote de la Loi de finances. Et c’est bien là que se pose le problème : les créations de postes budgétaires se faisant par loi (de finances, en l’occurrence), les recrutements décidés par la Primature seront nécessairement pris sur les 18 800 déjà programmés dans la Loi de finances 2011.
Pour l’heure, l’option retenue est celle de rester sur le même niveau de recrutement prévu. Le problème est qu’il faudra convaincre les départements ministériels de réduire leur programme de recrutement de manière à y intégrer les 4 300 diplômés chômeurs. Ce n’est pas une tâche facile, on s’en doute bien, car les 18 800 postes prévus concernent des lauréats issus des écoles de formation publiques, comme l’école de police, des infirmiers, des instituteurs, etc. Et ces personnes ont été formées précisément pour répondre à des besoins exprimés par l’administration.
Même si la décision d’intégrer ces diplômés chômeurs est saluée par des organisations syndicales eu égard à la conjoncture, on ne cache pas dans les bureaux ministériels qu’il s’agit là d’un vrai casse-tête. Au-delà des difficultés techniques que pose cette opération, la crainte est de voir se multiplier ce genre de demande.
Quoi qu’il en soit, l’administration a besoin de se moderniser, de rechercher les profils adéquats, et les diplômés de trouver un emploi. Chacun est dans son rôle. Mais alors, qui ne joue pas le sien pour qu’un problème aussi embarrassant vienne à se poser ? L’économie dans son ensemble ! C’est bien connu, celle-ci ne crée pas suffisamment d’emplois et, surtout, pas assez d’emplois qualifiés. La preuve est que le taux de chômage des sans-diplômes tourne autour de 5%, tandis que celui des diplômés de l’enseignement supérieur est de l’ordre 18%. Et ce  chômage frappe surtout les diplômés des facultés (environ 27%) alors que le chômage des diplômés issus des grandes écoles et instituts est au plus bas (3,4%).
Au final, quelque 90% de la population active occupée est aujourd’hui constituée de ce que les statisticiens du Haut commissariat au plan (HCP) appellent «une main-d’œuvre banale», c’est-à-dire sans aucun diplôme ou alors ayant tout juste le niveau primaire.

La problématique de l’emploi ne s’accommode pas de traitements palliatifs

D’un autre côté, le système éducatif aussi ne paraît plus tout à fait adapté aux besoins du marché. Sinon comment expliquer que, de l’avis de responsables de bureaux de recrutement, de nombreux secteurs ont des difficultés à trouver des profils dont ils ont pourtant le plus grand besoin. Mohamed Horani, président de la CGEM, confirme ce constat. Mais, dit-il, même si en effet les profils des candidats à l’emploi ne sont pas toujours adaptés aux besoins de l’entreprise, il faudra désormais, moyennant un accompagnement des pouvoirs publics, faire jouer aux entreprises un rôle de formateur. M. Horani ne dit pas en quoi consistera l’accompagnement des pouvoirs publics, mais il assure que le gouvernement a montré sa disponibilité sur cette question (voir encadré).
On objectera néanmoins que sur le dossier des diplômés chômeurs, le problème s’est posé différemment puisqu’en effet ces personnes auraient toujours refusé de travailler dans le privé, et que leur seul but était d’intégrer la fonction publique. Certes, mais cela renvoie toujours au même problème : l’économie au sens large n’offre pas les emplois adaptés aux formations reçues. Il suffit de voir à ce propos que le sous-emploi aujourd’hui est à 11,5%, soit un niveau plus élevé que le chômage (inférieur à 10%). En un mot, l’emploi est une problématique globale qui ne s’accommode pas de traitements palliatifs…