Rapport national sur la population et le développement : Il faut transformer l’aubaine démographique en dividende démographique

La sous-utilisation de cette aubaine démographique se reflète particulièrement dans le chômage des diplômés, qui a atteint 18% et a tendance à être de plus en plus de longue durée. L’économie marocaine est appelée à davantage de transformation structurelle pour pouvoir absorber les effectifs croissants de la population en âge d’activité.

« Si nous pouvons nous féliciter des progrès accomplis quant à l’accès de millions de femmes et de filles à leurs droits en matière de santé sexuelle et reproductive, beaucoup reste à faire pour que ces avancées bénéficient à toutes les populations dans le monde », a déclaré le Représentant du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) au Maroc, Luis Mora, lors d’une rencontre organisée par le HCP, le 30 octobre à Rabat, pour la présentation du cinquième Rapport national sur la population et le développement. Réalisé avec le financement de l’UNFPA au Maroc, ce rapport évalue les progrès accomplis dans le domaine de la population et du développement, au cours de la période 2014-2018.

A noter que le Royaume participera au Sommet de Nairobi au Kenya, qui se tiendra du 12 au 14 novembre prochain et qui fera le bilan des vingt cinq ans de mise en œuvre du Programme d’action de la Conférence Internationale sur la Population et le Développement (CIPD). Lors de cette conférence, qui s’est tenue au Caire en 1994, 179 pays, dont le Maroc, ont appelé à ce que toutes les personnes aient accès à des soins complets de santé reproductive.

En l’espace de trente ans, l’accroissement de la population marocaine a subi un déclin important (de 2,6% durant la décennie 1980 à 1,25% actuellement), du fait de l’amélioration des conditions de vie et des soins médicaux, aussi bien préventifs que curatifs. Le Maroc a, en effet, réalisé des avancées importantes dans le domaine de la santé. C’est ainsi que le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans a connu une baisse notable, passant de 76,1% entre 1987 et 1991 à 27% entre 2011 et 2018, grâce à la conjugaison de plusieurs programmes de santé. Le taux de mortalité maternelle a également enregistré une baisse importante, passant de 227 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes en 1985-91 à 72,6 en 2017.

L’accélération de la transition démographique s’est vue renforcée par une urbanisation en constate augmentation, dont le taux est passé de 29,1% à 62,4%, entre 1960 et 2018. L’une des implications majeures de cette transition démographique est la modification de la structure par âge de la population marocaine. Cette dernière a enregistré des changements structurels majeurs, dont notamment un accroissement de la part de la population en âge d’activité (15-59 ans) dans la population totale, qui est passée de 49,9% à 62,4% entre 1981 et 2014 ; ainsi qu’une baisse de la tranche d’âges des moins de 15 ans, qui est passée de 45,6% de la population totale à seulement 28,2% entre 1981 et 2014. Quant à la proportion des personnes âgées (60 ans et plus), elle a connu une relative stabilité ces cinq dernières décennies, passant de 7,2% en 1960 à 9,4% en 2014.

Par ailleurs, depuis la période 2005-2010, l’évolution du rapport de dépendance a affiché une stabilité autour de 60%. Autrement dit, une personne active prend en charge moins d’une personne inactive. Ce décalage positif diminuera d’abord, pour amorcer une remontée à partir de 2035-2040, jusqu’à atteindre 70 personnes inactives à la charge de 100 personnes actives à l’horizon 2050. Afin de profiter de cette aubaine démographique qui s’offre au Maroc et la transformer en dividende démographique, des efforts devront être déployés, à travers une « diversification du tissu productif basée sur la valorisation des avantages comparatifs et l’émergence de nouvelles spécialisations ». Ces efforts n’auront l’effet escompté qu’avec la valorisation du capital humain, moyennant une formation en adéquation avec l’emploi et permettant un développement inclusif à même de réduire les inégalités sociales, économiques et territoriales ; avant que les défis futurs liés au vieillissement ne prennent de l’ampleur.

La sous-utilisation de l’aubaine démographique se reflète principalement dans le chômage, et particulièrement celui des diplômés. Le taux de chômage de ces derniers a atteint 18% et a tendance à être de plus en plus de longue durée. En effet, 51,03% des individus ayant un diplôme des facultés ont une longue durée de chômage (plus de 12 mois), suivis par ceux qui ont un diplôme secondaire soit 42,65%, alors que 86,7% des individus qui n´ont aucun diplôme ont une durée de chômage plus courte (moins de six mois).

Par conséquent, l’économie marocaine est appelée à davantage de transformation structurelle pour pouvoir absorber les effectifs croissants de la population en âge d’activité qui s’accroît de presque 400 000 personnes annuellement, alors que seulement 47% de cette population rentre dans le marché du travail. Ce qui renvoie au problème de l’inactivité, notamment des jeunes. Un problème qui devrait constituer une préoccupation majeure, dans la mesure où il y va de la préservation de la cohésion et de la stabilité sociale.