Rapport annuel de Bank Al Maghrib : l’économie se densifie, mais reste fragile

Elle souligne la solidité de l’économie mais s’inquiète de la faible productivité dans l’industrie. Elle met en garde contre l’augmentation des dépenses publiques. La création d’une structure pour surveiller la mise en Å“uvre des politiques publiques est préconisée.

Depuis quelques années, la publication du rapport annuel de Bank Al Maghrib (BAM) est devenue un rendez-vous. De par son indépendance, l’institut d’émission ne se prive pas de porter, sans complaisance, à travers ce document, un regard critique sur la conduite de la politique économique du pays, même s’il en est un des artisans majeurs. Une fois de plus, le gouverneur Abdellatif Jouahri n’a pas mâché ses mots quand il s’est agi de pointer les insuffisances. Il fallait toutefois commencer par les bons points. Et là, il n’en manque assurément pas. En effet, BAM se félicite du fait que, dans un environnement international difficile, l’économie nationale «a fait preuve d’une résilience avérée», grâce notamment au processus de réformes qui s’est accéléré ces dernières années. Elle met en évidence la consolidation des fondamentaux internes et externes reflétée sur la période 2000-2008 par un déficit budgétaire hors recettes de privatisation de 3,7 % du PIB et des taux d’inflation, globale et sous-jacente, maintenus à 2 % et 1,9 %. Dans le même temps, la balance courante a affiché un excédent de 1,1 % du PIB, tandis que la dette au Trésor s’est établie à environ 60 % du PIB.
D’autres facteurs ont contribué à consolider la stabilité macroéconomique et à soutenir la croissance, notamment l’augmentation de l’investissement dans le domaine des infrastructures et l’accélération des réformes structurelles et celle des secteurs pour lesquelles le Maroc a des avantages comparatifs. L’économie s’est également diversifiée et la part du tertiaire dans la valeur ajoutée globale est montée à 60% en 2008, contre 50 % au début de la décennie. Cette année est bouclée avec un taux de croissance de 5,6 %. En définitive, la montée en régime s’est, selon
Bank Al Maghrib, traduite par la réduction de la pauvreté. La proportion de la population touchée est tombée de 15,5% en 2000/2001 à 8,9 % en 2006/2007.  En milieu rural, ce taux a baissé de 25,1 % à 14,5% sur la même période, et de 7,6 % à 4,8 % dans les zones urbaines.

Le système de l’éducation et de la formation sévèrement critiqué
La réduction du chômage et l’approfondissement financier de l’économie (voir encadré) sont d’autres points prouvant la mutation de l’économie marocaine. Mais ce n’est assurément pas le moment de se laisser bercer par un optimisme  béat. Certes, les équilibres internes et externes ont pu être préservés, mais la crise économique a révélé des fragilités structurelles de certains secteurs. C’est le cas du secteur agricole qui est caractérisé par une faible productivité et reste toujours dépendant des aléas climatiques, relève
Bank Al Maghrib.
Le faible dynamisme des exportations, étroitement lié, là aussi, à la faible productivité des entreprises industrielles, est également source d’inquiétude. Il est en effet à l’origine du déficit de la balance commerciale, que l’évolution très soutenue des recettes du tourisme et des transferts MRE a masqué durant ces dernières années, observe-t-on. Le rapport indique que «des mesures pour stimuler le tourisme et les exportations, dont les effets escomptés se feront toutefois sentir à plus long terme, sont à envisager». Le gouverneur ne le dit pas expressément, mais on présume qu’il suggère une stratégie mieux affinée que ce qui est mené actuellement.
Les critiques, sans doute les plus acerbes, ont été réservées au système éducatif. Il s’agit en fait d’un véritable pilonnage. Pour éviter de provoquer des frustrations, Bank Al Maghrib souligne très brièvement les progrès enregistrés ces dernières années. Elle déplore le fort taux de déperdition scolaire, la faible qualité des apprentissages et la non maîtrise des langues. Naturellement, l’impact sur les ressources humaines est sans équivoque. Et pour un pays qui  mise énormément sur les investissements étrangers, ce volet éducation/formation doit être sérieusement pris en considération, d’autant qu’il participe pour beaucoup à l’amélioration de la compétitivité.  Du point de vue du budget, la position de l’institut d’émission ne surprend guère. Elle s’en tient toujours au fameux dogme de l’équilibre qui en fin de compte permet, dans une certaine mesure, d’assurer la stabilité des prix. A cet égard, le gouverneur met en garde contre de nouveaux engagements, et recommande de stabiliser l’effectif de la fonction publique en jouant sur la mobilité interne.
Enfin, l’institut d’émission propose de mettre en place une structure indépendante dotée de pouvoirs et de moyens budgétaires et humains appropriés afin de renforcer la gouvernance et l’efficience des politiques publiques.