Ramed : le renouvellement des cartes ralenti par la traque des fraudeurs

Les autorités veulent s’assurer que les critères d’éligibilité sont bien remplis par les requérants. Les cas urgents sont traités sur la base du récépissé de dépôt.

Les bénéficiaires du Ramed sont en train de renouveler leurs cartes qui sont arrivées à expiration en décembre 2015. Conformément à la loi, cette opération doit être effectuée tous les deux ans -sauf pour les pauvres absolus- de sorte à pouvoir étudier l’évolution de leur situation économique et sociale. Selon des sources proches du dossier, «la cadence est un peu lente parce qu’il faut, en raison des divers abus constatés depuis la généralisation du régime en 2012, vérifier de façon précise les critères d’éligibilité». Toutefois, on affirme, à l’hôpital régional Moulay Youssef de Casablanca, que «pour les cas d’urgence, la prise en charge des patients se poursuit normalement sur la base du récépissé de dépôt». Cette précaution est justifiée car les abus peuvent compromettre le système dont le poids financier est lourd pour tous les hôpitaux. Illustration : cet établissement a traité 5 938160 ramédistes en 2015, soit 71% de ses patients. Sur un budget global de 10 MDH, il facture annuellement 7,5 à 8 MDH au titre du Ramed et cela hors médicaments. Aucun versement n’est encore opéré par le ministère de la santé. Le remboursement sera très certainement effectué, mais le retard perturbe l’exécution de certains investissements relatifs à l’amélioration des prestations. Les responsables de l’hôpital soulignent par ailleurs qu’en raison de la prise en charge gratuite des ramédistes, les recettes provenant de la radiologie, des certificats médicaux légaux et des analyses biologiques sont tombées de 5,7 à 2,5MDH depuis 2010.

Echographie et scanner très demandés, parfois sans raisons

Toujours dans le souci de préserver l’équilibre financier du régime, les responsables de l’hôpital estiment qu’il est important de penser à des outils de régulation. «De nombreux patients ramédistes exigent des examens médicaux même lorsqu’ils ne sont pas nécessaires. Nous ne pouvons pas refuser même si ces examens entraînent un coût pour l’hôpital !», estiment-ils. Selon une étude interne, 90% des échographies effectuées sont médicalement inutiles… Il y en a qui viennent régulièrement passer des examens au scanner en invoquant leur droit et l’impossibilité de solliciter les cabinets privés, faute de moyens. Pour un médecin, il est nécessaire de fixer des plafonds de consommation et des délais précis. D’autres patients exigent les médicaments de l’ambulatoire alors que le régime ne couvre que les médicaments à usage hospitalier et les traitements des pathologies lourdes et chroniques, notamment le diabète, l’hypertension artérielle, l’hépatite C et l’hémodialyse. Ces traitements font partie de programmes déterminés pris en charge par le ministère de la santé en dehors du budget Ramed.