RAM : les raisons derrière la menace de grève des pilotes

Un préavis de grève a été émis par l’AMPL pour le 15 juin prochain, en plus d’actions, dont des sit-in, à  partir du 1er du mois. L’AMPL reproche à  la compagnie le non-respect de l’accord de partenariat signé il y a un an et le désaccord persistant sur certains points comme la retraite complémentaire et l’assurance décès.

Le ton monte de nouveau entre les pilotes de Royal Air Maroc et la direction de la compagnie après un répit d’un an. Un préavis de grève de 48 heures a été émis pour le 15 juin 2013 à partir de 6 heures GMT, à l’issue de l’assemblée générale de l’Association marocaine des pilotes de lignes (AMPL) qui a eu lieu le 20 mai. Cette grève sera précédée, à partir du 1er juin, par une série de mesures dites «opérationnelles» votées aussi lors de la même assemblée générale, des mesures de nature à perturber le bon fonctionnement de la compagnie sans pour autant paralyser les avions au sol.

L’AMPL annonce, en effet, un sit-in du personnel navigant technique (PNT) non engagé en vol ce 1er juin 2013 entre 10h et 12h, le personnel navigant en service durant cette période opérera ses vols avec un retard de 30 minutes. Refus de certains changements dans la programmation non prévus initialement, arrêt d’exécution du vol AT 597 entre Casablanca et Freetown Sierra (Leone) via Monrovia (Libéria) ou de tout autre vol exigeant un double équipage…, la liste des mesures opérationnelles n’est pas exhaustive.

Cette grève, si elle finit par avoir lieu, portera un sérieux préjudice à la compagnie car elle arrive en plein démarrage de la saison d’été pour le tourisme et le retour des Marocains résidents à l’étranger (MRE), et coïncide également avec les départs pour l’Omra de Ramadan. Dans la conjoncture actuelle, la RAM qui est en période de restructuration n’a pas vraiment besoin d’une grève.

Mais, pour justifier leur menace de grève, les membres de l’AMPL avancent des arguments que l’on ne peut pas ignorer, dans la mesure où ils se montrent conscients des enjeux et mettent en avant leur sens des responsabilités. Ces arguments, ils les exposent dans une lettre, datée du 25 mai 2013, qu’ils ont adressée au PDG de la compagnie et dont La Vie éco détient copie.

Dans cette lettre, l’AMPL reproche en substance à la direction de la RAM de ne pas avoir respecté les termes de l’accord de partenariat signé entre les deux parties il y a un an, accord qui, peut-on lire dans la lettre, prévoyait une série de «concessions» des pilotes, y compris financières, pour participer au sauvetage de la RAM. En contrepartie, cette dernière s’engageait à faciliter l’application du protocole d’accord et à améliorer à moindre coût les conditions de travail des PNT. Or, disent les pilotes, une année après la signature de l’accord de partenariat, et malgré de multiples relances restées sans réponses concrètes, les principes et conditions du partenariat ne sont pas satisfaits.

Plus encore, cette période s’est distinguée par une série de cabales menées par les directions de la RAM en vue d’user les représentants, de toucher aux acquis des pilotes de ligne, de renier les engagements écrits de la compagnie, de consolider cette opacité historique tant décriée et d’entériner la fausseté du «dialogue instauré». Et de conclure que ces actes ne peuvent pas être le fait de directeurs zélés, mais bel et bien d’une politique volontaire.

Une réunion a eu lieu entre l’AMPL et la RAM pour tenter de désamorcer la crise

En réalité, si le non-respect de l’accord de partenariat est mis en avant avec insistance, il existe de nombreux autres points de discorde entre les pilotes et la direction de la RAM qui sont l’objet de négociations, souligne une source à l’AMPL, et qui ne trouvent pas d’issue. Il s’agit, entre autres, de questions relatives à la retraite complémentaire, à l’assurance décès et pour perte de licence, etc. D’autres problèmes concernent la programmation des vols, l’hébergement du personnel en escale, l’apurement des reliquats de congés. Sur ce dernier point, l’AMPL souligne que l’attribution des jours de congés au PNT n’est pas conforme à la législation qui prévoit l’augmentation de la durée de congé de 1,5 jour tous les 5 ans avec un plafonnement à 30 jours.

A l’heure ou nous mettions sous presse, mercredi 29 mai, les représentantsde l’AMPL et la direction de la compagnie tenaient une seconde réunion après une première qui s’était déroulé la veille. Selon une source à la RAM,  «les discussions se déroulent dans un bon climat et un accord devrait être trouvé rapidement» pour désamorcer la crise.