RAM : le ministère de l’emploi tente une médiation entre la direction et les pilotes

Le dialogue entre les deux parties est rompu depuis 8 mois.
Le mot d’ordre de grève avait pour objet de demander une reprise des négociations.
Les pilotes ont décidé de ne pas faire grève avant la réponse du médiateur.
La direction de la compagnie refuse de communiquer sur le dossier.

Les pilotes de Royal Air Maroc (RAM) ne mettront pas tout de suite à exécution leur décision d’aller en grève. A l’heure où nous mettions sous presse, mercredi 8 juillet, la grève de 2 jours reconductibles, dont la date n’avait pas encore été fixée, était suspendue à la réponse du délégué préfectoral du ministère de l’emploi. Ce dernier a été informé  par l’Association marocaine des pilotes de lignes (AMPL) qui a même reporté la conférence de presse qu’elle devait tenir jeudi 9 juillet pour expliquer leur mouvement de protestation.
Le représentant du ministère de l’emploi a ainsi promis à l’association des pilotes de rencontrer la direction générale de la compagnie pour essayer de la convaincre de renouer le dialogue. Cette tentative de médiation réussira-t-elle ? En tout cas, il est difficile de cerner les intentions de la direction de la RAM qui n’a pas souhaité communiquer sur ce différend qu’elle considère comme relevant du «domaine interne».

Les pilotes ne se fatiguent pas d’expliquer leurs revendications
Cependant, selon une souce à la RAM qui s’exprime à titre officieux, les mécanismes de discussions avec les représentants des pilotes sont rodés et «il n’y a jamais eu de demande de dialogue de la part des pilotes qui n’a pas eu de suite de la part de la direction».
Cette source déplore néanmoins que les pilotes affiliés à l’AMPL s’épanchent depuis des mois dans la presse et mettent leurs revendications sur la place publique, via les médias, alors que les portes du dialogue ne sont pas fermées. Sur la question du recrutement des pilotes étrangers, elle estime que c’est l’insuffisance à la RAM au niveau de l’effectif des copilotes qui fait que l’avancement de ces derniers est retardé. En d’autres termes, si ces copilotes sont nommés commandants de bord, il y aurait chez la compagnie un problème d’effectifs au niveau des copilotes. Chose que conteste bien sûr les pilotes de la compagnie. Ceci étant, une prise de position claire de la direction de la compagnie répondrait à beaucoup d’interrogations y compris chez l’opinion publique.
En revanche, les pilotes ne se fatiguent pas d’expliquer les raisons de leur ire qui, il faut le souligner, dure depuis quelques années. Ces raisons, quasiment les mêmes, ont été déjà rappelées publiquement à l’issue de l’assemblée générale tenue il y a un mois, le 8 juin dernier. Ils reprochent à leur direction de ne pas avoir tenu les promesses faites  lors de leur dernière rencontre qui avait eu lieu le 20 octobre 2008 et qui s’était soldée par l’arrêt du mouvement de grève.
A l’époque, disent-ils, la direction s’était engagée à poursuivre le dialogue selon une feuille de route établie par elle-même. Mais, depuis cette date, affirme-t-on auprès de l’association, il n’y a eu ni consultation ni dialogue. Bien au contraire, le cahier revendicatif de l’AMPL n’a trouvé aucun écho auprès de la direction qui se serait même abstenue de signer le PV de cette réunion du 20 octobre 2008. Ils parlent aussi d’acquis antérieurs qui auraient été reniés sans que l’on sache lesquels.
Ceci étant, l’une des principales revendications des pilotes porte sur le fait que la compagnie nationale a recours à des pilotes étrangers. A les en croire, ce choix se traduit par un blocage de la carrière de quelque 148 officiers pilotes marocains ayant au moins une quinzaine d’années d’ancienneté. De surcroît, ils estiment que ces pilotes étrangers ont «suivi des cursus  académiques de niveau faible» et ayant «une expérience aéronautique moins importante» que les pilotes marocains.

La politique commerciale menée pour Atlas Blue est aussi remise en question
L’AMPL estime par ailleurs que «l’image et le positionnement volatile de la filiale Atlas Blue vont finir par mettre en danger les fondamentaux de RAM».
Reste à savoir si la direction de la RAM est dans son bon droit de recruter les pilotes étrangers, alors que les nationaux sont là. A l’inverse, les pilotes ont-ils le droit de se prononcer sur des questions qui relèvent d’orientations et choix managériaux comme le positionnement et l’image de la filiale low cost de la RAM ? Toutes ces questions sont en fait éludées par le dialogue de sourds qui a cours aujourd’hui et creuse le fossé qui sépare les deux parties.
Car à supposer même que le représentant du ministère de l’emploi réussisse à dénouer la situation dans les jours qui viennent, les discussions ne pourraient reprendre, selon l’AMPL, qu’en présence de tiers neutres ou d’un arbitre pour consigner les engagements des uns et des autres.
La méfiance est donc de rigueur ! En pleine haute saison avec les départs en vacances et l’arrivée des MRE, un mouvement de grève, s’il est amplement suivi par les pilotes -la majorité a voté pour la grève-, serait dévastateur pour la RAM dans un contexte où aucune grande compagnie n’est épargnée par la crise. Non seulement elle risque de perdre des clients pour cause d’impossibilité d’assurer toutes les lignes, mais son image pourrait aussi en pâtir.

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