«L’huile d’olive conditionnée, emballée et étiquetée ne représente que 15% de la commercialisation globale»

• La filière a réussi à dégager un stock de 40 000 tonnes, l’année dernière.
• A l’export, les concurrents du pays bénéficient d’intrants beaucoup moins chers que le Maroc.
• L’amélioration des performances de production et le développement des exportations, parmi les axes de déclinaison de Generation Green.

• Comment s’est déroulée la dernière campagne agricole pour la filière oléicole, compte tenu des impacts de la pandémie et de la sécheresse ?
La filière n’a pas tant souffert des effets de la pandémie que de ceux de la sécheresse. Le manque de pluies sévère a eu un impact très défavorable sur la production de l’année précédente ; mais l’on peut annoncer que la récolte de cette campagne est d’un niveau moyen et ressort même en progression par rapport à celle de la dernière campagne. A cette date, la campagne oléicole n’est pas encore clôturée. Nous n’avons donc toujours pas arrêté de chiffres définitifs. Cela dit, nos estimations se basaient sur une hausse de la production de l’ordre de 14%.
En dépit de cela, les prix à la consommation sont restés stables. Toutefois, les industriels ont subi un renchérissement du coût de revient, compte tenu de l’augmentation des prix des intrants et de la récolte. Mais ils ne l’ont pas répercuté sur le consommateur final, préférant ainsi compresser leurs marges pour maintenir le même niveau de consommation.

• Le Maroc a-t-il atteint son autosuffisance en matière d’huile d’olive ? Qu’en est-il de la consommation ? Pour quelles raisons est-elle à un niveau bas ?
Le Maroc a atteint son autosuffisance depuis plusieurs années. D’ailleurs, même étant dans de mauvais draps l’année dernière, la filière a réussi à dégager un stock de 40 000 tonnes, soit l’équivalent d’une consommation moyenne de 4 mois. Pendant une bonne année agricole, la surproduction peut aller jusqu’à 100000 tonnes. En revanche, on est loin d’atteindre l’autosuffisance dans l’huile végétale où 40 000 tonnes sont produites annuellement seulement.
Cela dit, la consommation moyenne de l’huile d’olive est à des niveaux très bas par rapport aux pays du pourtour méditerranéen. Alors qu’elle est de 3 litres/habitant/ an au Maroc, elle atteint 12 litres en Espagne, 15 en Italie et 18 en Grèce. Par contre, le Maroc dépasse ces pays en terme de consommation d’huile végétale où il est à 12 L/hab/an.
Il faut savoir que l’huile d’olive conditionnée, emballée et étiquetée ne représente que 15% de la commercialisation globale. Le reste, soit 85%, est vendu en vrac, alors que la filière compte plus de 100 marques commercialisées sur le marché, 11 000 unités traditionnelles et 940 unités modernes. Cela va de soi pour les olives de table qui restent mal consommées. En effet, 2% à 3%, à peine, sont conditionnés.

• Quelle est la position du Maroc dans l’export de ce produit, face aux autres pays ?
Le Maroc a l’avantage de disposer d’un excellent produit, tant en huile d’olive qu’en olives de table, qui a une bonne réputation à l’étranger et qui n’a rien à envier aux autres des pays concurrents. Cependant, à l’international, il y a lieu de faire le distinguo entre le marché de vrac et le marché de qualité. Dans la mesure où les produits labellisés marocains n’arrivent même pas à percer au Maroc, il est difficile d’imposer une marque et un prix à l’export. Il nous reste alors le marché de vrac. Et même sur ce dernier, le bât blesse au niveau des prix. D’ailleurs, le marché s’est positionné en bas de l’échelle dans les exportations ces deux dernières années, car les prix étaient très bas et donc insupportables pour les industriels marocains.
L’année dernière, la Tunisie a affiché des réalisations nettement meilleures que le Maroc en huile d’olives, pour une qualité similaire. Idem pour l’olive de table, marché dans lequel l’Egypte a cassé les prix à l’international. Alors qu’il était à la 6e position au monde, il est arrivé à la 2e place aujourd’hui. Le Maroc ne peut se comparer à l’Egypte, la Tunisie ou même la Turquie et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, la monnaie a été dévaluée de plus de 40%. Ensuite, ils bénéficient d’intrants beaucoup moins chers que le Maroc; ce qui permet de réduire le coût de revient. En effet, la main-d’œuvre au Maroc coûte plus cher qu’ailleurs. Même si le Smag est de 72 DH, les ouvriers n’acceptent pas moins de 150 DH/jour au minimum. Pour faire le comparatif, ils sont à 2 euros en Egypte. De même, l’énergie (électricité, carburant et eau) coûtent moitié prix chez les pays concurrents. Si l’on évalue donc en terme de prix départ usine, l’huile d’olives est facturée à 37 DH (3,3 euros) au Maroc, contre 2 euros en Tunisie et 2,5 euros en Espagne.

• Le secteur a connu une modernisation en matière d’irrigation et de récolte. Quelle est la part de ces nouvelles techniques dans le processus global de production ?
L’irrigation s’est en effet modernisée dans la plupart des plantations du pays. En effet, la filière oléicole a connu l’équipement en goutte à goutte de plus 111 000 ha sur les 350 000 ha d’extension des plantations d’oliviers pendant les dix dernières années, soit le tiers.
Pour sa part, la récolte a connu une modernisation appréciable, au niveau des nouvelles fermes. En revanche, le processus de mécanisation des anciennes plantations reste timide, puisqu’il est récent et donc en cours d’adoption. Il faut dire aussi que les nouvelles méthodes dépendent de la densité de la plantation, en vue d’utiliser les enjambeurs, les vibreurs de tronc ou de branches. Sur les 1,15 million d’hectares, à peine 50 000 ha sont modernisés totalement.

• Quels sont les axes autour duquel tourne la stratégie de l’interprofession dans le cadre du plan Generation Green ?
Je souhaiterai mettre l’accent sur la nouveauté de premier plan que permet cette nouvelle stratégie. En fait, ce sont les professionnels de la filière eux-mêmes qui travaillent de concert avec l’interprofession pour préparer leur plan de développement sur la prochaine décennie.
Les axes de la déclinaison de la stratégie Génération Green pour le développement de la filière oléicole tournent autour de la consolidation des acquis de la filière oléicole et l’amélioration des performances de production le long de la chaîne de valeur, le développement des exportations des produits oléicoles et la modernisation de la commercialisation sur le marché national, l’amélioration de la qualité et de la consommation des produits de qualité sur le marché national, ainsi que la valorisation des sous-produits oléicoles afin de préserver les ressources naturelles du pays. Beaucoup d’axes seront aussi mis en œuvre pour le développement de l’élément humain, tels que le renforcement de la classe moyenne, le développement de l’entreprenariat et le renforcement des souscriptions de protection sociale.