Rabat : « Seulement 200 bus sont en service au lieu de 350 »

Les petites communes ont du mal à honorer leurs engagements sur le plan financier. La ville continue de négocier avec le groupement Alsa et City Bus Transport, intéressé par la reprise de Stareo. Dans certaines zones, les autorités ferment les yeux sur le transport clandestin pour atténuer la pression.

Comme Casablanca, Rabat est confrontée à un sérieux problème de transport urbain, malgré son réseau de tramway qui a considérablement soulagé la population. Le dysfonctionnement se situe principalement au niveau du transport par autobus. Le parc est restreint et vétuste. Les véhicules hors service ne sont pas remplacés, faute de ressources. Mohamed Seddiki, président du Conseil communal de Rabat, revient sur tous ces sujets et esquisse des solutions.

Rabat vit actuellement un grave problème de transport urbain. Quelles en sont les causes ?
La question du transport urbain à Rabat, notamment le problème lié à l’insuffisance de la flotte des bus, est très simple et très facile à comprendre. Il y a un grand nombre de bus à l’arrêt, faute d’entretien. Pour le faire, il faut des sommes colossales et les dotations que les communes, en l’occurrence celles de Rabat, Salé et Témara, versent à Stareo ne suffisent pas. De plus, les autres petites communes ont des difficultés à verser leurs cotisations, ce qui a aggravé le problème.

A combien s’élèvent les cotisations déjà versées par les communes citées ?
Les communes de Rabat, Salé et Témara ont réglé leurs dotations annuelles respectives de six, huit et deux millions de dirhams. Ces dotations sont destinées à contribuer aux opérations d’entretien de la flotte. En ce qui concerne la contribution des petites communes, nous avons sollicité le ministère de l’intérieur pour qu’il s’en charge, mais cela n’a pas été fait jusqu’à présent.

Comment voyez-vous l’issue de cette situation ?
Il y a une boucle de non-satisfaction qui s’est installée dans le service de transport urbain à Rabat. Souvent, l’augmentation du temps d’attente entraîne le mécontentement des usagers. Dans certaines communes rurales, les usagers jettent même des pierres sur les véhicules. Les dégâts occasionnés, une fois le bus est dans le garage, ne sont pas réparés car les moyens financiers sont insuffisants. Et ainsi de suite. C’est ce cercle de mécontentement qui est à l’origine de tout le problème.

Il y a un point très ambigu qui touche l’activité de Stareo ? On parle d’un contrat résilié ou d’une fin de contrat…
Stareo est notre société. Nous l’avons récupérée suite au départ de Véolia. Il n’y a donc pas de contrat en tant que tel. Cela ne veut pas dire que cette société continuera son activité. Nous avons déjà négocié avec de nouveaux opérateurs (le groupement Alsa et City Bus Transport) pour qu’ils prennent en charge ce service et, surtout, pour qu’ils récupèrent la majorité des employés de Stareo, y compris les chauffeurs. Déjà, quelque 1700 employés vont effectivement être transférés vers le nouvel opérateur. Nous sommes toujours en négociation afin que 300 autres employés soient aussi transférés. Il reste environ 1000 employés. Nous avons fait appel au ministère de l’intérieur afin qu’une procédure de départ soit mise en place et pour qu’une prime leur soit octroyée.

Il y a aussi une confusion quant aux actionnaires de Stareo et leurs participations respectives ?
Stareo est détenue à hauteur de 96% par l’Établissement intercommunal Al Assima, cadre institutionnel chargé de la gestion du transport urbain dans les communes urbaines de Rabat. Alsa et City Bus Transport détiennent les 4% restants.

Comment voyez-vous l’évolution de ce service ? Est-on obligé d’attendre l’entrée en jeu du nouvel opérateur pour que les choses s’améliorent ?
La cessation d’activité de Stareo est actée. Nous sommes en train de négocier avec les responsables de cette société afin que les réparations des bus en panne soient accélérées. Ceci permettra de mettre en circulation plus de bus. C’est la seule solution pour l’instant, en attendant l’arrivée du nouvel opérateur en août prochain.

Précisément, combien y a-t-il de bus en circulation actuellement dans les communes de Rabat ?
Actuellement, il y a environ 200 bus en circulation alors qu’il doit y avoir au minimum 350. Tenant compte de la grande demande sur le transport public, notamment dans certaines zones de la ville regroupant des établissements comme les universités, cela n’a pas arrangé les choses. Avec le nouvel aménagement horaire, la situation s’est empirée.
Dans certaines zones de la ville, ce sont les transporteurs clandestins qui permettent aux usagers de se déplacer. Ce n’est pas nouveau mais le phénomène s’aggrave. Trouvez-vous ça normal ? Non, mais nous avons laissé faire car cela permet de régler partiellement le problème. Nous ne pouvons pas le nier. Mais il ne faut pas se leurrer. Parmi les choses qui peuvent nuire gravement à l’activité d’un opérateur de transport urbain, ce sont les transporteurs clandestins. Cela représente une fausse concurrence. L’image de la capitale et la sécurité des citoyens en dépendent aussi.

Le 25 juillet 2018, les membres du conseil de l’Établissement intercommunal Al Assima ont adopté, à l’unanimité, le contrat de gestion déléguée du transport urbain assuré actuellement par Stareo. C’est le groupement Alsa et City Bus Transport qui a été sélectionné comme futur opérateur des bus au niveau de l’agglomération Rabat-Salé-Témara. Au cours de la première année du contrat, le groupement doit mettre en service 350 bus neufs et atteindre 430 unités après huit ans d’exploitation. L’autorité délégante doit mobiliser 150 MDH, ce qui permettra d’acquérir 100 bus. Le prix du ticket est fixé à 5 DH durant les quatre premières années d’exploitation pour passer, par la suite, à 5,50 DH avant d’atteindre 6 DH lors des dernières années du contrat. La durée de ce dernier est de 15 ans, avec possibilité de prolongement pour 7 ans supplémentaires.