Qui assumera la hausse des prix du pain ?

Les professionnels maintiennent leur intention de faire grève les 14 et
15 janvier
Ils voudraient cependant une implication des pouvoirs publics dans la décision.

Les boulangers-pâtissiers semblent bien décidés, cette fois, à faire aboutir leur revendication, celle d’augmenter le prix du pain de 30 centimes en trois tranches. A quelques jours du rendez-vous fatidique, celui des 14 et 15 janvier, au cours duquel les professionnels devraient observer deux jours de grève, le syndicat national unifié des patrons boulangers et pâtissiers, contacté par nos soins, n’en démord pas : «Le débrayage aura bien lieu et si nous n’obtenons pas satisfaction, nous remettrons ça», déclare le secrétaire général du syndicat, Hassan Jaâfari.
Du côté du ministère délégué chargé des Affaires économiques et de la Mise à niveau, c’est un no comment visiblement agacé (à force d’être sollicité sur cette question) que l’on oppose à toute tentative d’évoquer ce dossier. Pourtant, le gouvernement, en la personne de son chef, Driss Jettou, ne nie pas le bien-fondé de la revendication des boulangers, du moins à en croire Hassan Jaâfari qui assure que, lors des discussions qui ont eu lieu entre son syndicat et le Premier ministre, celui-ci «avait non seulement promis de s’occuper de ce dossier après le Ramadan, mais estimait également légitime la revalorisation du prix du pain». Un membre du gouvernement, joint par La Vie éco, et qui a préféré garder l’anonymat, est très clair à ce sujet : «Si les boulangers veulent augmenter le prix du pain, c’est leur problème. Légalement en tout cas, rien ne le leur interdit». Si c’est aussi simple que cela, alors pourquoi les négociations, puis les promesses apparemment non tenues et, ceci expliquant cela, la menace de grève ?
Les boulangers, eux, ne semblent pas vouloir assumer, seuls, la responsabilité d’une hausse aussi emblématique que celle du prix du pain. «Les pouvoirs publics nous avaient demandé de reporter cette hausse. C’est à eux maintenant de nous en donner le feu vert», estime Hassan Jaâfari.
Le prix de revient de la baguette est de 1,23 DH
Tout se passe donc comme si tout le monde était d’accord sur la nécessité d’augmenter le prix du pain, mais que personne ne voulait en prendre la responsabilité. «Dans la mémoire collective, la question du pain se pose toujours en termes de conflictualité. Et pour cause, les émeutes de 1981 ont eu pour cause directe l’augmentation du prix du pain. Mais ce qui est valable en 1981 l’est-il toujours en 2004?», analyse un économiste.
Pour les professionnels en tout cas – et même pour une bonne partie des décideurs, «il est anormal, incompréhensible» que le prix du pain soit le seul à ne pas subir d’augmentation depuis douze ans. «Au nom de quelle logique devons-nous vendre à perte ?», s’interroge le secrétaire général du syndicat unifié des boulangers-pâtissiers. «Savez-vous que la baguette de 200 grammes vendue à 1,10 DH nous revient à 1,23 DH ? Et ce n’est pas nous qui le disons, c’est une étude menée par un cabinet indépendant et que nous avons remise au gouvernement», précise encore les yndicaliste.
A rappeler que l’accord de modération signé en 1988 (et révisé en 1989) entre le gouvernement et les professionnels du pain stipulait, en gros, que le prix de ce produit ne devait augmenter que si les éléments entrant dans sa fabrication subissaient des hausses. Or, si le prix de la farine est maintenu, bon an mal an, à un certain niveau (3,63 DH/kg) grâce à la politique des équivalents tarifaires, tous les autres intrants ont augmenté : l’eau, l’électricité, le sel, la levure, le Smig, etc.
C’est à se demander comment les boulangeries arrivent encore à fonctionner ! «N’oubliez pas que les boulangeries ne vendent pas que du pain et se rattrapent sur les autres produits, notamment la pâtisserie. Et puis, rien ne garantit que la baguette de 200 grammes pèse réellement 200 grammes. Mais allez le prouver!», s’exclame un consommateur.
A Rabat, dans les bureaux feutrés des ministères, on ne voit qu’une solution :«Si le consommateur veut que l’on ne triche pas sur la qualité et la quantité de son pain, il faudrait qu’il accepte de payer le juste prix. Car, on ne peut être exigeant envers les boulangers que si, au préalable, on leur permet de travailler selon les normes et les exigences de la profession. En l’occurrence, ce n’est pas le cas»