Quand le tabac sauve des familles…

Faute de mieux, 150 familles de la région d’El Hajeb s’adonnent à  cette culture. Son intégration au Plan Maroc Vert est accueillie avec enthousiasme dans la localité. En attendant l’amélioration de leur situation, certains disent se contenter d’un revenu journalier de 20 DH.

A 9 km d’El Hajeb, une vingtaine d’agriculteurs du douar Aït Ali, dans la commune de Aït Naaman, s’activent pour accueillir des dirigeants de la Société marocaine des tabacs (SMT) et ses invités. Ce vendredi 15 novembre, les séchoirs ornés de feuilles de tabac bien mûres s’offrent en spectacle le temps d’une visite pendant laquelle a été annoncée l’intégration de la culture du tabac au Plan Maroc Vert (PMV). Un projet qui porte beaucoup d’espoir à cette commune de 7 000 habitants. Mohamed, un agriculteur, la quarantaine bien sonnée, ne cache pas son enthousiasme. L’intégration de son activité dans le PMV est, en effet, une vraie bonne nouvelle pour la région. «La culture du tabac est la première source de revenus pour les petits agriculteurs de Ait Ali», explique-t-il. En fait, cette localité est scindée en trois types d’exploitations : les grandes dédiées à la culture des agrumes, les moyennes allouées à la culture des raisins et les petites superficies pour la tabaculture, activité qu’exercent les habitants de la localité de père en fils.

L’histoire de ces planteurs avec le tabac remonte à 1906. A cette époque, la Conférence d’Algésiras avait concédé le monopole du commerce du tabac dans le pays à «la Régie marocaine des kifs et tabacs», une compagnie multinationale à capitaux français. La régie contrôlait les terres allouées à la culture du tabac en signant des contrats avec les paysans. Ces contrats garantissaient les prix, les qualités, les méthodes de transformation, les quantités, etc. Après plus d’un siècle, les agriculteurs sont toujours fidèles à cette culture qui leur permet de survivre encore.

La SMT nous aide… mais pas trop

«Après la privatisation de la Régie des tabacs en 2006, les contrats d’agrégation ont connu une grande évolution», explique Rachid, un agriculteur de la région. Cette évolution s’est traduite d’abord par une augmentation du prix de vente, passé de 13,50 DH le kilo à 20 DH pour le tabac de première qualité. La deuxième qualité est vendue à 12,20 DH le kilo et la troisième à 5 DH.

Toutefois, il est important de rappeler qu’au douar Aït Ali, la superficie totale dédiée à cette culture ne dépasse pas les 137 hectares, partagée entre un effectif de 150 planteurs. D’après les estimations de la SMT, «la superficie moyenne dans la région est de 0,75 hectare». Le rendement par hectare varie de 1,5 tonne à 3 tonnes. Selon Houssine Noufiri, directeur de la tabaculture au sein de la SMT, «cette récolte est composée de 80% de produits de première qualité, de 7% de 2e qualité et 13% de 3e qualité». Et d’ajouter: «Aujourd’hui, la SMT donne tous les moyens pour améliorer la qualité de la récolte». Précisément, elle offre les semences gratuitement et propose des avances en nature (engrais et séchoirs) et en numéraire. Ces montants sont déduis du prix de vente à la fin de la saison. Car il faut savoir que la SMT constitue l’unique débouché pour la tabaculture marocaine. «La société nous assure également l’encadrement technique. En clair, sans elle, on ne pouvait pas survivre dans cette région», explique avec zèle Mohamed devant les regards approbateurs du staff de la SMT.

Mais il suffit que ce dernier tourne le dos pour qu’un autre agriculteur donne un son de cloche différent. «Notre revenu quotidien ne dépasse pas les 20 DH», déplore ce propriétaire d’un terrain de 1,5 hectare. Pour lui, la culture du tabac n’est pas rentable. «Contrairement aux planteurs qui font les agrumes et autres cultures, nous, les tabaculteurs, on ne gagne que des miettes. Si on déduit les avances attribuées par la SMT, les charges de la main-d’œuvre qui nous coûtent 70 DH à 100 DH par jour, l’eau et l’électricité, nous nous retrouvons avec un bénéfice net de 5 DH par kg», déplore-t-il.

Somme toute, bien que la nature de cette terre convient à tous types de cultures, les planteurs sont devenus dépendants de la tabaculture car, faute de moyens, l’investissement dans une nouvelle activité agricole est quasi impossible. Gageons que les espoirs portés dans l’intégration de cette activité au PMV seront à la hauteur des espérances suscitées et que la SMT jouera efficacement son rôle de relais dans ce sens.
Pour le moment, elle achète l’intégralité de la récolte de tabac local, soit 53 MDH de revenus annuels versés aux planteurs. Dans l’objectif de positionner le Maroc en tant qu’exportateur de tabac brut, l’entreprise table sur le développement de l’amont agricole. Et cela à travers le développement agronomique et la recherche de débouchés internationaux pour le tabac d’Orient produit au Maroc. Une première opération d’exportation réalisée en 2012 a porté sur 230 tonnes de tabac d’Orient. La prospection pour trouver d’autres débouchés est en cours.