Quand l’accompagnement change la vie d’un auto-entrepreneur

A 28 ans, Mounir Youssef est chef d’entreprise spécialisée en chaudronnerie, charpente et fer forgé. En quatre mois d’activité, il décroche des commandes auprès de grands donneurs d’ordres publics et privés

Le poing ferme et l’air jovial, il tend sa carte de visite tout en gardant un œil sur sa tablette, et s’excuse pour le petit contretemps, étant pris par une commande urgente. La démarche de ce jeune de vingt-huit ans est digne de celle d’un chef d’entreprise chevronné. Il s’agit de  Mounir Youssef, auto-entrepreneur, directeur général de la Société travaux construction métallique (STCM), fabriquant lits, portails et autres articles en métal. Diplômé en 2008 de l’Institut des techniques appliquées (ITA) de Moulay Rachid à Casablanca, en tant qu’ouvrier polyvalent en construction mécanique, il est major de sa promotion, ce qui lui ouvre le passage à l’Institut supérieur industriel de Casablanca (ISIC). Là-bas, il alterne mensuellement cours théoriques et passages chez de grands noms du secteur de sa spécialité notamment Delattre Levivier Maroc et Bima Sotra, et en sort lauréat en 2012. Son diplôme de technicien en poche, il est recruté chez Pneumatique hydraulique maintenance (PHM) où il ne passera pas plus d’un an.

Le flair entrepreneurial de cet apprenti qui a laissé l’école à la première année du secondaire s’est développé très tôt et rapidement. «Tout en étant chez PHM, je travaillais pour mon propre compte les week-ends, et il m’arrivait souvent de sous-traiter des commandes pour que je ne perde pas des clients», confie-t-il avec satisfaction, lui qui a toujours trouvé un plaisir particulier à manipuler à volonté le fer et l’aluminium et les apprivoiser pour en faire des réalisations utiles dans la vie quotidienne. Il ajoute qu’une fois il a senti le rythme des commandes croître d’une manière significative, il a décidé de quitter la société et de s’installer chez un artisan qui fait de la chaudronnerie, la charpente et le fer forgé dont il paie le loyer du matériel et partage les charges fixes. Bien que cette situation lui donne satisfaction, elle n’arrangeait pas trop ses ambitions, dont celle de créer son propre atelier. Mais comme le pense fermement Mounir Youssef, la persévérance finit par payer.

L’accès aux premiers marchés demeure la barrière la plus difficile

Début 2015, le déclic arrive avec le Centre des TPE Solidaires Ben M’sik, créé à l’initiative de la Fondation Mohammed V, et inauguré par le Souverain en janvier 2015. Cet espace, qui se veut un vecteur de promotion et d’appui à la création des TPE par les jeunes disposant d’un potentiel entrepreneurial certain, a constitué un point d’inflexion dans le parcours de M. Youssef. D’après lui, il n’aurait jamais eu l’occasion d’atteindre sa situation actuelle sans l’existence du Centre des TPE solidaire. Aujourd’hui, le jeune entrepreneur a sa propre entreprise, un atelier, du matériel et surtout de l’accompagnement, au même titre que 38 autres sélectionnés à partir de 320 lauréats de l’OFPPT. «Grâce aux infrastructures du centre mis à notre disposition et à l’accompagnement régulier des conseillers, ma boîte a fait en quatre mois environ 200 000 DH de chiffre d’affaires, soit plus que la moyenne annuelle des TPE», déclare avec fierté Youssef, tout en se rappelant sa première commande exécutée à 100 dirhams lorsqu’il exerçait sans appui. Mieux encore, de grands donneurs d’ordres lui ont fait confiance, notamment la chaîne d’hôtellerie de luxe Sofitel, dans un geste citoyen, et quelques administrations publiques ainsi que plusieurs autres professionnels. 

Tendre la main aux autres jeunes en guise de reconnaissance

A ce titre, ce jeune, à l’instar de plusieurs de ses accompagnateurs dans le centre, croient dur comme fer que l’accès aux premiers marchés demeure la barrière la plus difficile à franchir par ces entrepreneurs en herbe. «C’est pour cela que le gros des efforts consentis doit aller dans ce sens pour faire connaître cette population des jeunes et l’aider à avoir la confiance durable des donneurs d’ordres», note Naïma Sahil, directrice du centre pilote des TPE solidaires de Ben M’sik (ndlr, qui sera généralisé à l’ensemble du pays). Cette infrastructure offre un cadre rêvé pour l’amorçage de nouveaux projets. 51 ateliers sont ainsi mis à la disposition des filières manufacturières, commerciales, électroniques et électriques en plus de 29 bureaux pour les filières des services. En plus du matériel pour produire, de la formation et de l’accompagnement.

Fort de cet appui, Mounir est aujourd’hui en mesure de faire de manière autonome tout le travail : des bons de commandes, bons de livraison, factures…, au suivi des marchés et actions marketing, en passant par la gestion de la relation avec la banque et la prospection de nouveaux clients. Il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Le jeune entrepreneur travaille sur la mise en place d’un portail internet et l’inscription à Télécontact. Aussi, il s’attelle à démarcher les grands comptes via des réunions ciblées avec des directeurs techniques. Il est persuadé que c’est uniquement de cette façon que son entreprise pourra s’agrandir et prendre de la hauteur. «J’éprouve une grande satisfaction quand je réalise que je participe au développement économique de mon pays. Ma grande ambition est de pouvoir employer des jeunes dans mes ateliers et les prendre en stage. Une sorte de reconnaissance pour ce qu’on a fait pour moi», espère le jeune directeur.