Puzzellige métamorphose le travail du zellige

Les éléments de zellige sont assemblés en carreaux de 30×30 cm qui se transportent et se posent facilement. La société a déposé trois brevets pour protéger son invention.

Le zellige, tout le monde connaît, ou presque. Ce savoir-faire traditionnel et ancestral, qui a fait la réputation du Maroc, et notamment de la région de Fès, n’a que très peu évolué au fil des siècles. Ces dernières décennies, pourtant, les maîtres du zellige ont fourni beaucoup d’efforts pour en moderniser le style mais aussi en faciliter la conception et la pose, traditionnellement contraignantes. Il y a une quinzaine d’années, ils ont trouvé dans la résine, très légère, une première réponse. Ce produit permet en effet aux panneaux de zellige de perdre jusqu’aux 2/3 de leur poids par rapport à un assemblage au ciment mais il n’est pas possible de modifier le résultat, notamment en cas d’erreur.

Tenant compte de ces limites et pour favoriser l’export, Omar Megzari, issu d’une famille de zelligis, a ainsi mis au point une colle spéciale qui facilite davantage l’assemblage et la pose de la fameuse mosaïque. Pour mieux exploiter  son idée, il s’est associé, en 2012, à Driss Benchekroun dans Puzzellige. La technique développée par cette société est simple. Toujours fabriqués à partir de la terre d’argile de la région de Fès, les éléments de zellige sont pré-assemblés (opération assistée par ordinateur réalisée aujourd’hui dans l’atelier de Rabat) en carreaux de 30x30cm environ, selon les motifs, grâce à la colle spéciale. Ces carreaux sont ensuite posés à l’emplacement choisi avec du ciment-colle classique et les jointures comblées avec du joint-colle, comme le carrelage industriel. Un simple carreleur peut donc suffire, en plus du gain de temps par rapport au travail d’un artisan zelligi.

Testée en 2012 et 2013 par un laboratoire spécialisé, cette méthode d’assemblage a nécessité le dépôt de 3 brevets au niveau national. Une fois le résultat jugé concluant, notamment en termes de perméabilité et de solidité, Puzzellige s’est lancé, dès 2014, dans une dizaine de projets d’installation pilotes. S’en suit actuellement ses toutes premières réalisations commerciales avec, par exemple, une cuisine dans un appartement parisien, un Spa à Casablanca et quelques marchés en Espagne et en Russie. Puzzellige espère élargir ses débouchés à l’étranger et bouleverser un secteur pour le moment dominé à 80% par la méthode traditionnelle (pose en ciment), les 20% revenant à l’assemblage par résine.

Soutenue par le Fonds de soutien à l’innovation à hauteur d’un million de dirhams, l’entreprise va se concentrer, en 2015, sur la communication et la prospection. Sur le marché domestique, les dirigeants réfléchissent à la mise en place d’un réseau de revendeurs. Des partenariats sont aussi en train d’être conclus avec des architectes d’intérieur et des prescripteurs. «Nous pensons également à distribuer via les professionnels du carrelage industriel», précise M. Benchekroun. A l’étranger, l’accent est mis sur le Moyen-Orient, très friand des modèles traditionnels, et l’Europe.

De 600 à 5 000 DH le mètre carré

Pour coller aux attentes des clients, l’entreprise s’est également mise en tête de rafraîchir les motifs. «Dans le zellige traditionnel, il est très difficile de créer de nouveaux dessins car les artisans n’en connaissent qu’une quinzaine environ. Ils imposent donc ce qu’ils savent faire au client», explique M. Benchekroun. C’est pour cela qu’appel est fait à une designer marocaine pour la création de collections «dans l’air du temps».

Outre la collection «Authentique Chic» qui reprend les motifs traditionnels, 6 collections ont été créées pour commencer. L’objectif est d’en lancer une collection tous les 6 mois. Le mètre carré est vendu de 600 DH à
5 000 DH.

En plus de ce catalogue, le client peut également choisir un motif dans la bibliothèque de la société qui en contient des centaines et de l’associer aux couleurs qu’il souhaite parmi la palette disponible, ou de faire appel à un architecte d’intérieur. Puzzellige réalise également des mélanges en alliant le zellige au bois, au cuivre, à l’aluminium, au marbre ou encore au cuir. Elle travaille également sur une collection d’objets décoratifs qui pourrait voir le jour d’ici la fin de l’année.