Protectionnisme, instabilité de l’économie mondiale…, les sujets brûlants de l’Atlantic dialogues 2018

Tenue du 13 au 15 décembre à Marrakech, la conférence planétaire Atlantic Dialogues a vu défiler décideurs et personnalités influentes pour discuter des grands enjeux mondiaux. Compte-rendu.

Changement climatique, terrorisme, crise migratoire, montée du populisme et du protectionnisme, ubérisation de l’économie… Ce sont là autant de phénomènes qui se manifestent à des degrés différents partout dans le monde. Dans ce sillage, le think-tank marocain Policy Center For The New South (ex-OCP Policy Center) a organisé, du 13 au 15 décembre à Marrakech, la 7e édition des Atlantic Dialogues. Placée sous le thème «Dynamiques atlantiques : surmonter les points de rupture», l’évènement planétaire a vu défilé décideurs et personnalités influentes pour tenter de mieux cerner les changements en cours à l’échelle mondiale et dans l’espace atlantique.
Au menu de l’édition 2018: pas moins de 11 plénières et plusieurs débats tenus au palace mythique de La Mamounia.
Dans ce compte rendu, La Vie éco revient sur les échanges dans trois plénières aux thématiques ayant un lien direct avec l’actualité économique aussi bien internationale que nationale.

Financement du climat dans le sud : du chemin reste à faire

Quelques heures seulement avant la fin de la COP24 ce samedi 15 décembre, les intervenants de la huitième plénière de l’Atlantic Dialogues 2018 sont revenus sur un sujet qui fait couler beaucoup d’encre : le financement du climat dans le Sud. D’actualité, ce dernier a été d’ailleurs évoqué par le discours royal adressé à la COP24.

Ouvrant le débat, l’ancien président de la République de Kiribati – pays insulaire du pacifique -, Teburoro Tito, a soutenu que le financement dans les pays du Sud existe, mais n’est pas forcément alloué au changement climatique, du fait qu’il y a un sentiment de déresponsabilisation.
«Les pays du Sud perpétuent l’idée, pourtant vraie, que les pays du Nord sont les principaux responsables du changement climatique, et qu’ils doivent par conséquent en porter les conséquences. Il est désormais temps pour le Sud de changer de récit», a-t-il ajouté.
Josefa Sacko, commissaire à l’économie rurale et l’agriculture de la Commission de l’Union, balaye ce constat. «Certains pays en Afrique consacrent déjà 3% de leur PIB à l’adaptation au changement climatique, alors que le continent n’est responsable qu’à hauteur de 4% du réchauffement de la planète», a-t-elle précisé.

La commissaire rappelle un détail important sur les accords de Paris. «L’agriculture, qui est un vecteur essentiel de la dégradation de l’environnement, n’a pas été pris en compte dans l’Accord de Paris. Il est nécessaire d’y remédier», conclut-elle.
De son côté, R.Andreas Kraemer, fondateur et président de l’Institut écologique allemand, a mis l’accent sur l’importance de restructurer le financement pour l’atténuation et l’adaptation.

D’après lui, les fonds disponibles en 2017 se chiffrent à 500 milliards de dollars, ce qui est loin d’être suffisant. Néanmoins, Kraemer demeure optimiste et pense que ce financement augmentera dans les années à venir en dépit des crises et des engagements qui changent.
«Le financement climatique existe, mais il fait face à de nombreux obstacles réglementaires, institutionnels et politiques», a-t-il déploré.

Une crise économique mondiale en 2020 n’est pas à écarter

L’instabilité de l’économie mondiale s’est également imposée comme sujet aux Atlantic Dialogues 2018. En effet, dix ans après la crise de 2008, des inquiétudes ressurgissent avec les niveaux élevés de dettes -publiques et privées- et l’embellie de l’économie américaine qui pourrait prendre fin vers la mi-2020. Faut-t-il craindre une autre crise ? A cette question, les intervenants de la septième plénière, tenue vendredi en fin de journée, ont eu des réponses nuancées.
Edward Scicluna, ministre maltais des finances, s’est montré plutôt optimiste. «Ce risque semble être surestimé parce que les indicateurs macro-prudentiels sont au beau fixe. Seulement, de petites crises locales ne sont pas à exclure», a-t-il argué.
La plus grande menace n’est pas celle d’une crise mondiale imminente, à en croire Othman El Ferdaous, secrétaire d’Etat en charge de l’Investissement. Le décideur marocain juge que la plus grande menace qui pèse sur l’économie américaine, et par ricochet sur l’économie mondiale, est la question du vieillissement de la population et du financement des retraites. «Deux phénomènes qui seront accentués par la robotisation de l’industrie, synonyme de moins de travail pour la population active et moins de réserves pour les fonds de retraite», a-t-il poursuivi.
Pour le chercheur brésilien Otaviano Canuto, Senior Fellow au Policy Center for the New South, il faut regarder du côté de la Chine pour savoir s’il y aura une crise économique mondiale ou pas. «La situation économique de la Chine déterminera celle du monde. Si l’endettement des entreprises chinoises débouche sur une crise, l’Afrique ne sera pas épargnée car ses économies dépendent largement de l’exportation des matières premières», a-t-il expliqué.

Montée du protectionnisme: une réforme urgente de l’OMC s’impose

La récente montée du protectionnisme menace le commerce atlantique et mondial. C’est ce qu’a souligné à l’unisson, les intervenants de la troisième plénière tenue jeudi après-midi sur ce sujet chaud de l’actualité mondiale et nationale. Il s’agit de l’ancien chef de la diplomatie portugaise, Paulo Portas, l’ancienne ministre du commerce extérieur du Costa Rica, Anabel Gonzales, le fondateur et directeur de l’International Centre for Trade and sustainable development (ICTSD-Colombie), Ricardo Melendez-Ortiz, et Uri Dadush, Senior Fellow au PCNS.
Selon eux, le commerce transatlantique est de plus en plus menacé par la montée du protectionnisme et des guerres commerciales, notamment sino-américaine. Pire encore, la remise en cause des accords de libre-échange par les Etats-Unis et le rétablissement des barrières douanières et tarifaires constituent désormais une menace réelle pour la survie de l’OMC et pour tout un système mondial bâti à Marrakech en 1994 à l’occasion des accords du GATT.
Pour juguler ce gros risque, le panel a appelé à «une réforme urgente» de l’OMC et à «une redéfinition» de son action, notamment dans la gestion des conflits entre les différents Etats.