Projets immobiliers publics : Questions à  Abdellatif Yagou, Président du Conseil régional des notaires de Casablanca

«Le notariat devient de plus en plus difficile à  exercer à  Casablanca»

La Vie éco : Pourquoi penser à une répartition des dossiers des projets immobiliers relevant du secteur public ? 

Pour une raison simple : mettre fin à la concurrence déloyale sur le marché de Casablanca, et précisément sur les projets étatiques. Le nombre de notaires installés dans la région grandit, et, de facto, le nombre moyen de marchés par notaire diminue. Cette situation est préjudiciable pour plusieurs catégories de notaires : les jeunes qui viennent de s’installer mais aussi pour des anciens qui n’ont pas suivi l’évolution de la profession et qui se retrouvent dans des situations précaires, voire en cessation de paiement. Il s’agit donc de réguler ce marché pour mettre en place une certaine équité. D’ailleurs, le registre national servira de base (ndlr : ce document établit en effet la liste des dossiers traités par chaque notaire, et reflète donc le volume de chaque étude) à cette mesure. 

Cette mesure ne risque-t-elle pas de rencontrer une certaine résistance au sein même de la profession ? 

Peut-être. Mais je ne pense pas que des confrères seront contre une mesure qui trouve son fondement dans l’éthique même de la profession : la solidarité. Il ne s’agit pas de retirer des marchés aux notaires qui font du volume, mais que ces derniers puissent intégrer d’autres études, moins choyées par le destin, pour réduire le fossé qui existe entre elles. Mais il faut noter que pour bénéficier de cette intervention de l’ordre, il va falloir avoir les compétences et les ressources humaines requises. Par exemple, un notaire qui souhaite travailler sur des affaires de logement social doit avoir l’expérience et le personnel adéquats car il s’agit de dossiers compliqués, qui demandent à la fois une maîtrise de la loi et un certain travail à la chaîne. Nous avons donc à ce titre contacté tous les établissements publics exerçant une activité dans la région du Grand Casablanca, qui ont donné leur accord de principe quant à cette mesure. 

Cette mesure n’a-t-elle pas des relents électoralistes ? 

Aucunement. Il s’agit d’une mesure prévue dans le programme électoral sur la base duquel ce conseil a été élu. Elle est surtout due à l’urgence de la situation. Nous avons plusieurs notaires qui viennent de s’installer et ils font face à énormément de difficultés. Disons-le : le notariat devient de plus en plus difficile à exercer à Casablanca. L’image de la profession a beaucoup pâti des récentes affaires de détournement. Aussi, la relation a changé avec nos partenaires, notamment les banques. Depuis l’obligation de mettre les fonds à la CDG, le notaire n’est plus le client roi des agences bancaires qui ne facilitent plus autant les choses pour l’installation des notaires, dont les affaires ne sont plus prioritaires. Cette mesure permettra donc de redorer le blason de la profession mais également, en ce qui concerne les projets publics immobiliers, plus de clarté dans la gestion des dossiers puisque c’est le conseil lui-même qui supervisera le déroulement des transactions.