Produits du terroir : Un vecteur du développement local

Inscrits dans le Pilier II du Plan Maroc Vert, les produits du terroir sont une alternative pour la diversification des sources de revenu des agriculteurs.
La production annuelle est estimée à  2,3 millions de tonnes, soit un chiffre d’affaires de 15 milliards de DH.

Le choix n’est pas fortuit. En décidant de placer la 9e édition du Salon international de l’agriculture de Meknès (SIAM) sous le sceau des produits du terroir, le ministère de l’agriculture et de la pêche maritime veut conférer à ces cultures toute l’importance qui leur revient dans la stratégie agricole. Plus principalement, le choix est dicté par la nécessité d’exploiter tout le potentiel que recèle le Royaume pour favoriser le développement local, plus particulièrement dans des zones marginales, et permettre aux populations de diversifier leurs sources de revenus afin d’améliorer leur condition de vie.

Mais ce n’est pas que cela, les produits du terroir peuvent à terme constituer une source de devises non négligeable pour le pays, tant ils sont demandés dans le monde entier à la faveur de l’évolution des modes de consommation et surtout en raison de la défiance que suscitent de plus en plus les produits alimentaires et de soins corporels industriels. «Le concept terroir est un moyen de se démarquer, il ouvre des portes», résume Ahmed Khannoufi, chargé des affaires de la direction de développement de la commercialisation des produits du terroir à l’Agence pour le développement agricole (ADA).

Près de 150 produits à fort potentiel recensés

De par sa diversité climatique et physique, le Maroc regorge de richesses naturelles ancestrales qui ne demandent qu’à être exploitées. «Un grand réservoir naturel de ressources phylogénétiques et animales», pour reprendre l’expression de Jawad Chami, DG du SIAM. La production nationale de produits du terroir est d’environ 2,3 millions de tonnes par an, dont les trois quarts sont assurés par 5 régions (Souss-Massa-Draâ, Marrakech-Tensift-El Haouz, Meknès-Tafilalet, Guelmim-Es Smara et l’Oriental). Le chiffre d’affaires correspondant des producteurs s’élève à près de 15 milliards de DH.

Ce ne sont que quelques indications révélatrices de la dimension du secteur. Si l’on se réfère aux objectifs du Plan Maroc Vert, l’activité devrait être largement plus consistante à moyen et long termes.

Compte tenu du mode d’organisation des producteurs (activité familiale, petites quantités, mise en valeur déficiente des produits, prédominance  du circuit commercial informel…), il fallait donc tout revoir de manière à massifier l’offre en vue de pouvoir accéder dans de meilleures conditions à des marchés dont la demande porte souvent sur de grandes quantités.

Cette mission est dévolue à l’ADA qui est chargée, entre autres, de proposer aux autorités gouvernementales des plans d’action relatifs au soutien de l’agriculture solidaire à travers la promotion et la mise en œuvre de projets économiquement viables en vue d’améliorer le revenu des agriculteurs.

L’agence a commencé par recenser les produits, région par région. Près de 150 produits végétaux et animaux ont été ainsi identifiés. Toutes les filières, de la production à la commercialisation, ont été étudiées pour déterminer les chances de réussite à l’exportation. De manière plus prosaïque, il fallait s’assurer du potentiel de l’offre marocaine, des marchés prometteurs et des conditions d’accès à ces marchés, dont le principal est la France. Une stratégie en cinq points est arrêtée en 2011. D’abord, réorganiser les groupements de producteurs (coopératives  ou groupements d’intérêt économique).

Sur une centaine recensée, 50 sont retenues pour être accompagnées. Le choix s’est fait après un diagnostic complet (gouvernance, situation financière, possibilité de valorisation des produits…). Le plan d’action qui leur a été soumis doit les faire passer à une situation cible performante. Ce n’est là qu’un premier pas : «Cette approche sera généralisée», indique M. Khannoufi.

Le deuxième point concerne la logistique. Le ministère, à travers l’ADA, a donc décidé de mettre  à la disposition des groupements des plateformes régionales de stockage (entrepôts secs et froids) et de conditionnement, de même que des showrooms pour la commercialisation. Pour le moment, deux plateformes sont en construction, un autre au sein de l’Agropolis de Meknès et un dans la zone d’activité économique d’Aït Kamra à Al Hoceïma.
Troisième point, le développement des marchés domestiques  et extérieurs.

L’objectif consiste à faire la promotion des produits du terroir pour leur ouvrir les portes des réseaux moderne de distribution, principalement les grandes et moyennes surfaces. Au niveau local, des négociations sont en cours avec des GMS pour référencer les produits du terroir ou augmenter l’offre. Pour illustration, des conventions spécifiques sur les dattes d’Erfoud sont signées.

Mais les produits sont disponibles en quantité dans des boutiques spécialisées. Selon l’ADA, plusieurs journées de promotion ont été organisées en association avec les GMS. Par exemple, à l’occasion du mois de Ramadan, une opération promotionnelle des produits du terroir a eu lieu du 24 juillet au 14 août 2013 dans 10 magasins Marjane situés dans 8 villes (Casablanca, Rabat, Fès, Tanger, Tétouan, Marrakech, Agadir et Mohammédia).

A première vue, les efforts commencent à payer. Le chiffre d’affaires réalisé dans ce réseau de distribution moderne a progressé de 27% entre 2012 et 2013, passant de 4,5 MDH à 5,7 MDH.

A l’étranger, l’agence organise la participation à des salons et foires. C’est à cet égard que des délégations comprenant des coopératives ont été envoyées à Paris, Berlin, Riyad, aux Emirats Arabes Unis et en Suisse. Partout, les consommateurs n’ont pas été indifférents aux produits marocains. Ce qui a encouragés des acheteurs et distributeurs de ces pays de signer des partenariats. Environ 15 000 tonnes, tous produits confondus, ont été exportées en 2012-2013. Encore modique, vu le potentiel. Néanmoins, il est certain que le circuit formel commence à fonctionner convenablement.

Le quatrième axe de la stratégie consiste à encourager les groupements à labelliser leurs produits. Le label est un moyen d’identification, de garantie de la qualité d’un produit et de protection contre la fraude. La démarche est bien définie par la loi 25-06 sur les signes distinctifs d’origine et de qualité (SDOQ)  des produits agricoles et des denrées alimentaires et des produits agricoles et halieutiques.

Ce texte permet la valorisation des produits du terroir grâce à la reconnaissance de leurs spécificités dues à l’origine géographique, au savoir-faire des populations locales et/ou à leurs conditions d’obtention et de transformation. Trois signes sont couverts par ce texte : le label agricole (LA), l’indication géographique (IG) et l’appellation d’origine (AO). L’objectif est de concevoir une marque parapluie Maroc pour «mettre en valeur» toute l’offre.

Le cinquième point est relatif à des campagnes de communication institutionnelle au Maroc et à l’étranger pour mettre en exergue les produits phare.

L’Etat apporte un appui financier aux projets d’investissement

L’Etat ne se contente pas d’aider à l’organisation des producteurs. Il apporte également son appui dans le cadre du Pilier II du Plan Maroc Vert en finançant en partie des projets de mise en valeur par le biais du Fonds de développement agricole (FDA). Il en est ainsi de l’unité de conditionnement et de transformation de la figue de barbarie d’une capacité annuelle de 8 000 tonnes ouverte à Sidi Ifni en 2012 et dont l’objectif est d’exporter au moins 20% de la production. Porté par le GIE Sobbar Ait Bâamrane, le projet a nécessité un investissement de 22 MDH. C’est un signe que l’Etat veut se montrer disponible pour faire en sorte que les produits du terroir soient un vecteur du développement local