Produire bio : La filière continue d’attirer agriculteurs et consommateurs

La demande sur le bio est de plus en plus manifestée. La différence de prix entre un produit bio et un autre conventionnel peut dépasser le double. L’interprofession Maroc Bio est finalement créée.

L’agriculture biologique prend de l’ampleur au Maroc. Elle a même été érigée en priorité dans le cadre de la stratégie Generation Green (GG). La demande sur les produits bio est de plus en plus croissante, tirant ainsi à la hausse aussi bien les surfaces cultivées que le volume de production. En effet, la superficie a atteint 12 000 ha en 2022, contre 4 000 ha il y a dix années de cela. Bien que multipliée par 3, la superficie actuelle est loin d’atteindre les objectifs du PMV qui prévoyait un objectif de 40 000 ha. «Il est vrai que les ambitions n’ont pas été atteintes, mais plusieurs avancées ont été réalisées tant au niveau de la réunification de la profession que de la valorisation de la filière. Maintenant, le bio est rentré dans les mentalités grâce au PMV, mais aussi aux différentes initiatives privées», souligne Mohamed Mouslim Kabbaj, président de l’interprofession Maroc Bio.

Avec la stratégie GG, la filière recèle un potentiel non négligeable. A l’horizon 2030, le gouvernement, l’interprofession et les parties concernées devraient déployer les gros moyens pour atteindre une superficie de 100 000 ha et une production de 600 000 tonnes dont 125 000 à l’export. Un pari risqué ? «Ces objectifs peuvent paraître démesurés, mais tous les ingrédients sont réunis pour les atteindre. D’abord une demande en croissance perpétuelle, alimentée par les effets de la pandémie et l’orientation des consommateurs vers les produits bio», explique M.Kabbaj. Il faut dire qu’au niveau des magasins spécialisés dans le bio, la marchandise se développe et se diversifie, tirée par une demande qui concerne autant le frais que les produits cosmétiques, les viandes, les produits laitiers ou autres… D’autant que plusieurs agriculteurs de taille se convertissent vers le bio, poussant ainsi les agro-industriels à investir ce marché et à s’y développer. D’ailleurs, la transformation est l’un des débouchés sur lequel l’accent doit être mis, à côté de la commercialisation à l’état brut. Cela, en plus de l’export, qu’il faudra améliorer, que ce soit en termes de diversité des produits que de destinations.

Sur ce volet, il est à préciser que les exportations concernent les fruits et légumes, les produits finis comme le thé, les jus, les baies de gogi, les huiles d’argane et d’olive… Les principaux pays destinataires sont représentés par l’Espagne, la France, l’Italie, la Suisse, l’Allemagne, l’Angleterre et dans une moindre mesure la Scandinavie et le Japon. «Malgré cette variété de produits exportés et de pays, il reste beaucoup à faire en termes de qualité, de quantité et de diversité», assure M.Kabbaj.

En dépit du développement qu’a connu la filière, il reste un obstacle qui empêche quand même ce type d’agriculture de s’épanouir. Il s’agit du prix des produits proposés.

«Alors que dans les pays avancés, la moyenne des prix des produits bio est de 30% plus chère que les produits conventionnels, ce n’est pas encore le cas au Maroc où la différence de prix peut dépasser le double», se désole notre source. D’où l’intérêt de pousser les agriculteurs à basculer vers le bio et, de facto, diversifier les produits et enrichir les rayons des magasins de produits nouveaux. Ce qui, au final, devra contribuer à tirer les prix à la baisse, selon la loi du marché. Cela, sachant que le consommateur serait prêt à débourser un prix supérieur à la normale pour un produit bio, pourvu que ce gap ne soit pas énorme.

Et c’est justement pour porter cette filière que le contrat-programme dont la signature a été retardée de 2 années consécutivement à la pandémie et à la période des élections et de la formation du gouvernement, est important à mettre en place. En plus d’atteindre des objectifs ambitieux, il propose un appui au secteur. Plusieurs subventions sont ainsi prévues, à l’instar de celle destinée à la conversion des agriculteurs conventionnels vers le bio, en plus d’incitations offertes aux fermiers pour maintenir une agriculture bio. Il s’agit aussi de déployer des efforts pour développer le réseau de distribution et soutenir les opérateurs qui y sont déjà.

Les volets formation, recherche et encadrement dans la production biologique ne sont pas en reste, de même que ceux liés au renforcement des mesures de contrôle des produits biologiques et la promotion du label bio. Rappelons que le mois dernier, l’interprofession Maroc Bio a été officiellement créée, regroupant 40 délégués représentant l’amont et l’aval de la filière dont agriculteurs, éleveurs, agro-industriels… Actuellement, le statut de la fédération a été adopté, ainsi que le règlement intérieur, suite à l’élection du conseil d’administration et du bureau. «Nous n’attendons que la signature du contrat-programme qui est fin prêt pour lancer notre plan d’action et mettre en place la stratégie de développement de la filière», conclut M.Kabbaj.